Raja - WAC. Derby à haut risque
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Smyej

Raja - WAC. Derby à haut risque

Ce dimanche, le duel entre
les Rouges et les Verts aura
lieu à Rabat.
(TELQUEL)

Pour la première fois, le derby casablancais se jouera à Rabat. Un choix qui semble privilégier l'aspect sécuritaire, au détriment des clubs et de leur public.


Le 12 novembre, jour du “classico”, les rues casablancaises seront bien calmes. Exit les processions de banderoles, comme les nuées de supporters déboulant dans les grandes artères de la ville. Quant aux riverains du complexe Mohammed V, ils seront soulagés, autant que les compagnies de transport en commun, de l'absence des casseurs habituels. Et pour cause : le derby casablancais se tient à Rabat, au complexe Moulay Abdellah. Une première !

La raison de cette “délocalisation” est à la fois banale et surréaliste. Si la rencontre entre les deux clubs bidaouis se joue dans la capitale, c'est tout bêtement parce qu'aucun stade apte à accueillir une rencontre de cette dimension n'est disponible. Le Complexe Mohammed V ? Fermé depuis des mois pour travaux de réfection. Quant au stade du Père Jego, solution d'appoint sur laquelle les deux clubs se rabattent depuis, il ne répond pas, d'après les autorités de la ville, aux normes sécuritaires requises pour un tel événement. Résultat : le champion du Maroc en titre et le vainqueur de la Coupe arabe des clubs champions n'ont, aujourd'hui, pas de stade où s'affronter, ni même pour recevoir leurs prochains matchs à domicile. Ce qui fait dire à Taïeb Fechtali, Président du WAC, avec une pointe d'ironie : “Nous sommes un club qui, pour jouer à domicile, doit désormais se déplacer à l'extérieur”. Surréaliste, on vous dit !

Se déplacer… à domicile
L'origine de cette situation kafkaïenne est justement la fermeture, depuis le printemps 2006, du complexe Mohammed V à toute compétition. Une énième fermeture, pour une énième remise en état d'un terrain décidément bien fragile et déjà rafistolé à maintes reprises.

Mais cette fois, promet-on, ce sera la bonne ; puisqu'il s'agit de planter à grands frais une pelouse flambant neuf, en remplacement de l'ancienne, jugée définitivement impraticable. L'occasion aussi de mettre à niveau diverses installations du stade, pour une enveloppe budgétaire se montant à près de 14 millions de dirhams. Un premier calendrier fixait le début des travaux au mois de juin et leur achèvement à la mi-septembre, pour une réouverture en concomitance avec le démarrage du championnat. Un deadline idéal, mais qui ne sera jamais tenu.

Le Conseil de la Ville, qui gère l'opération de rénovation, a accumulé les retards sur toutes les étapes. La définition du cahier des charges, le lancement de l'appel d'offres et l'attribution du marché ont ainsi plus de temps que prévu, “essentiellement pour des raisons administratives”, affirme Yassine Saâdellah, chef de la Division du Sport au sein de la Ville de Casablanca. “L'entreprise en charge de la mise à niveau de la pelouse s'est rendu compte qu'il fallait pratiquement tout refaire à neuf”, poursuit notre source. En d'autres termes, c'est l'importance des travaux qui a été tout simplement sous-estimée.

C'est donc une foule d'imprévus qui repousse la “rentrée” du Complexe Mohammed V au moins jusqu'à janvier 2007, obligeant les deux clubs casablancais à se débrouiller pour dénicher un terrain… où jouer leurs matchs à domicile. “Cette saison, nous avons joué notre premier match à domicile à Marrakech. Et chaque journée, nous ne savons pas toujours où nous allons recevoir notre adversaire”, déplore Hamid Souiri, Président du Raja. Et les choses risquent encore de se compliquer, puisqu'il est question de fermer définitivement le stade Père Jégo aux matches du championnat ! Une décision prise pour des motifs sécuritaires suite aux incidents qui ont émaillé les dernières rencontres qui s'y sont déroulées. De là à penser que le retard qu'accusent les travaux du complexe Mohammed V arrange plutôt bien les affaires des sécuritaires, il y a un pas que beaucoup franchissent. “On n'a pas le droit d'enlever le match Raja-WAC au public casablancais, sous prétexte d'insécurité. Ceci reviendrait à cacher le problème au lieu de l'affronter”, critique ainsi le journaliste sportif Najib Salmi. D'ailleurs, il n'y a aucune raison pour que le public casablancais se montre plus discipliné à Rabat qu'il ne l'est dans sa ville. Pire, la violence de certains supporters pourrait même se trouver exacerbée par la rivalité légendaire existant entre les fans du Raja et le public des FAR, qui ne manquera pas de mettre son grain de sel dans les tribunes.

Une affaire de finances
Le plus fâcheux est que tout cela a une incidence directe sur les finances des clubs. Car en accueillant dans un terrain d'appoint ou hors de leurs bases, le WAC comme le Raja s'exposent à la raréfaction des supporters. Et qui dit gradins dépeuplés, dit aussi caisses vides. Taïeb Fechtali rappelle ainsi, à titre d'exemple, que le match WAC-IZK s'est soldé par une recette de 22 000 DH. Une misère.

L'enjeu est encore plus important lorsqu'il s'agit du derby, le match du championnat qui connaît la plus grande affluence : près de 80 000 spectateurs… et les recettes qui vont avec. C'est ce qui explique que la décision de jouer le match à Rabat fut prise au terme d'un véritable feuilleton à rebondissements. Les dirigeants du Raja, qui reçoivent pour ce match (et en récoltent les recettes), ont ainsi tenté de reporter la tenue de la rencontre jusqu'à la réouverture du Complexe Mohammed V, dans l'espoir de pouvoir y accueillir le Wydad. Ce dernier a cependant répondu par un refus catégorique, tempéré certes par les politesses de rigueur. “Si les dirigeants du Raja nous avaient adressé la demande de report à temps, nous aurions certainement trouvé une solution. Mais ils s'y sont pris trop tard. Et au lieu de nous contacter, ils ont essayé de nous court-circuiter, en passant directement par la Commission de programmation du GNFE”, argumente Taïeb Fechtali, président du WAC. Son homologue rajaoui, lui, préfère ne pas “entrer dans une polémique”, tout en affirmant avoir bien contacté le dirigeant du Wydad.

Finalement, le Raja apparaît comme le grand perdant de cette “délocalisation”. Avec une formation encore instable, diminuée par des absences et des blessures, les Verts ne sont pas donnés favoris. Mais au-delà du prestige, il s'agit aussi de recettes sonnantes et trébuchantes. Il est en effet peu probable que le public casablancais qui se déplacera à la capitale approche les 80 000 et que les recettes tendent aux 800 000 DH habituels.

Les autres perdants, ce sont ces dizaines de petits commerces informels qui s'amassent autour du stade les jours de derby. Vendeurs de sandwich, de casquettes, de boissons et autres banderoles et drapeaux viennent ainsi de rater leur meilleure journée de la saison.



Rumeur. Spéculations autour d'un stade

Depuis des mois, les rumeurs bruissent d'une possible démolition du complexe Mohammed V et de la cession du terrain à des promoteurs immobiliers. Des rumeurs renforcées par l'éjection du stade de la programmation des récentes compétitions continentales ou internationales. Le dernier match de l'équipe nationale à s'y dérouler fut un amical Maroc-Argentine en avril 2004, alors que la dernière rencontre officielle de la sélection remonte à un an plus tôt. “Il y a des lustres que même une finale de Coupe du Trône ne s'y est jouée. J'ai l'impression qu'on veut faire oublier ce stade”, remarque Najib Salmi. Une hypothèse démentie par les autorités de la ville. “Il s'agit de rumeurs lancées par des adversaires politiques du maire. Il n'a jamais été question de faire disparaître ce stade”, répond un responsable de la Ville de Casablanca. “Si c'était le cas, la ville ne se serait pas lancée dans un investissement aussi coûteux”. Pourtant, une telle éventualité suivrait la tendance observée partout dans le monde, consistant à repousser les stades vers la périphérie des villes ; autant pour des motifs logistiques (embouteillages, stationnement, nuisances…) que sécuritaires. Et pour remplacer le Complexe Mohammed V, beaucoup pensent à celui, toujours virtuel, de Bouskoura. Une maquette en a été présentée à chacune des candidatures à l'organisation de la Coupe du monde… sans qu'il ne dépasse jamais le stade de projet.

 
 
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