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N° 246
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

La “problématique de la jeunesse”

Ahmed R. Benchemsi
Parions sur des patrons d’entreprises publiques de 26 ans, des ministres de 30 ans, des chefs de partis de 35 ans !


Les rapports d’institutions internationales sur “la nécessité d’intégrer les jeunes dans le développement”, ça vous agace ? Les verbiages de politiciens selon lesquels “il faut s’ouvrir sur les jeunes”, ça vous énerve ? Moi, ça me donne des boutons.

Pourquoi réagissons-nous ainsi à ce type de discours, même s’il ne relève pas forcément de la langue de bois ? Sans doute parce qu’il est
incroyablement condescendant. C’est comme si “les jeunes” étaient une petite minorité opprimée, sur le sort de laquelle les représentants de la majorité (les “non jeunes”, donc) daignaient se pencher de temps à autre, dans un accès (vite surmonté) de mauvaise conscience. Des penseurs anglo-saxons ont même théorisé cette condescendance, en classant officiellement les jeunes, tout comme les femmes, parmi les “minorities” (minorités). C’est aussi révoltant dans un cas que dans l’autre. Les femmes représentent 55% de la population terrestre. Quant aux jeunes, les moins de 35 ans, ils en représentent la très grosse majorité. Au Maroc, les 15-34 ans étaient 11 millions en 2002. Sur 30 millions, desquels il faut encore extraire 10 autres millions de moins de 15 ans. Que reste-t-il ? Moins du tiers de la population. La voilà, la vraie minorité marocaine. Et voilà pourquoi c’est agaçant que les jeunes soient ramenés au rang de “catégorie”. Voila pourquoi c’est révoltant que leurs problèmes de fond (système éducatif défaillant, taux de chômage élevé, faible intégration aux circuits de décision économique et politique, on en passe et des plus fondamentaux) soient résumés dans des formules aussi vagues que la “problématique de la jeunesse”. C’est de la problématique du pays, qu’il s’agit. C’est même l’unique problématique qui vaille la peine d’être examinée, et réglée, dans les plus brefs délais.

La situation démographique actuelle du Maroc est une chance : il y a plus de jeunes en âge de travailler que de vieux à nourrir. C’est à partir de 2015 que le vieillissement de la population (un phénomène qui touche aujourd’hui l’Europe de plein fouet) concernera le Maroc. Si nous arrivons jusque-là (c’est dans moins de 9 ans !) sans avoir fondamentalement transformé notre structure socio-économique, il faudra – c’est la Banque Mondiale qui le dit – “prendre en charge une population vieillissante, mal préparée et qui n’aura contribué que faiblement à la dynamique de développement du pays”. Et ça coûtera affreusement cher à l’Etat, donc aux contribuables… donc à vous et moi, jeunes d’aujourd’hui et vieux de demain.

Il est vrai que tout cela relève de l’abstraction. Si les jeunes continuent à attendre que les “non jeunes” fassent quelque chose pour eux, rien n’arrivera d’ici 2015, et plus le temps passera, plus la situation deviendra intenable. La clé, c’est l’initiative individuelle. Que chacun se prenne en charge, invente, crée, progresse ! Le dossier que TelQuel consacre cette semaine aux “50 qui feront le Maroc de demain” est, en quelque sorte, un hymne à l’initiative. Les niveaux d’éducation, tout comme les origines sociales de ces cinquante-là, sont très diversifiés. Ça ne les a pas empêchés de briller, chacun dans son domaine, et ça ne les empêchera pas de briller de plus en plus, à mesure qu’ils gagneront en âge et en expérience. A défaut que l’Etat révolutionne la structure socio-économique du pays, il peut, au moins, mettre ceux-là (et d’autres, que nous avons pu oublier) en avant. Parions sur des patrons d’entreprises publiques de 26 ans, des ministres de 30 ans, des chefs de parti de 35 ans ! Vu ce que font ceux qui en ont 50, 60, ou plus, il n’y a franchement pas grand-chose à perdre. Et beaucoup à gagner.

 
 
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