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N° 246
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Bon, comment dire… Zakaria Boualem s’en fout un peu, de Lorie et de K-Maro.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, homme de culture s’il en est, feuillette mollement un journal à la recherche d’on ne sait quoi. Ce faisant, il tombe sur une pleine page de publicité absolument inévitable. Sous la bannière de TF1, le texte présente à Zakaria Boualem une soirée à Agadir. Apparemment, un truc grandiose, le 4 novembre, “pour fêter la tolérance”. Intrigué, notre homme poursuit sa lecture et découvre les détails de la programmation. On nous envoie Pascal Obispo, Florent Pagny et Axel Bauer. C’est très bien. En farfouillant sur le web, Zakaria Boualem découvre, plein de joie et d’entrain, qu’il y aura aussi des gens aussi indispensables que K-Maro, Laure Milan, Leslie et Lorie. C’est très très bien. Par souci de précision, il faut également citer une certaine Angunn qui mériterait sa place sur Rotana et Sh’ym la tigresse dont le patronyme suffit à situer le niveau de l’ambition musicale. Bon, comment dire… Zakaria Boualem s’en fout un peu, de Lorie et de K-Maro. De façon générale, il est un peu hermétique à l’humour français. Mais il est beau joueur, le Boualem, il reconnaît que la France traite ses artistes avec classe. Sincèrement, quel autre pays pourrait offrir avec autant de générosité un statut de star à quelqu’un comme Pascal Obispo ? Dans quel autre pays Johnny Hallyday pourrait-il exister avec autant d’acharnement ? C’est sans doute l’exception culturelle. A cette programmation qui représente à peu près tout ce qu’il déteste, il répond “non merci, et merci”, sans que cela ne le dérange plus que ça. Non, ce qui le dérange, c’est l’alibi humaniste. Cette histoire foireuse
de chanter la tolérance. Soyons clairs : on est censé tolérer quoi, au juste ? Leslie et K-Maro ? On est vraiment obligé ? Et d’ailleurs, il serait intéressant de plonger un instant dans les méandres du cerveau des publicitaires chargés de cette opération médiatique. On imagine, dans un bureau en velours : ça serait cool de faire un truc un peu nouveau pour changer un peu, sur une plage, par exemple… Agadir, ce serait pas mal, mais ils risquent de nous obliger à prendre des artistes de chez eux.

Mais pas du tout, on n’a qu’à leur dire que c’est pour la tolérance, et ils seront contents.

Oui, oui, on leur envoie notre plateau habituel, ça fera de belles images avec la plage en fond d’écran. Cool, vendu coco.

Zakaria Boualem, il est pour la tolérance, comme tout le monde. Il est contre le sida, l’injustice, le chômage, la violence et compagnie… Mais il ne considère pas que le fait d’envoyer Sh’ym la tigresse à Agadir serve la cause de la tolérance. Il n’est même pas loin de penser exactement le contraire. Où alors, il faut que ça marche dans les deux sens. Concrètement, ça veut dire qu’il faudrait qu’une soirée similaire se tienne place de la Bastille à Paris, organisée par la TVM, que Dieu l’assiste. Un plateau classique, avec Abdelhadi Belkhayat, Abidat Errma, Abdelawahab Doukkali, quelques berbères de l’Atlas et quelques Guercifis en moustache pour clôturer le tout. Zakaria Boualem aimerait bien voir la tête des Parisiens lorsqu’on leur expliquera qu’il faut tolérer tout ça, au nom de la tolérance, et merci. Il aimerait aussi qu’on arrête de se foutre de sa gueule en lui présentant la moindre opération médiatique comme un incroyable élan de générosité. Si Sh’ym la tigresse vient à Agadir, c’est parce qu’elle va passer un super week-end, qu’elle va être diffusée à la télé française en direct, qu’elle va être payée pour ça et que c’est son métier. Pour se donner bonne conscience, elle va peut-être nous faire un petit speech sur le thème de “on est tous frères, donnez-vous la main, et chantons ensemble mon refrain, et achetez mon CD demain, ça ne mange pas de pain, il est très très bien”. ça serait cool qu’elle prenne une averse sur la tête à ce moment-là, par exemple. Non, non, c’est pas méchant, un truc marrant, quoi ! Il faut être tolérant avec la météo… Bon, OK, j’arrête.

Zakaria Boualem ne connaît pas Georges Brassens, c’est très dommage. On va donc citer pour lui cet extrait de chanson, qui résume tout mieux que cette longue chronique : “S'engager par le mot, trois couplets un refrain / Par le biais du micro / Ça s'fait sur une jambe et ça n'engage à rien / Et peut rapporter gros”.

 
 
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