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Par Abdellatif El Azizi
Médias.
Presse régionale. Tanger et les 40 canards
Avec ses quarante titres, Tanger est la championne marocaine de la presse régionale. Mais cet apparent dynamisme cache des réalités moins reluisantes
Des ciseaux oubliés dans le ventre d'une patiente pendant 13 ans ! Cette semaine, la presse tangéroise a fait ses choux gras de l'histoire de cette citoyenne victime d'une erreur médicale. Si les faits divers sont trop présents dans les pages régionales, c'est tout simplement parce qu'ils sont très lus et que beaucoup de lecteurs en redemandent, explique Abdelhak Bakhat, directeur du Journal de Tanger. Ce qu'ils |
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attendent de nous, c'est d'abord ce qui s'est passé à côté de chez eux, les résultats de l'équipe de foot ou encore la cérémonie qui aura lieu à la Salle des fêtes. Bref, de l'information de proximité, ajoute-t-il.
Avec ses quarante titres, dont une bonne dizaine paraissant régulièrement, Tanger reste la capitale de la presse régionale. Et, vestige d'une époque où la ville avait un statut international, la plupart sont toujours bilingues (arabe et français ou arabe et espagnol). C'est le cas d'hebdomadaires tels que La Chronique ou La Dépêche, qui perpétuent la tradition. Quant au plus que centenaire Journal De Tanger, il continue toujours à publier, sur une même page, les horaires de prière des cultes musulman, chrétien et judaïque.
Du dynamisme, mais
Les Nouvelles du Nord a même réussi, au bout de quinze ans d'existence, à se tailler une petite place au sein de la presse nationale, assurant sa distribution bien au-delà du cercle restreint de Tanger. Après une disparition momentanée des kiosques en septembre dernier, l'hebdomadaire est appelé à revenir au devant de la scène tangéroise avec une nouvelle formule. Retrait provisoire, donc.
Ceci dit, ce dynamisme reste le fait d'une minorité. Car à la lecture des titres, on s'aperçoit vite que la crédibilité d'une bonne partie des publications souffre, entre autres, de la volonté de coller à tout prix à l'agenda des institutions de la ville, de la wilaya à la délégation de l'ONMT, en passant par le conseil municipal et les représentations consulaires.
Cette faiblesse n'est malheureusement pas la seule. On doit se concentrer sur les services et laisser de côté les personnes et les affaires qui dérangent, déplore ce rédacteur, qui regrette une telle frilosité.
On accuse la presse régionale de faire passer un message trop institutionnel et de caresser les notables dans le sens du poil. Pourtant, les journaux de province sont beaucoup plus proches des préoccupations des citoyens. Ils secondent souvent la société civile dans son combat contre toutes les formes d'abus. Les gens ont besoin d'un espace de parole. Et nous sommes là pour le leur offrir, analyse Driss El Ouali, président de l'Association marocaine de la presse régionale.
Et il est vrai qu'à Tanger, les Don Quichotte existent, même s'ils ne sont pas légion. Il y a même un Canard Enchaîné local, qui tire sur tout ce qui bouge. Et sans état d'âme, le directeur d'un tabloïd ne se prive pas de pourfendre périodiquement juges, policiers et autres gouverneurs. Le directeur de ce journal particulièrement controversé en est d'ailleurs à sa dixième condamnation pour diffamation... et il vient à peine de recouvrer sa liberté !
Quid des lecteurs ?
Les lecteurs trouvent-ils leur compte dans cette situation ? Rien n'est moins sûr. Les journalistes professionnels que compte la ville, relayés par leurs lecteurs, se plaignent sans cesse d'une armada de journaleux locaux qui mènent une double vie : salariés de la presse régionale pour assurer leurs fins de mois et démarcheurs pour des commanditaires de l'ombre. Dont une bonne partie sont des repris de justice, renchérit El Ouali. Les tribunaux de Tanger sont d'ailleurs coutumiers de ce genre d'affaires. Il y a deux semaines, le Tribunal de première instance a prononcé son verdict dans une affaire impliquant le directeur d'un journal et son correspondant à Tanger. Ce dernier, rédacteur à l'occasion, serait en fait
menuisier de profession. Le 5 octobre dernier, les deux personnes ont été arrêtées dans un café, alors qu'elles tentaient, selon le PV de police, de faire chanter deux agents d'autorité, les menaçant de publier un article compromettant sur des affaires de corruption. Les journalistes ont été jugés et écroués sous le chef d'accusation d'escroquerie, chantage et usurpation d'une fonction réglementée par la loi.
Lecteur averti et figure tangéroise bien connue, Othman Mernissi soutient justement que la profession a besoin d'un sérieux coup de balai : Le métier de journaliste à Tanger ressemble à celui de tâcheron. Il suffit de se doter d'une patente pour s'autoproclamer patron de presse ou entrepreneur en BTP !
Ce qui explique peut-être qu'à la lecture de la presse tangéroise, on est surpris par labsence de quelques sujets plus ou moins sensibles. Prenez l'affaire Bin Louidane. Alors que la presse nationale en a relaté les moindres détails, rares sont les journaux locaux à s'être intéressés de près à l'histoire de ce baron tangérois, tranche un journaliste arabophone. Ce qu'il omet de dire, c'est que certains plumitifs locaux ont longtemps bénéficié des largesses des Bin Louidane et autres hommes d'affaires ou élus aux profils douteux. |
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Chiffres. 104 titres régionaux
Selon le rapport annuel sur la presse écrite et les médias audiovisuels, publié par le ministère de la Communication, les titres régionaux édités au Maroc pour l'année 2005 étaient au nombre de 104, pour l'essentiel des hebdomadaires, dont près de 90% sont en langue arabe. Et dans le lot, il ne sont qu'une trentaine à paraître de manière régulière.
La commission paritaire de la presse écrite avait accordé des subventions à quatre d'entre eux, dont deux paraissant justement à Tanger : le Journal de Tanger et Achamal. Une situation contre laquelle s'insurge le président de l'Association de la presse régionale, qui estime que le ministère de la Communication a placé la barre trop haut. Les critères retenus pour bénéficier de l'aide sont tout bonnement surréalistes : on demande à un hebdomadaire régional d'employer au minimum 1 rédacteur en chef et 2 journalistes professionnels avec des salaires supérieurs à 5000 DH ! s'indigne Driss El Ouali. Ce serait pourtant le minimum vital, non ? |
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