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Audiovisuel. S.O.S techniciens
N° 246
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Latifa Lakhdar

Audiovisuel. S.O.S techniciens

Cameramen, monteurs,
cadreurs... Les techniciens
de l’audiovisuel se font rares.
(TELQUEL)

Le boom du secteur audiovisuel marocain se heurte à un obstacle inattendu : la pénurie de techniciens. Et en attendant que l'offre et la demande s'équilibrent, chaque opérateur y remédie comme il peut…


Avec l'ouverture du PAM (paysage audiovisuel marocain), le secteur est en plein boom : naissance de nouvelles chaînes, multiplication de stations radio, progression de la production… Mais à ce puzzle idyllique manque une pièce essentielle : les techniciens de l'audiovisuel, dont l'effectif reste largement insuffisant.

La dernière née des chaînes publiques, Arriyadia, en a fait l'amère expérience. Younès Alami, son directeur général, avoue avoir souffert pour constituer son staff technique. “Il y a une carence manifeste de techniciens, alors que c'est un métier essentiel dans l'audiovisuel”. Et comme le patron de la chaîne sportive ne pouvait piocher dans les effectifs des autres chaînes, il a fini par solliciter les boîtes de production.

Sur le terrain de la radio, cette pénurie est ressentie avec davantage d'acuité. “Les techniciens de radio n'étaient déjà pas si nombreux. L'arrivée simultanée de plusieurs stations, avec des besoins identiques, a encore compliqué les choses”, fait remarquer Younès Boumehdi, fondateur de Hit Radio.

Dénicher l'oiseau rare
L'oiseau rare serait, comme le décrit Younès : “un jeune de 25 ans, diplômé d'une formation audiovisuelle et fort d'une expérience de deux à trois ans”. Le hic, c'est que ce portrait-robot ne court pas les rues, bien que le nombre de formations dans l'audiovisuel se soit sensiblement étoffé. Ainsi, aux deux instituts publics existant - l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC) à Rabat et le Centre OFPPT Aïn El Borja à Casablanca- s'est ajoutée récemment une troisième formation universitaire, la “filière des techniques cinématographiques et audiovisuelles”, relevant de l'université d'Agadir et sise à Ouarzazate. Quant à la famille de l'enseignement privé, elle a vu fleurir nombre d'écoles proposant des formations similaires.

Wafa Bourkadi, DG d'Art Média, structure de formation privée, s'explique mal le faible pouvoir d'attrait de ces filières. “Peu de jeunes s'orientent vers le secteur. Et de toute manière, la demande a tellement progressé qu'il est impossible d'y répondre dans l'immédiat : former des techniciens prend au moins trois ans”.

Mais peut-être que le déclic s'est déjà produit. Cette année, l 'ISIC a reçu plus de 600 candidatures, pour seulement cinquante places disponibles. “Il est certain que leur diplôme en poche, ces étudiants ne peineront pas à trouver du travail, affirme un formateur du Centre OFPPT d'Aïn El Borja. Certains sont même recrutés pendant leur cursus de formation”.

Entre offre et demande
À profil rare, salaire élevé ? Pas forcément. “Il n'y a pas de normes. Tout est question de négociation, mais aussi de notoriété dans le secteur”, fait remarquer Hicham, jeune technicien free-lance. Les revenus varient selon le statut, mais également en fonction de la spécialisation et de l'expérience. Les salariés peuvent prétendre à des émoluments allant de 8000 à 15 000 DH, plafond que dépassent aisément des techniciens en free-lance. Rareté des compétences aidant, ces derniers peuvent demander jusqu'à 1000 DH par jour.

Pas étonnant donc que le turn-over soit rapide dans le secteur. Cette directrice d'une société de production casablancaise ne le sait que trop bien. “J'ai dû changer d'équipe à trois reprises pour une seule émission. Les techniciens savent qu'ils sont très demandés, ils peuvent vous planter à n'importe quel moment”, raconte-t-elle.

Et en attendant que l'offre et la demande s'équilibrent, chacun se confectionne une solution sur-mesure. Younès Boumehdi a ainsi contourné la pénurie de techniciens en optant pour la formation en interne. “C'est une solution certes coûteuse, mais qui me paraît la mieux adaptée. Surtout quand on s'équipe de moyens techniques très modernes, que maîtrisent rarement la majorité des techniciens actuels”.

 
 
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