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Par Fahd Iraqi
Cotation. Le bug boursier dIB Maroc
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Le siège dIB Maroc, au quartier daffaires casablancais de
Sidi Maarouf.
(AIC PRESS)
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Avec un parcours boursier chaotique, un business plan surévalué et des performances financières irrégulières, IB Maroc.com a été sans conteste le cancre de la Bourse pendant ses cinq ans de cotation. Histoire d'une valeur pas si valeureuse que ça
IB Maroc.com. Un nom digne d'une start-up américaine. Sauf qu'accommodée à la sauce marocaine, la ressemblance se limite au parcours atypique d'un personnage. Son nom : Abdellatif Hadef. Il a démarré comme simple salarié d'IB Maroc, pour prendre aujourd'hui le contrôle de l'entreprise. Il risque même d'en devenir l'unique actionnaire.
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Tout commence en 1997, quand cet informaticien de formation, natif de Khouribga, rentre au Maroc. En débarquant à Casablanca, il décroche la direction générale d'une filiale marocaine (IB Sud), fraîchement créée par une entreprise française spécialisée dans les solutions informatiques. Mais Abdellatif Hadef va rapidement s'imposer comme Monsieur Maroc au sein d'un jeune groupe plutôt prometteur. En 1999, il arrive à convaincre le groupe IB de prendre une participation importante dans une compagnie marocaine du nom de Digitem. Les Français prennent la majorité absolue et Hadef se retrouve dans la foulée actionnaire à raison de
1% du capital. Une part symbolique, mais qui va croître rapidement. À l'occasion d'une conversion du compte courant de la société mère, le Président du directoire hérite d'une part supplémentaire pour devenir actionnaire à raison de 7,6% dans ce qui est devenu IB Maroc.com. Et quelques mois plus tard, en juin 2001, IB Maroc annonce son introduction en Bourse en se présentant au public comme la première valeur technologique de la Bourse de Casablanca.
Introduction au forceps
Mais il en faudra davantage pour séduire une communauté d'investisseurs déjà traumatisée par une déprime boursière qui dure depuis des dizaines de mois. Les analystes décèlent rapidement des paramètres peu à l'avantage d'IB Maroc. D'abord, le prix est jugé relativement élevé. L'entreprise est valorisée à 124 millions de dirhams, un niveau équivalent à son chiffre d'affaires, qui avait miraculeusement doublé d'une année à l'autre. D'autre part, les principaux actionnaires sont les premiers à vendre. Le groupe français IB Solutions, Abdellatif Hadef et d'autres actionnaires (moins importants) empochent 25 millions de dirhams contre 20% du capital. Même l'annonce d'une augmentation de capital pour un montant équivalent ne suffira pas pour rassurer la communauté boursière. Résultat : l'engouement habituel pour les opérations d'introduction n'est pas au rendez-vous. Avec 771 souscripteurs, une demande qui n'a même pas dépassé deux fois l'offre, l'opération est bouclée dans la douleur. Le score de cette OPV est un des plus médiocres jamais réalisés sur la place de Casablanca, affirme un trader.
Et même sur la cote, la valeur va rapidement perdre pied. Dès la première semaine de cotation, IB Maroc traite en dessous de son prix d'introduction. Et ce n'est que le début d'une longue descente aux enfers, qui enfonce doucement mais sûrement la valeur technologique. Après seulement une année dans la cote, le titre passe sous la barre des 100 DH pour traiter à moins de sa valeur nominale. Pis encore, IB Maroc ne trouve même plus preneur sur le marché. Pendant plusieurs séances, la valeur s'illustre par son volume d'échange qui se limite à une seule et unique action. C'était caricatural, raconte ce trader. Il fallait attendre le jour où la société de Bourse, conseillère d'IB Maroc, était obligée d'honorer son contrat d'animation sur le titre, pour vendre les actions une à une.
Perspectives chimériques
La sanction du marché accompagne la valeur tout au long de son séjour en Bourse. Et pour cause : elle repose sur des éléments fondamentaux. Les investissements annoncés par le management d'IB Maroc, Abdellatif Hadef en tête, n'ont jamais été réalisés. À l'époque de l'introduction, on promettait des investissements dignes de la Silicon Valley : un centre de Disaster Recovery pour 30 millions de dirhams en partenariat avec des étrangers et des opérations de rachat d'entreprises florissantes dans le secteur. La société avançait des prétextes peu crédibles pour justifier le retard de son plan d'investissement. Elle avait même invoqué les inondations qui ont touché Mohammedia !, raconte cet analyste qui suivait de très près la valeur à cette époque. Jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, IB Maroc n'a pas encore réalisé le moindre des investissements annoncés et son management ne fournit pas davantage d'explications (le PDG, Abdellatif Hadef, n'a pas jugé bon de répondre aux nombreux appels de TelQuel). Idem pour les opérations de croissance externe envisagées, qui se sont révélées chimériques. En revanche, des entreprises sont créées au nom propre de Hadef (Eliso, Blue Systems et IB Continuité), entreprises avec lesquelles IB Maroc réalise des opérations occasionnant des flux financiers de plus de 7 millions de dirhams.
La société ne tient pas non plus ses engagements en termes de performances financières. Le business plan présenté à l'introduction en Bourse s'est avéré pour le moins surestimé. Alors que l'on annonçait une progression du chiffre d'affaires à plus de 230 millions de dirhams dès la seconde année, le volume d'activité n'a jamais atteint la barre des 200 millions
cinq années plus tard. Idem pour le résultat net, qui n'a fait que reculer ces dernières années, alors qu'il était censé culminer à 17 millions de dirhams dès 2003.
Mainmise totale
Aujourd'hui encore, derrière les murs de son siège clinquant du quartier Sidi Maârouf à Casablanca ou de la luxueuse villa de Souissi à Rabat, la société de Abdellatif Hadef cache une petite santé financière. Son chiffre d'affaires stagne, son résultat fait du yo-yo autour de trois millions de dirhams et la société n'a pas distribué de dividendes depuis trois ans. Même l'activité semble en péril, puisque son premier client pèse pour près de la moitié du chiffre d'affaires. Et pour couronner le tout, c'est le groupe IB Solutions, son actionnaire de référence, qui vient de plier bagages. En effet, le 10 août dernier, le groupe français et ses dirigeants ont cédé la totalité de leurs actions dans IB Maroc. Et bien que la société française annonce avoir réalisé une plus-value d'un million d'euros sur cette cession, tout porte à croire qu'elle n'a pas été très regardante sur la question du prix : pour cette opération, IB Maroc a été valorisée à 65 millions de dirhams (154 DH par action), alors que son prix sur le marché avoisinait les 200 DH par action. Il a même fallu une dérogation du CDVM, autorité de régulation du marché, pour autoriser la cession avec un tel différentiel de prix.
Le repreneur n'est autre que l'homme fort de la boîte : Abdellatif Hadef. À travers une structure fraîchement créée, Sophia Invest, il prend ainsi le contrôle de la société dont il ne détenait que 2% du capital. Il risque même d'en devenir l'unique actionnaire, au cas où l'offre publique qu'il vient de lancer lui permettrait de racheter la totalité des actions toujours en circulation. Et pour cette offre, le PDG d'IB Maroc n'a eu d'autre choix que de proposer aux actionnaires minoritaires un prix plus ou moins correct : 200 DH. C'est 30% de plus que le prix de cession du groupe français, mais c'est aussi le cours de Bourse avant l'annonce de cette offre. Néanmoins, même à ce prix, IB Maroc n'est valorisé qu'à hauteur de 82,5 millions de dirhams. C'est toujours 40% de moins que le prix proposé au public il y a cinq ans. Un exemple flagrant de destruction de richesse de la part d'une entreprise dont les analystes, finalement, ne regretteront pas la disparition de la cote casablancaise. |
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Source : notes dinformations / publications annuelles
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Évolution du résultat net (en milliers de DH)
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2001
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2002
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2003
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2004
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2005
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2006
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7304
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6124
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2486
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7403
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5073
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3230
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