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N° 247
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Mes enregistrements, c’est du bidon”

Antécédents
Mohamed Saoud
Elu (en suspens)
de la Deuxième chambre

1973. Naissance à Bruxelles.
1997. Crée sa première entreprise en télécoms.
2001. Rentre au Maroc et rachète un hôtel à Larache.
2003. Master en management, élu conseiller à Larache.
2004. Master en immobilier d’entreprise.
2006. Élu à la Deuxième chambre, poursuivi pour achat de voix et corruption sur la base d’écoutes téléphonniques.

Smyet Bak ?

Ammar ben Mohamed.

Smeyt Mok ?
Amina Yassini.

Nimirou d’la carte ?
La Marocaine ou la Belge ?

Celle qui vous arrange en ces temps troubles…
La Marocaine, alors. BX 805 025.

Vous vous qualifiez de “sénateur”, vous ne savez pas que chez nous, on dit “conseiller” ?
Malheureusement. Dans le monde entier, les députés de la Chambre haute sont des sénateurs. Au Maroc, on utilise une traduction littérale du mot “moustachar”. Il serait d’ailleurs temps qu’on change d’appellation, ne serait-ce que pour que nos collègues étrangers nous reconnaissent plus facilement.

Baqi hta ma sekhenti blastek que vous voulez déjà changer le monde ?
Je veux changer le Maroc. Je défends un Etat de droit et démocratique, nécessaire pour que les Marocains vivent sereinement. J’ai peur pour le devenir de ce pays. 10% des Marocains vivent à l’étranger aujourd’hui. Je ne veux pas que ce chiffre double dans les prochaines années.

Vous faites l’objet, ainsi que onze autres députés, de poursuites pour “achat de voix et corruption”. Ce n’est pas une preuve de démocratie, ça ?
Je dis qu’il faut une justice équitable. On a ciblé certaines personnes de manière aléatoire et on les a livrées au lynchage public, de manière humiliante. Résultat : on est sanctionné avant même d’être jugé. Aucun respect de la présomption d’innocence, aucun respect du droit… Tout le monde sait qu’il y a eu des irrégularités lors de la campagne électorale. Les autorités n’ont réagi que 15 jours après les élections. Au lendemain d’un discours du président américain où l’Algérie et l’Egypte ont été citées comme deux modèles arabes de démocratie, mais pas le Maroc. Nos autorités ont saisi le message et ont maladroitement réagi.

Le ministre de l’Intérieur dit avoir des enregistrements qui vous compromettent clairement. Il ment ?
Tout le monde était sur écoute. Ils ont choisi de poursuivre certains plutôt que d’autres. Mais poursuite ne veut pas dire condamnation. Une poursuite, c’est du marketing politique, sans grandes conséquences, destiné aux Américains et aux Européens. J’ai écouté les enregistrements me concernant. À aucun moment, il n’est question d’usage d’argent sale. C’est du bidon et c’est très compliqué de faire aboutir la procédure. Les écoutes sont-elles légales, peuvent-elles être considérées comme des preuves ? Qui va les interpréter ? Finalement, je retiens que l’intention des autorités est bonne mais que la méthode est anti-démocratique. Elles n’ont pas été artistes sur ce coup.

Interviews, blog, communiqués, apparitions publiques… Vous croyez que c’est vraiment la meilleure manière de vous disculper ?
Mon objectif est de dévoiler la vérité. Je ne suis pas entré en politique pour être un béni-oui-oui. Je ne comprends pas que les autres sénateurs poursuivis se taisent alors que leurs droits sont bafoués.

Ils ont peut-être des choses à se reprocher…
Je crois que c’est plutôt une question de mentalités. Je viens d’un pays où j’ai appris à revendiquer mes droits. Je ne suis pas un héros, mais un simple citoyen qui refuse de se laisser marcher sur les pieds.

Fin septembre, vous avez tenté d’assister à la séance d’ouverture du Parlement avant de rebrousser chemin. Vu le protocole, vous ne pensez pas que c’est le roi qui n’a pas voulu de votre présence ?
J’ai rebroussé chemin parce que mon président de groupe me l’a demandé. Je ne suis pas là pour satisfaire le roi mais pour servir des citoyens. Je ne crois pas que Sa Majesté accepte que la constitution soit bafouée. Tout le monde veut aujourd’hui réformer la Constitution. Il faudra commencer par respecter celle qui existe déjà.

Finalement, vous ne vous dites pas que MRE et politique ne font pas bon ménage ?
Il faut que le Maroc se prépare à voir d’autres Saoud débarquer en 2007 ou en 2012. Des Marocains avec des mentalités d’ailleurs investiront massivement le champ politique. Il faudrait s’y préparer dès aujourd’hui.

 
 
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