Réaction. À propos de Mehdi Ben Barka
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Des gerbes de fleurs devant la
maison de Mehdi Ben Barka le
29 octobre 1980, avant que cette
dernière ne soit rasée au profit
d'un projet immobilier.
(DR)
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Abdellatif Jebrou a réagi à la publication de notre dernier dossier sur Mehdi Ben Barka. Dans ce texte, il explique comment, dans ces années de plomb, les anonymes qui déposaient des fleurs devant la maison du disparu ne le faisaient pas forcément à la sauvette.
Après l'enlèvement et l'assassinat de Mehdi Ben Barka à Paris, Oufkir, alors ministre de l'Intérieur, chef de la police et principal accusé par les autorités françaises, a fait régner au Maroc un climat de terreur qui a rendu difficile toute activité légale du parti de Mehdi Ben Barka, l'UNFP |
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à l'époque. Un an après, nous avons décidé de célébrer le premier anniversaire de la disparition de notre cher Mehdi, chose qui n'était pas facile à réaliser : Elyazghi a eu l'idée de réunir des groupes de militants, qui se sont donné rendez-vous devant le domicile de Mehdi le samedi 29 Octobre 1966 à midi trente : chaque groupe de militants devait venir sur les lieux, muni d'une gerbe de fleurs.
Le succès de cette modeste manifestation a renforcé l'espoir des militants de faire sortir leur parti du désastre causé par la disparition de Ben Barka. Vu la terreur qu'ils faisaient régner, Oufkir et ses services ne s'attendaient sûrement pas à cette initiative, quand des indicateurs sur place les ont alertés. Tout de suite après, un convoi d'estafettes a été dépêché sur les lieux pour faire face à cette situation imprévisible. Mais la police est arrivée trop tard : les groupes de simples citoyens avaient déjà quitté les lieux, après avoir déposé des fleurs anonymes et lu la Fatiha, comme prévu, à la mémoire de Mehdi, devant son domicile.
Nous étions encore là, non loin de la maison de Ben Barka, de l'autre côté de l'avenue, en train de tirer les conclusions de ce succès, quand des policiers, très énervés, ramassaient les gerbes de fleurs pour les embarquer à l'Hôtel de police. Les indics ont reconnu sur place, parmi les gens qui étaient encore là, Elyazghi et moi-même, et c'est pourquoi la police a lancé contre nous deux les convocations d'usage à l'époque.
Pour éviter d'être arrêté et conduit, encore une fois, à Dar El Mokri, et y rester à vie (ou jusquà la mort), et comme je n'étais plus célibataire, j'ai préféré une clandestinité provisoire, en attendant le passage de la colère du commissaire des Renseignements généraux de l'époque, un certain Driss Basri.
Elyazghi, pour sa part, a donné suite à la convocation et s'est rendu, le lundi 31 Octobre 1966, à l'Hôtel de police pour défendre le droit qu'avaient tout simplement les militants de se recueillir calmement devant la maison de Ben Barka, en hommage à sa mémoire, un an après sa disparition.
Le futur premier Secrétaire de l'USFP a été transféré au siège de la Direction générale de la police, où il fut interrogé par Debbi Kadmiri (soit dit en passant, l'entrevue s'est déroulée de manière très courtoise). Ce dernier assurait l'intérim de Dlimi, en déplacement à l'époque à Paris pour être jugé dans l'affaire Mehdi Ben Barka.
Cet entretien avait essentiellement pour objectif de transmettre un message de la part d'Oufkir, signifiant l'interdiction d'évoquer dorénavant le nom de Mehdi Ben Barka au Maroc. Cela n'a pas empêché des militants ou sympathisants du parti de revenir sur les lieux, pour déposer des fleurs anonymes chaque fois que le permettait le rapport de forces.
Trop souvent, on nous a reproché d'être trop attachés à la mémoire de Mehdi et d'être otages de notre passé. Mehdi Ben Barka est un symbole qui fait partie de notre identité politique, symbole grâce auquel les militants ont pu résister aux vagues successives de répression des années de plomb. Sa présence morale a contribué à la survie politique du parti, quand d'autres dirigeants du tiers-monde se sont aujourd'hui évanouis dans l'oubli.
Dieu merci, Mehdi continue d'être présent, malgré son absence, alors que ses adversaires, morts ou vivants, seront à jamais sur le banc des accusés. |