La problématique de la jeunesse
Parions sur des patrons dentreprises publiques de 26 ans, des ministres de 30 ans, des chefs de partis de 35 ans !
Les rapports dinstitutions internationales sur la nécessité dintégrer les jeunes dans le développement, ça vous agace ? Les verbiages de politiciens selon lesquels il faut souvrir sur les jeunes, ça vous énerve ? Moi, ça me donne des boutons.
Pourquoi réagissons-nous ainsi à ce type de discours, même sil ne relève pas forcément de la langue de bois ? Sans doute parce quil est |
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incroyablement condescendant. Cest comme si les jeunes étaient une petite minorité opprimée, sur le sort de laquelle les représentants de la majorité (les non jeunes, donc) daignaient se pencher de temps à autre, dans un accès (vite surmonté) de mauvaise conscience. Des penseurs anglo-saxons ont même théorisé cette condescendance, en classant officiellement les jeunes, tout comme les femmes, parmi les minorities (minorités). Cest aussi révoltant dans un cas que dans lautre. Les femmes représentent 55% de la population terrestre. Quant aux jeunes, les moins de 35 ans, ils en représentent la très grosse majorité. Au Maroc, les 15-34 ans étaient 11 millions en 2002. Sur 30 millions, desquels il faut encore extraire 10 autres millions de moins de 15 ans. Que reste-t-il ? Moins du tiers de la population. La voilà, la vraie minorité marocaine. Et voilà pourquoi cest agaçant que les jeunes soient ramenés au rang de catégorie. Voila pourquoi cest révoltant que leurs problèmes de fond (système éducatif défaillant, taux de chômage élevé, faible intégration aux circuits de décision économique et politique, on en passe et des plus fondamentaux) soient résumés dans des formules aussi vagues que la problématique de la jeunesse. Cest de la problématique du pays, quil sagit. Cest même lunique problématique qui vaille la peine dêtre examinée, et réglée, dans les plus brefs délais.
La situation démographique actuelle du Maroc est une chance : il y a plus de jeunes en âge de travailler que de vieux à nourrir. Cest à partir de 2015 que le vieillissement de la population (un phénomène qui touche aujourdhui lEurope de plein fouet) concernera le Maroc. Si nous arrivons jusque-là (cest dans moins de 9 ans !) sans avoir fondamentalement transformé notre structure socio-économique, il faudra cest la Banque Mondiale qui le dit prendre en charge une population vieillissante, mal préparée et qui naura contribué que faiblement à la dynamique de développement du pays. Et ça coûtera affreusement cher à lEtat, donc aux contribuables
donc à vous et moi, jeunes daujourdhui et vieux de demain.
Il est vrai que tout cela relève de labstraction. Si les jeunes continuent à attendre que les non jeunes fassent quelque chose pour eux, rien narrivera dici 2015, et plus le temps passera, plus la situation deviendra intenable. La clé, cest linitiative individuelle. Que chacun se prenne en charge, invente, crée, progresse ! Le dossier que TelQuel consacre cette semaine aux 50 qui feront le Maroc de demain est, en quelque sorte, un hymne à linitiative. Les niveaux déducation, tout comme les origines sociales de ces cinquante-là, sont très diversifiés. Ça ne les a pas empêchés de briller, chacun dans son domaine, et ça ne les empêchera pas de briller de plus en plus, à mesure quils gagneront en âge et en expérience. A défaut que lEtat révolutionne la structure socio-économique du pays, il peut, au moins, mettre ceux-là (et dautres, que nous avons pu oublier) en avant. Parions sur des patrons dentreprises publiques de 26 ans, des ministres de 30 ans, des chefs de parti de 35 ans ! Vu ce que font ceux qui en ont 50, 60, ou plus, il ny a franchement pas grand-chose à perdre. Et beaucoup à gagner. |