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Par Abdellatif El Azizi
Trafic de singes. Le magot des magots
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Les singes magots sont
exploités par les dresseurs
de Jamaa El Fna. Mais le gros
du marché se trouve à létranger.
(AFP)
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Il a beau être une espèce en voie de disparition, le singe magot est l'objet d'un trafic florissant entre le Maroc et l'Europe. Et il n'y a que quelques associations locales pour s'en soucier.
En tournage à Marrakech, la star de Hollywood Julia Roberts a évidemment sacrifié à l'inévitable visite de la place Jamaâ El Fna. Mais moins que le spectacle des mendiants ou des enfants des rues, c'est celui de singes, enchaînés et exhibés par des dresseurs peu commodes, qui a scandalisé la star américaine. Celle-ci serait en effet entrée dans une colère noire, invectivant les dresseurs qui s'attendaient plus à des pourboires généreux qu'à une leçon d'écologie.
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Relayée par la presse marocaine, l'anecdote a plus fait sourire qu'autre chose. Pourtant, l'animal maltraité appartenait à une espèce protégée, celle des singes magots. La situation est désespérée, confie Joel Defort, président de l'association SOS Magots. Aujourd'hui, la population de magots au Maroc s'est réduite à moins de 4000 têtes. L'espèce est dorénavant menacée de disparition. Et hormis quelques ONG, peu s'émeuvent du sort de ces primates.
Ce n'est certainement pas le cas des braconniers qui alimentent le marché des magots, marche qui s'étend au-delà des frontières marocaines. On n'aime pas trop faire des affaires avec les dresseurs de singes locaux, avoue ce braconnier, attablé autour au Café Al Fath d'Azrou. Ils marchandent trop et puis, connaissant bien la forêt, il leur arrive de se servir eux-mêmes.
L'homme n'a pas d'état d'âme quand il évoque la capture et la vente des magots. Son terrain de chasse, c'est la forêt de cèdres Gouraud, à proximité d'Azrou, considérée comme le dernier vivier de l'espèce. Quant à la technique, elle est d'une grande simplicité. Armé d'un gourdin et la tête protégée par un casque de moto (C'est pour éviter de recevoir un caillou lancé par des mâles en furie), le braconnier amadoue les singes avec des friandises jetées sur le sol. Transformés en mendiants par la faim, les singes ont perdu leur méfiance naturelle à l'égard de l'homme, ajoute-t-il. Ensuite, profitant d'un moment d'inattention des magots, il capture un bébé singe avant de détaler en mobylette. Et le tour est joué.
De l'Atlas à la France
L'animal est ensuite revendu avant d'atteindre l'âge adulte. Il est dangereux de garder trop longtemps des singes en captivité. Inoffensifs en liberté, les adultes sont capables d'une grande violence en captivité, précise-t-il. Mais sur la destination de sa marchandise, le braconnier ne sait pas grand-chose : Ce qui est sûr, c'est que la plupart de ces singes, négociés ici entre 1000 et 2000 DH, partent pour l'étranger. Car dans ce commerce bien particulier, souvent, c'est un intermédiaire qui achemine la bête en Europe. De nombreux MRE se font ainsi un peu d'argent en ramenant dans leur bagages un petit singe, qui sera par la suite revendu dans le pays de résidence, explique une source douanière. Et pour les besoins du transport, l'animal assommé avec des barbituriques est caché dans un bagage aéré.
Le marché de prédilection est la France, où les singes importés illégalement sont revendus jusqu'à 1000 euros. Là-bas, ils sont utilisés comme simples animaux de compagnie, mais aussi comme bêtes de combat, en remplacement des pitbulls dont la possession est durement réglementée. Certains laboratoires de recherche sont également friands de cette variété de singe, utilisée pour des tests médicaux. Récemment, les douaniers français avaient saisi une centaine de bébés magots en provenance du Maroc, qui étaient destinés à des laboratoires.
Singe mal-aimé
Très recherché ailleurs, le magot est en revanche un mal-aimé chez lui. En effet, nombre de ses voisins humains verraient d'un bon il sa disparition pure et simple. Et pour cause, selon des paysans résidant à proximité d'Ifrane, les douars proches de la forêt font souvent les frais des incursions des primates. Les cultivateurs reprochent également aux touristes de pervertir les habitudes alimentaires de l'animal. Les touristes jettent souvent aux singes de la nourriture qui n'appartient pas à leur habitat naturel. Et à force de pain et autres biscuits, le magot finit par y prendre goût. Du coup, quand il n'en trouve pas, il n'hésite pas à venir en chercher dans les villages.
Finalement, il n'y a que les associations écologistes pour s'intéresser au devenir des magots. L'association SOS-Magots a ainsi lancé un plan de réintroduction et de protection du singe magot, alors que le Fonds mondial pour la nature (WWF) s'est attelé à former d'anciens braconniers du Moyen Atlas pour en faire des guides salariés. Il y a un vide juridique sur trop de dossiers écologiques, s'indigne Sarah, jeune lauréate de la faculté des Sciences de la Vie et de la Terre. Interdire la vente de ces animaux et mettre en place une brigade spécialisée dans la protection des magots est juste une question de volonté politique. Mais il faut croire que le gouvernement a d'autres priorités... |
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Ecosystème. Disparition programmée
Espèce protégée par des conventions internationales, les magots n'existent plus qu'en Algérie et au Maroc, où ils sont concentrés dans le Rif, le Moyen et le Haut Atlas. Selon un dernier recensement de la Direction des eaux et forêts, les densités sont aujourd'hui inférieures à 10 têtes par km2, contre 44 durant les années 70. Une baisse due à la non régénération des populations, causée par une forte mortalité provoquée notamment par les sécheresses successives, mais aussi par un trafic effréné et une forte dégradation du milieu naturel. Mohamed Chaouki, le secrétaire général de l'Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre de Demnate, estime que pour sauver lespèce d'une disparition programmée, c'est tout l'écosystème de la forêt qu'il faudrait sauvegarder. Il est nécessaire de réduire les dégâts humains qui touhent la forêt de thuya, de cèdres, de genévrier et de chêne vert, habitat naturel des primates. |
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