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N° 247
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari, Fahd Iraqi et Redouane Ramdani
photos reportage Rachid Tniouni

Islamistes. La démonstration de force

À la tribune, Mohamed Hamdaoui,
président du MUR. à gauche, en
costume, Mohamed Yatim. 2ème
et 3ème à droite : Ahmed Raïssouni
et Abdelilah Benkirane.

Depuis 6 mois, le Palais demande au PJD de prendre ses distances avec le MUR, l'association religieuse, volontiers provocatrice, qui a enfanté la plupart de ses leaders. A l'issue du 3ème congrès du MUR, la réponse est tombée, polie mais ferme : c'est niet.


Samedi 4 novembre, une journée tranquille à Mohammedia. En quittant la gare, le promeneur peut remarquer une affiche, la seule qui domine le décor du centre-ville : un tournoi de football organisé à l'occasion… du 41ème anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Mais rien
sur le 3ème congrès du MUR (Mouvement unicité et réforme), principal événement du jour ! Ce n'est qu'à l'entrée du tout nouveau théâtre de la ville qu'une affiche rassure le visiteur : oui, l'événement aura bien lieu à Mohammedia, sans retard ni changement de décor. Communication minimale, donc, en dehors d'une manchette à la Une d'Attajdid, le journal officiel du MUR. Mais succès public incontestable.

La salle est comble. 1500 à 2000 “spectateurs”, dont près de 400 congressistes. Le théâtre est tout simplement plein à craquer. Tout l'état-major du PJD est là, Saâdeddine El Othmani en tête, distribuant des sourires à droite et à gauche. Mais c'est le staff du MUR qui est mis en avant, disposé au cœur de la scène, avec son président Mohamed Hamdaoui, son chef spirituel Ahmed Raïssouni et des figures emblématiques comme l'incontournable Abdelbari Zemzami. Des invités de marque sont venus d'Afrique et d'Orient, principalement d'Arabie Saoudite, pour “encourager l'expérience pilote des frères marocains”. Habib Forkani, vieille figure de l'UNFP, et Khalid Soufiani, ancien de l'USFP, sont les deux seuls invités politiques (de gauche !) présents parmi l'assistance. Aucun représentant d'Al Adl Wal Ihsane, ce qui ne manque pas de soulever bien des questions (lire encadré). “75% de l'assistance appartiennent au MUR et non au PJD”, martèle ce membre du service d'ordre, qui porte un dossard estampillé “sécurité”. Dans le lot, beaucoup de familles avec enfants, et des MRE venus de différents pays d'Europe. Comme d'habitude, les femmes sont soigneusement installées dans une aile à part, séparées des hommes. Une antichambre est spécialement aménagée pour les retardataires, qui peuvent suivre les débats sur un écran géant. Un autre espace a été aménagé pour servir de salle de prière.

Et puis il y a l'arsenal humain du MUR, impressionnant comme toujours. Des agents sont disposés aux quatre coins de la salle, pour assurer l'ordre et le confort des congressistes. Des “chauffeurs de salle” sont répartis parmi l'assistance, slogans réglés à la virgule près, pour rythmer les débats par des chants partisans ou religieux, souvent consensuels (“Notre référentiel : al-kitab wa-sunna”), mais toujours bien sentis (“L'islam est religion et Etat, dites-le aux laïcs !”). Chauffé à blanc, le théâtre de Mohammedia ressemble à une salle de concert, à la seule différence qu'il n'y a nulle place pour l'improvisation : tous les détails du show ont été réglés à la seconde près.

Une fleur pour le Palais
Tout commence, bien entendu, par une lecture du Coran, récité par la voix d'un “moqrii”, classé second, en 2005, au concours Mohammed VI de psalmodie. Place ensuite à la projection d'un court métrage de 15 minutes, fait maison. Détail intéressant, on y voit Fathallah Arsalane, numéro deux d'Al Adl Wal Ihsane, discourir sur “la nécessité de séparer la prédication et la politique”. Dans la même veine, le Docteur Fahd Ben Selmane Al Aouda, venu d'Arabie Saoudite, prend la parole pour raconter son voyage jusqu'au Maroc. Le propos, très acidulé, rejoint la polémique naissante sur le port du voile. Extrait : “Une hôtesse de l'air est venue vers moi pour me raconter son rêve : j'ai vu le prophète et je lui ai embrassé les pieds. J'ai demandé à la jeune femme pourquoi elle ne portait pas le voile, elle m'a répondu que c'était interdit par les responsables de la compagnie aérienne”. De là à en déduire que le cheikh saoudien a effectué son vol à bord de la RAM, et donc qu'il attaque en creux son pays hôte, il n'y a qu'un pas.

Le public acclame le cheikh, qui a pris le soin d'évoquer la résistance libanaise sans louer le Hezbollah (normal, il est sunnite, le Hezbollah est chiite). Des applaudissements encore plus fournis ponctuent l'allocution de Mohamed Hamdaoui, dont le discours est un modèle de subtilité. Pas de critique directe du Pouvoir, la seule allusion au Palais est même positive. “C'est la sagesse royale, au lendemain du 16 mai 2003, qui nous a évités le pire en permettant de tirer les choses au clair”, dira-t-il. (NDLR : juste après les attentats, plusieurs personnalités politiques étaient montées au créneau pour stigmatiser la “responsabilité morale” des islamistes officiels - et notamment ceux du MUR).

Mais tout le monde attendait les congressistes sur la question cruciale de la séparation entre le parti (politique) et l'association (religieuse). Depuis mai 2006, en effet, le PJD est officiellement sommé de se démarquer du MUR. Tour à tour, au nom du Palais ou du gouvernement, les ministres de l'Intérieur, Fouad Ali El Himma et Chakib Benmoussa, se sont relayés pour communiquer le même message à l'état-major de Saâdeddine El Othmani : “Différenciez-vous par rapport au MUR, clarifiez le flou artistique qui enveloppe vos positions sociales et religieuses, prenez vos distances avec Attajdid”. A toutes ces sommations, Hamdaoui a opposé ce qu'il faut bien appeler une non-réponse, dûment acclamée -il faut le souligner- par l'assistance : “Entre le PJD et nous, il existe une synergie et une coopération mutuelle, mais nous gardons notre autonomie”. à l'instar des autres intervenants, Hamdaoui a mis un gant de velours avant de chauffer le public sur une question, le conflit israélo-palestinien, qui affole habituellement l'applaudimètre. Fait notable, dans toutes les interventions, le mot “juifs” (couramment utilisé jusqu’alors par les tribuns du MUR) a été remplacé par “sionistes”. Une subtilité à l'usage du Pouvoir, qui surveille de près ce genre d'amalgames ; mais pour les militants, cela revenait strictement au même, l'applaudimètre faisant foi.

Pour le reste, les débats ont tourné autour des thèmes favoris du MUR (moralisation de la vie publique, éducation du citoyen, etc.), sans fausse note. Pour l'anecdote, la surprise du chef est intervenue à la tombée du jour (les débats de cette journée inaugurale se sont prolongés dans la soirée) quand l'un des intervenants s'est rappelé qu'il était temps, pour les fidèles, de passer à la prière du Moghreb : “Nous avons beaucoup de voyageurs parmi nous, il leur sera possible de coupler les prières du Moghreb et d'Al-Ichaa au moment opportun, les autres peuvent faire d'ores et déjà leur prière s'ils le veulent”. Ne nous y trompons pas, c'est rarissime. Généralement, tout s'arrête, le temps d'effectuer la prière du moment. Cette fois, les débats se sont poursuivis, même si une bonne partie de l'assistance s'est levée pour rejoindre la salle de la prière.

Notons -fait marquant de cette première journée- que Ahmed Raissouni, ancien président du MUR et remarquable tribun connu pour ses diatribes contre le système, a scrupuleusement gardé le silence tout au long du “show”. Une manière d'annoncer qu'il n'était guère candidat à la succession du président Hamdaoui, chose qui allait être confirmée dès le lendemain.

Entourloupe démocratique
Pas grand-chose à signaler le samedi, consacré “journée portes ouvertes” pour les visiteurs. C'est dimanche que le MUR est passé aux choses sérieuses : les élections. Comme prévu, Mohamed Hamdaoui a été plébiscité (276 voix sur 333 exprimées) pour un deuxième mandat consécutif. Comme pour se justifier, les militants rappellent que le président du MUR “ne fait pas partie des poids lourds du PJD puisqu'il n'appartient qu'à une seule instance : le conseil national, et non pas au secrétariat général”. Pas exactement la séparation nette réclamée par l'Etat, mais bon… Consensuel, modéré, Hamdaoui est le président rêvé pour un PJD désireux de se montrer conciliant avec le Palais… Sauf qu'au moment de passer au vote pour la constitution du bureau exécutif du MUR, la donne change considérablement. Hamdaoui propose sa propre liste et la soumet aux congressistes, qui en proposent une deuxième. L'opération relève d'une mise en scène remarquable : la liste de Hamdaoui ne comporte que des jeunes loups, loin, très loin de l'élite du PJD, alors que la liste des congressistes impose le retour des Yatim, Baha, et autres ténors du PJD. Retour à la case départ, l'association et le parti restent intimement liés. “C'est la base qui décide, c'est le vote démocratique qui l'emporte”, commente ce dirigeant du PJD. Soit, mais c'est tout de même bien commode.

Dans les faits, le parti conserve un large contrôle sur sa “matrice spirituelle”. Sur les seize membres du nouveau bureau exécutif du MUR, on retrouve Abdellah Baha et Abdelilah Benkirane, les deux premiers secrétaires adjoints du PJD, Aziza Bakkali Kacimi, membre du secrétariat général du PJD, et Mohamed Yatim, leader de l'UNTM, la centrale syndicale du parti islamiste. Un strapontin a également été réservé à Ahmed Raïssouni, pour ne pas couper avec les racines de l'association. Bref, un subtil dosage entre religion et politique, anciens et nouveaux, hommes et femmes, etc. Et le tour est joué.

Au moment de clôturer le congrès, les peuples du MUR et du PJD sont donc repartis avec le sentiment du devoir accompli. La forme ? Impressionnant, comme toujours. Le discours, notamment, a été soigneusement retouché, au point d'en devenir politiquement correct, ou presque. Mais sur le fond, aucune concession d'envergure. La grande question de la séparation organique entre le MUR et le PJD, autrement dit entre le religieux et le politique, a été renvoyée aux calendes grecques. “Nous ne sommes pas laïcs pour séparer le politique du religieux, ce serait contraire à nos convictions et même à notre Constitution !” objecte ainsi ce congressiste, non sans pertinence. Lahcen Daoudi, qui a supervisé les travaux du congrès aux côtés de Saâdeddine El Othmani, décline la même idée, mais autrement : “C'est une question d'évolution, on ne peut pas tout casser. Le PJD et le MUR préparent tous les deux les élites de demain. Et puis comment séparer ce qui n'est pas séparable ? Qu'est-ce qui est religieux et qu'est-ce qui ne l'est pas ?”. Au fond, rien n'a changé. Le flou artistique reste la spécialité majeure de nos islamistes officiels…

Priorité à la politique
Mais il faut tout de même relativiser. Si le PJD continue de frayer avec le MUR, il entend donner quelques gages de “différenciation” à ceux qui en demandent. Par exemple, le parti compte tout de même se démarquer nettement d'Attajdid, le quotidien du MUR, dont les positions souvent extrêmes dérangent certains politiques islamistes, même s'ils ne l'avouent pas explicitement. Une société d'édition a déjà été créée par le PJD à cet effet, nous dit-on ; reste à préciser le titre et la périodicité du futur journal officiel du parti (“Les discussions sont toujours en cours”). Dans quelques semaines, si tout va bien, Attajdid représentera exclusivement le MUR. Ce qui répondra à l'une des requêtes les plus pressantes du Palais, mais aussi d'une bonne partie de la classe politique et de la société civile. “Depuis la disparition d'Al-Asr, le PJD est le seul grand parti à ne pas avoir d'organe de presse officiel, répercutant toutes ses opinions sur Attajdid qui appartient en principe au MUR. C'est d'autant plus aberrant que le PJD, avant même d'exister en tant que parti, reposait déjà sur deux journaux, Ar-Raya et As-Sahwa, les ancêtres d'Attajdid” rappelle le chercheur Mohamed Darif.

En définitive, et au-delà des questions auxquelles le PJD était tenu de répondre, le 3ème congrès du MUR aura surtout été une démonstration de force de l'association comme du parti. Jusqu'à l'année dernière, les deux entités étaient gênées aux entournures par l'existence d'une autre association, le MVV (Mouvement de la vigilance et de la vertu, monté autour de Mohamed Khalidi, un dissident du MUR). Le MVV a disparu pour laisser la place à un parti, Annahda, conduit par le même Khalidi, qui a entraîné avec lui les derniers réfractaires à une assimilation MUR-PJD. Les deux vivent aujourd'hui, comme on a pu le constater ce week-end à Mohammedia, un mariage harmonieux et qui semble parti pour durer.

Le mot de la fin ? Laissons-le à Lahcen Daoudi, véritable numéro deux du PJD et grand architecte (avec El Othmani) de la stratégie actuelle du parti : “Notre véritable priorité aujourd'hui est politique. Nous avons envie de dire aux gens : votez pour nous si nos programmes arrivent à vous convaincre. Mais si vous ne votez pas pour nous, vous n'irez pas en enfer pour autant”.



MUR / Al Adl. Fâchés, mais pas divorcés

Habituellement, un congrès du MUR est l'occasion d'assister aux grandes embrassades entre les cadors du mouvement et leurs frères d'Al Adl Wal Ihsane. Cette année, les disciples du Cheikh Yassine ont brillé par leur absence. “Nous avons pour habitude de répondre favorablement à toute invitation. Mais pour ce congrès, la personne chargée de nous remettre nos invitations ne l'a pas fait. La direction du MUR s'est excusée et nous avons accepté ses excuses”, se contente d'expliquer Fathallah Arsalane, porte-parole de la Jamaâ. Mais cette malencontreuse erreur d'organisation est loin de duper les observateurs. “Les invitations égarées ne servent que de prétexte aux uns et aux autres. Ils sont en froid depuis quelque temps et l'absence d'Al Adl était plus que prévisible”, nous explique cette source proche de la Jamaâ. Le désamour entre les deux camps remonte à l'été 2005 quand les leaders du MUR ont commencé à critiquer ouvertement le syndrome de la “Qawma” qui s'était propagé chez les compagnons de Yassine. Entre les VCD de Raïssouni les rappelant à l'ordre, vendus devant les mosquées, et les déclarations d'Abdelilah Benkirane qui considère leur vision comme “une fable hilarante et honteuse”, l'orgueil des Adlistes est atteint. Même la réunion au sommet à laquelle ont pris part les deux états-majors ne règle pas le différend. Pis encore, le MUR rompt le pacte de non-agression en rendant publique, début 2006, sa lettre ouverte où, sur un ton “amical”, le Cheikh Yassine et ses apôtres sont invités à se débarrasser de leurs délires. “Depuis, c'est la guerre ouverte. Aucun des deux clans ne rate l'occasion pour tirer sur l'autre par presse interposée”, explique le chercheur Mohamed Darif. Mais le véritable point d'achoppement entre les deux camps réside dans l'imbrication entre le Pouvoir et la religion. Tandis que les disciples du Cheikh réfutent l'article 19 de la Constitution et se positionnent en dehors du champ politique, le MUR, à travers le PJD, respecte toujours les règles du jeu. L'approche du PJD, sans doute plus opportuniste, lui impose de se démarquer de l'approche plus radicale de la Jamaâ de Yassine, loin d'être dans les petits papiers du Pouvoir. Et puis, l'année 2006 touche à sa fin sans que les rêves de “Qawma” du Cheikh et sa troupe ne soient devenus réalité… Le froid entre le PJD et la Jamaâ n'équivaut toutefois pas à une rupture définitive. Preuve en est l'échange d'amabilités entre les deux camps : aux excuses du MUR par rapport à “l'erreur d'organisation”, Al Adl a répondu par une lettre de félicitations au nouveau bureau !



Chronologie. Le MUR (et le PJD) en dates

Début 90 : De l'ombre à la lumière
La “Jamaâ Islamiya” sort de sa clandestinité des années 80 pour s'inscrire dans une démarche politique. Le nom à connotation dominatrice du champ religieux est troqué contre le sigle du MRR (Mouvement de réforme et de renouveau). L'ex-Jamaâ tente même la création du Parti du renouveau national qui n'a jamais été autorisé. Cela ne l'empêche pas de présenter, dans les communales de 93, certains de ses membres sous d'autres casquettes partisanes. En parallèle, la Ligue de l'avenir islamique (LAI) est créée, en 1994, pour regrouper différentes associations régionales.

1996 - 1998 : Le temps des fusions
Le Docteur Abdelkrim Khatib, avec son Mouvement Populaire Démocratique Constitutionnel (MPDC), en veilleuse depuis des années, rentre sur l'arène politique pour se positionner comme parti islamiste. Après l'intégration du MRR qui absorbe dans la foulée la LAI, un courant politique est ainsi constitué autour du Mouvement de l'unicité et de la réforme (MUR). Même les publications fusionnent pour donner naissance au journal Attajdid. Le parti du Dr Khatib renaît ainsi de ses cendres pour devenir le Parti de la justice et du développement (PJD) en 1998. Ses nouveaux ténors sont d'ailleurs l'état-major du MUR en les personnes de Raïssouni, Ramid, Benkirane, Othmani, etc.

1999 - 2002 : La percée politique
Avec ses 9 sièges au Parlement obtenus en 1997, le PJD se présente comme un parti d'opposition farouche. Dans l'arrière base qu'est le MUR, les actions de restructuration se multiplient à la veille des élections de 2002. Un scrutin où le courant du PJD va faire une bonne percée en se positionnant comme la 3ème force politique du pays.

2003 : L'heure des choix
Les déclarations de Raïssouni au sujet de la commanderie des croyants et les attentats de Casablanca assènent un coup dur au PJD. Les islamistes ne sont plus en odeur de sainteté et une procédure judiciaire aurait même été introduite pour interdire le MUR. Le mouvement qui condamnera vigoureusement les attentats et lancera même un appel criant au complot, ne devra son salut qu'à un arbitrage royal que les responsables du MUR qualifient toujours de “sagesse royale”. Cela ne passera pas sans dégâts. Le trublion du parti, Raïssouni, abandonne son poste sous la contrainte et le PJD aura même à consentir une limitation de son poids électoral dans les communales.

2006 : C'est reparti pour un tour
Le 3ème congrès du MUR se tient sur fond de débat au sujet de la séparation du Mouvement et du Parti. Finalement, l'on opte pour la continuité puisque les leaders du PJD sont toujours suffisamment représentés (25 %) dans le bureau exécutif du MUR. On ne change pas une équipe qui gagne !



Profil. Raïssouni, le pilier du MUR

Rien ne prédestinait ce natif de Ksar El Kébir à devenir l'une des principales figures du champ religieux marocain. Une réputation qu'il s'est forgée avec ses prises de position tranchées, voire radicales. Raïssouni, à la base, est une bête de travail. Avant de devenir le théologien qu'il est aujourd'hui, il a commencé sa carrière en tant que rédacteur juridique au tribunal de Souk Larbaâ. Il passe à l'enseignement en 1978 avant de décrocher son doctorat en sciences islamiques en 1992. Depuis, son nom est devenu indissociable de la Ligue de l'avenir islamique (une des principales composantes qui ont donné naissance au MUR) mais aussi la Rabita des Oulémas, l'Institut mondial de la pensée islamique et le journal Attajdid dont il a été le directeur jusqu'en 2004. Sa première sortie médiatique a été considérée par beaucoup de politologues comme un événement : il anime une causerie religieuse devant Amir Al Mouminine. Ex-président du MUR, matrice idéologique et base arrière du PJD, Ahmed Raïssouni a toujours incarné l'aile radicale du courant islamiste. Une position qui lui a même valu de servir de fusible idéal quand la PJD était au point culminant de sa confrontation avec le Pouvoir, au lendemain des attentats du 16 mai 2003. Même s'il n'est plus le numéro un officiel du MUR, l'homme a conservé tout son poids dans le mouvement. Exilé de luxe à Djeddah où il est en en mission d'études (à l'Académie islamique de jurisprudence relevant de l'Organisation de la conférence islamique), Raïssouni reste la vedette de la Fatwa version marocaine. “C'est une fierté pour le Maroc dans le monde musulman d'avoir une personne comme Raïssouni…”, explique Mostapha El Khalfi, un jeune cadre du MUR. Sa popularité auprès de la base est toujours intacte. Au dernier congrès du mouvement, il s'est contenté, sans forcer son talent, d'un fauteuil au sein du bureau exécutif.



Attajdid. La vitrine du MUR… et du PJD

Alors que le PJD cherche généralement à faire profil bas, le MUR, à travers son quotidien Attajdid, se fait souvent remarquer. La littérature du mouvement, comme sa presse, sont un recueil inépuisable de trouvailles. Sur le terrain du monde musulman, les dossiers “permanents” comme la Palestine, l'Irak (et même l'Afghanistan) côtoient les révoltes ponctuelles contre la dernière déclaration polémiste du pape, les caricatures du prophète ou encore le piétinement du Coran dans la prison de Guantanamo. Sur des sujets plus marocains, le populisme est toujours au rendez-vous : appels au boycott des produits américains, à l'interdiction de l’hérétique fête du réveillon, à la fermeture des casinos et la prohibition de l'alcool dans les établissements touristiques, etc. Le MUR est parfaitement dans son rôle. Sauf que par rapport à la ligne du parti dont il constitue le vivier, ses sorties ont été parfois embarrassantes. Ainsi, quand le MUR se prononce contre les festivals, les accusant d'être des “lieux de débauche”, Une déclaration du PJD éteint le feu de la manière la plus laconique : “On ne peut pas être contre les festivals, mais il faut les nettoyer s'il y a des dérives”. Autre exemple : quand Attajdid rejoint la cohorte des éreinteurs du film Marock, les cadres du parti s'étonnent de tout ce vacarme… en déclarant qu'ils n'ont pas encore visionné le film. Mais c'est l'affaire du tsunami, avec un article d'Attajdid le considérait comme “une punition de Dieu et un avertissement pour le Maroc”, qui a fortement éclaboussé le PJD. Le reportage diffusé par 2M et les sit-in organisés ont donné une tournure importante à l'affaire. Le rédacteur en chef d'Attajdid en fera même les frais. Moralité : le MUR (et le PJD) navigue entre un discours moralisateur destiné à se rapprocher de ses bases et un semblant de modération visant à rassurer le premier cercle du pouvoir.



Plus loin. 2007 Daba

Le PJD a engagé sa bataille pour les élections 2007. Car il compte bien y aller et il nous explique aujourd'hui comment. Sur le terrain, 36 commissions travaillent d'arrache-pied pour élaborer les programmes (économique, politique, social, etc.) que le parti a l'intention de nous “vendre” dans quelques mois. Et, comme nous l'a expliqué ce dirigeant du PJD, “votez pour nous ou contre nous, mais on ne vous promet ni le paradis ni l'enfer”. C'est entendu, on le savait déjà, le PJD est prêt. Il a harmonisé ses rangs, débarrassés des aspérités héritées de l'époque du Dr Khatib et du MPDC. Il s'appuie sur une association solide (MUR) et un syndicat qui monte en puissance (UNTM), ce qui lui offre une assurance tous risques pour l'avenir. Le problème, en fait, n'est pas là et les enjeux, avec ce parti, se situent aujourd'hui à un autre niveau. Avant d'arriver aux électeurs, le PJD a besoin de rassurer “en haut”. C'est ce qu'il est en train de faire, mais à sa manière : en faisant les choses à moitié. Le PJD a pris ses distances avec Al Adl Wal Ihsane, soigné son discours, évité toute critique frontale du régime, accepté de lancer le projet d'un “vrai” organe de presse officiel, etc. Mais il n'a pas renoncé à ce qui fait sa force : la corrélation politique-religion dont il est le champion incontesté, et l'amalgame PJD-MUR qui en découle. Ce sont ces deux points, deux ambiguïtés, justement, que le Pouvoir lui demandait expressément de lever… Le suspense ou la partie d'échecs entre le PJD et la Palais va donc reprendre de plus belle. Et du coup, le dernier congrès du MUR apparaît sous son vrai jour : un congrès bis du PJD où des réponses ont été fournies au Palais. Ces réponses peuvent être résumées en ce qui suit : “Nous sommes prêts à jouer le jeu, à rassurer, à céder… mais pas sur tous les points, ni de la manière que vous nous dicterez”. Un “oui conditionné”, en quelque sorte. On verra dans quelle mesure le Palais, à son tour, est prêt à s'accommoder de cette nouvelle donne.

Karim Boukhari

 
 
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