Piratage. L'impossible combat ?
Reportage. Secouristes de fortune
Presse régionale. Tanger et les 40 canards
Nostalgie. Les années radio
Réaction. À propos de Mehdi Ben Barka
États-Unis. L'Irak au centre des élections
11 septembre. Faut-il croire au complot ?
Cotation. Le bug boursier d'IB Maroc
Imghrane. La famille du blues amazigh
Underground. Le Stoune du Halazoune
Audiovisuel. S.O.S techniciens
N° 246
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

États-Unis. L’Irak au centre des élections

Dans la perspective des
législatives partielles, Bush
envisage sérieusement de
changer de stratégie en Irak.
(AFP)

La stratégie américaine en Irak risque de coûter aux républicains les élections de mi-mandat, le 7 novembre prochain. Le président Bush est au pied du mur.


Désormais, il n'y a plus que Bush - et lui seul - pour parler d'une possible “victoire” en Irak. Mais au fond, il ne doit certainement plus y croire. Car l'Irak est devenu le cauchemar de l'Amérique. Pour la presse américaine et britannique, la seule stratégie viable serait le retrait de leurs troupes. Les récents sondages montrent qu'un Américain sur cinq (moitié moins qu'en décembre dernier) demeure
convaincu que son pays est en train de gagner son hasardeux pari. Les Américains sont las. Il ne s'agit plus seulement de l'électorat démocrate ou de membres républicains du Congrès, mais de l'administration Bush qui, elle-même, ne semble plus supporter la situation. Le Parti républicain de Bush risque de perdre, le 7 novembre, la Chambre des représentants au Congrès pour la première fois depuis 1994. Paniqué, le Parti républicain vient de donner consigne à ses candidats d'esquiver le sujet brûlant de l'Irak et de se recentrer sur les thèmes traditionnels : les valeurs familiales et les baisses d'impôts.

Plus grand carnage du siècle ?
Comment ne pas comprendre un tel ras-le-bol devant probablement le plus grand carnage du XXIème siècle ? La situation s'est détériorée ces derniers mois. On a l'impression que le pays se liquéfie et que, bientôt, il n'en restera plus rien. L'armée américaine a perdu 103 hommes en ce seul mois d'octobre, mois le plus meurtrier depuis la fin 2004. Quant aux morts irakiennes, elles ont dépassé le chiffre vertigineux de 655 000 depuis le début de l'invasion. Quand on songe que Washington accusait Saddam d'avoir tué 300 000 de ses compatriotes en l'espace de 24 ans… À ce macabre bilan, s'ajoutent 1,3 million de personnes déplacées, ainsi que des dizaines de milliers de blessés. Côté finances publiques, le coût de l'invasion, décidée il y a trois ans et demi par Washington, a franchi les 300 milliards de dollars.

Malgré une unité de façade, l'administration Bush a fini par comprendre que la situation lui échappait complètement. Ni les GIs, ni le gouvernement de Nouri Al-Maliki ne peuvent enrayer la spirale des violences sectaires. La guerre entre chiites et sunnites déchire le pays chaque jour, la balkanisation est en marche : le Kurdistan jouit d'une autonomie de plus en plus grande, le sud chiite est en voie de devenir une riche province pétrolière, a priori contrôlée par l'Iran voisin, et, entre les deux, le centre sunnite est livré au chaos par les jihadistes extrémistes. Infiltrées par les milices chiites et les insurgés sunnites, les autorités d’Al Maliki ne contrôlent qu'une petite partie de Bagdad, appelée Zone verte, au centre de la ville. Quant aux ressources pétrolières et à l'aide internationale, elles sont massivement détournées au profit des chefs locaux.

Vers un retrait programmé
Côté coalition, les couacs se sont multipliés ces trois dernières semaines. Côté britannique, le chef d'Etat-major de l'armée, le général Richard Danatt, a défrayé la chronique dans un entretien au Daily Mail, le 13 octobre, dans lequel il estimait que la présence des forces britanniques aggravait les problèmes de sécurité en Irak, préconisant un retrait rapide (voir encadré). Le 21 octobre, Bush répétait que son objectif en Irak était la “victoire”, c'est-à-dire la mise en place d'un gouvernement stable et durable. Mais il s'est fait court-circuiter le même jour par le directeur au Bureau des affaires proche-orientales du Département d'Etat américain, Alberto Fernandez, qui affirmait sur Al-Jazeera que la politique américaine en Irak a été “arrogante” et “stupide”. Deux jours plus tard, l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Zalmay Khalilzad, a jeté un pavé dans la mare en déclarant que “les dirigeants irakiens étaient convenus d'un calendrier pour prendre les difficiles décisions qui s'imposent”. Le général américain George Casey, commandant de la force multinationale, a même considéré que les forces irakiennes devraient être prêtes, d'ici 12 à 18 mois, à prendre la responsabilité de la sécurité dans le pays… Une annonce qui a fait sortir Al Maliki de ses gonds : “Ce gouvernement représente la volonté du peuple et personne n'a le droit de lui imposer un calendrier !”, a-t-il rétorqué à Bush, qui l'a sommé de réprimer les miliciens chiites de Moqtada Sadr.

Pour se défendre, Dick Cheney et George W. Bush soulignent que cette intensification de la lutte n'est pas le fruit du hasard : les insurgés suivent, selon eux, de près la campagne des élections parlementaires aux Etats-Unis. “Ils parient sur l'idée qu'ils peuvent briser la volonté du peuple américain”, a avancé le vice-président sur la chaîne Fox News.

James Baker, le sauveur ?
Si l'administration Bush refuse de parler de “nouvelle stratégie”, il ne fait pas de doute que l'utilisation des mots “calendrier” et “étapes” traduit une envie pressante de s'enfuir, avant que la situation n'empire. Mais toute décision sur un éventuel retrait semble être prise chez l'Oncle Sam en fonction de la politique intérieure. L'Irak a beau brûler, être au bord du chaos, ce n'est pas pour ce pays que l’administration Bush veut changer de stratégie : c'est d'abord pour éviter une déconfiture lors des prochaines législatives partielles.

Cette nouvelle stratégie de “retrait” a été préconisée par une commission d'études sur l'Irak, constituée en mars par le Congrès et avalisée par Bush. Le Groupe d'études sur l'Irak (GEI), dirigé par l'ancien secrétaire d'Etat James Baker, un intime de la famille Bush, est bipartite : cinq républicains, cinq démocrates. Le GEI ne doit rendre ses conclusions qu'en décembre. Toutefois, James Baker a laissé filtrer une partie du contenu de son rapport dans la presse.

Ainsi, Baker semble refuser le statu quo, ce qui devrait satisfaire les responsables politiques locaux. Mieux, il propose deux options. La première, “stabilité d'abord”, préconise la concentration des forces sur Bagdad et l'ouverture d'un dialogue avec les insurgés d'une part et avec la Syrie et l'Iran, d'autre part. L'idée est audacieuse : elle est à contre-courant de la politique menée jusqu'ici et parie sur la peur que peuvent avoir ces pays d'une partition de l'Irak en trois régions chiite, kurde et sunnite. La seconde option, “redéployer et contenir” évoque un retrait échelonné des troupes américaines dans des bases situées autour de l'Irak. Le rapport de Baker, très attendu, comptera beaucoup dans les mois à venir. Il dessinera peut-être le nouveau visage de l'Irak.



De justesse…
Blair tient bon

Tempête dans un verre d'eau ? Le chef d'Etat-major de l'armée britannique, Richard Danatt, a déclaré, le 13 octobre, sur les colonnes du Daily Mail, que la présence des 7200 soldats britanniques aggravait les problèmes de sécurité en Irak, préconisant leur retrait pur et simple. La semaine dernière, faisant allusion aux propos de son général et au plan Baker, le premier ministre Tony Blair a assuré qu'“un retrait prématuré avant que le travail ne soit accompli serait catastrophique”. Mardi dernier, le même Blair a échappé de justesse à une mise en minorité au cours d'un vote symboliquement important à la Chambre des Communes, sur une motion appelant à la création d'une commission d'enquête sur la guerre en Irak. La motion a été rejetée à une majorité de 25 voix. Cette victoire est une heureuse nouvelle pour Blair, dont la politique en Irak a été vivement contestée de toute part ces derniers temps.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés