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Par Driss Bennani
Il faut juger les médecins tortionnaires
| Antécédents |
Abdelkrim Manouzi
Militant associatif
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| 1955. |
Naissance à Casablanca. |
| 1970. |
18 personnes de sa famille sont arrêtées à Derb Moulay Cherif. |
| 1972. |
Son frère, Houcine Manouzi, est enlevé à Tunis. |
| 1990. |
Diplômé en médecine France. |
| 2001. |
Crée le Centre daccueil et dorientation des victimes de la torture. |
| 2005. |
Président de lAssociation médicale de réhabilitation des victimes de la torture. |
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Smyet Bak ?
Ali ben Mohamed.
Smeyt Mok ?
Khadija Chaou.
Nimirou dla carte ?
B 30 360.
Cest facile de se faire un prénom quand on sappelle Manouzi ?
Non. Litinéraire de la famille vous fait forcément de lombre, a beaucoup dinfluence sur vous. A ce jour par exemple, personne dans la famille na encore osé appeler son fils Houcine. Parce quon a limpression que ce dernier est toujours présent parmi nous.
En 1970, vous avez été plus de 18 personnes enlevées à Derb Moulay Cherif. Une famille est plus soudée lorsquelle passe la nuit dans le même centre de détention secret ?
Le calvaire de la détention et de la disparition nous a rendus plus forts, plus solidaires. Ça nous a donné la force de poursuivre le combat. Lors du sit-in devant le PF3, nous avons été 70 Manouzi, venant de tout le pays, à manifester. Il y avait même lautocar Manouzi. Cest dire que lhistoire de la famille nous soude encore aujourdhui.
Avec le recul, vous vous dites que lIER a été une jolie feinte royale ou une courageuse opération de réconciliation nationale ?
LIER est une mission inachevée. Jusquà présent, ses résultats restent décevants. Le cur du problème, à savoir la vérité sur les années noires et les disparitions, na pas encore été résolu. Une commission de suivi existe aujourdhui. Quon lui donne les moyens de sauver la face. Quon lui accorde de véritables moyens dinvestigation, quon oblige les tortionnaires à témoigner, que lEtat ouvre ses archives. LIER a besoin dune suite.
En assistant à la réception donnée par le roi suite à la publication du rapport de lIER, vous navez pas, quelque part, cautionné les résultats définitifs officiels ?
Jy ai assisté en tant que militant associatif. Mon père, comme tous les membres de la famille, a dailleurs refusé dassister parce quil était déçu. La famille a même adressé une lettre au roi lui demandant une intervention personnelle pour la résolution du dossier. Parce que lui, il en a le pouvoir.
Vous êtes président de lAssociation médicale de réhabilitation des victimes de la torture. Après la médecine militaire, vous inventez la médecine politique ?
Et croyez-moi, elle est très importante. Les dégâts causés par les tortionnaires sur des combattants de la liberté ont touché le corps et détruit lâme. Il faut donc tout réparer. Cette médecine est importante pour la réhabilitation physique, psychique et politique de ces braves gens. Aujourdhui, on pratique dans un cadre légal, reconnu par lEtat et qui rend un peu de leur dignité aux anciens détenus.
Y a-t-il un patient qui vous ait particulièrement marqué ?
Je noublierai jamais ce bonhomme, torturé à Derb Moulay Cherif. Son tortionnaire lui enduisait le dos dune substance huileuse puis lexposait de près à une ampoule de plusieurs centaines de watts. Aujourdhui, ce monsieur est paralysé des membres supérieurs. Heureusement, il a perdu la santé, mais pas la volonté ni la joie de vivre. Il y a aussi le cas des anciens de Tazmamart. Certains avaient perdu entre 25 et 30 cm de taille. On appelle cela des maladies historiques. Des complications cumulées au fil des années quon ne trouve plus que dans les manuels de médecine.
Certains témoignages ont déjà évoqué la présence dinfirmiers et de médecins dans certains centres de détention secrets. Vous les mettez avec les bourreaux ou avec les anges, ceux-là ?
Plutôt des médecins tortionnaires. Mais aussi des infirmiers et du personnel paramédical, dont certains noms connus aujourdhui. Les témoignages rapportent que dans certains cas, ces médecins recommandaient un genre particulier ou une durée maximale de torture, selon la condition physique du détenu. Viendra un jour où ces bourreaux en blouse blanche seront identifiés. Il faut les juger parce que ce quils ont fait est contraire à léthique médicale.
Demain, la vérité est établie sur le sort de votre frère Houcine. Vous navez pas peur que dun coup, tous les repères qui ont rythmé votre vie pendant 30 ans disparaissent ?
Cest une véritable hantise. Quest-ce qui va se passer après ? On en discute sans cesse. Comment accompagner la découverte de la vérité ? Je ne sais pas comment réagira ma mère, par exemple.
La vérité est finalement une perspective qui vous fait peur
Ce nest pas tant la vérité que laprès-vérité en fait. |
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