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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Irak. La pendaison pour Saddam

Le dictateur irakien déchu
a été condamné à mort au terme
d’un premier procès.
(AFP)

L'ex-raïs a été condamné à mort par pendaison et devrait faire appel. Retour sur le parcours sanglant de l’homme qui dirigea l'Irak d'une main de fer, de 1979 à 2003.


Fin de parcours pour Saddam Hussein. Le dictateur irakien a été condamné à mort par pendaison, dimanche 5 novembre, dans le premier procès intenté contre lui et sept coaccusés, pour le meurtre de 148 chiites dans le village de Doujaïl en 1982. Et ce n'est pas son surprenant appel à la réconciliation entre Arabes et kurdes, mardi, qui le sauvera. C'est une humiliation pour l'ex-raïs, qui avait réclamé en
juillet d'être fusillé “comme un combattant” plutôt que d'être pendu comme un vulgaire criminel. Outre l'appel des avocats de Saddam, l'exécution n'aurait lieu qu'après l'appel dont est automatiquement saisie la Haute Cour d'appel. Au mieux, en février 2007.

La sentence, qui a tout l'air d'être politique, a été diversement accueillie dans le monde : satisfaction évidemment à Washington et réserves dans le Vieux Continent. Au Proche-Orient, les réactions sont aussi contrastées : joie en Irak chez les chiites et les kurdes, dans les rues du Koweït et en Iran. Les Frères musulmans égyptiens et le Hamas ont, eux, regretté le verdict. La direction du Fatah n'a pas bronché. Les pays arabes ont plus dénoncé un procès téléguidé par Washington que regretté le régime de Saddam.

Ascension d'un despote
Retour en arrière. Saddam est né le 28 avril 1937 près de Tikrit, d'une famille de paysans pauvres. Scolarisé tardivement, il s'inscrit dans un lycée de Bagdad en 1955. Il s'y politise et adhère en 1957 au parti Baas. En 1959, âgé de 22 ans, il fait partie des forces opposées au régime du général Kassem. Blessé, il s'enfuit d'abord en Syrie puis en Egypte. Il rejoint Bagdad après le coup d'Etat de février 1963, qui a renversé Kassem et auquel a participé le Baas. Mais le Baas, qui prône l'unité du monde arabe, le socialisme et la laïcité, est écarté du pouvoir et Saddam emprisonné en 1964.

Les baassistes réussissent un nouveau putsch en 1968. À partir de là commence l'irrésistible ascension du raïs. Hussein est nommé vice-président du Conseil de commandement de la révolution (CCR), le véritable centre du pouvoir. Le nouveau régime est progressiste, mais également brutal. Saddam s'emploie à éliminer tous ses rivaux : communistes, kurdes ou musulmans chiites…. Le duo Saddam Hussein - Hassan Al-Bakr assoit son pouvoir à la fin de 1971. Petit à petit, Al-Bakr devient inutile : le 16 juillet 1979, il démissionne et Saddam devient président du pays. Il nationalise les compagnies pétrolières monopolistes étrangères.

Le raïs, qui craint les chiites et les kurdes, commence alors les déportations. En 1975-1976, il fait déplacer de force 300 000 kurdes dans le sud du pays. En 1979, redoutant les chiites majoritaires dans le pays, il en fait arrêter plusieurs milliers. Dans le même temps, il fait déporter plus de 100 000 habitants d'origine persane en Iran. Parallèlement, à partir de 1979, il accélère la réorientation de l'Irak en direction du camp modéré arabe et, après la mort de Sadate, constitue l'axe Bagdad-Amman-Le Caire.

Les guerres de Saddam
En 1980, Hussein lance la guerre contre l'Iran, persuadé qu'il ne fera qu'une bouchée de son armée affaiblie par la révolution islamique. La guerre dure huit ans et se solde par un retour au statu quo antérieur. Dans ce conflit, l'Irak avait bénéficié du soutien financier de l'Arabie Saoudite et des pays du Golfe. Saddam avait aussi reçu les encouragements des puissances extérieures (France, ex-URSS et Etats-Unis) qui le considèrent comme le meilleur rempart contre l'islamisme. Les Républicains américains de l'époque avaient fourni au raïs… des armes chimiques prohibées. Saddam s'était même lié d'amitié avec un certain Donald Rumsfeld, alors secrétaire de la Défense de Ronald Reagan. La fin du conflit, en 1988, laisse le pays exsangue. Entre 100 000 et 200 000 Irakiens sont tués, 400 000 blessés. La dette extérieure atteint 70 milliards de dollars. La même année, pour mater la rébellion kurde au nord du pays, il gaze des centaines de villages.

Pour tenter de sortir de la crise, il envahit le 2 août 1990, sous prétexte d'une mission divine, le Koweït, sa “19ème province” irakienne. L'annexion vise à élargir l'accès au Golfe, à mettre la main sur des richesses pétrolières et à faire de l'Irak la première puissance dominante du monde arabe. Saddam parie que les Etats-Unis n'interviendront pas et que l'annexion d'une pétromonarchie en fera un champion du monde arabe. C'est mésestimer l'engagement américain auprès de l'Arabie Saoudite. La crise du Golfe marque le point tournant des relations entre l'Irak et le reste du monde. Le bombardement massif de l'Irak en janvier 1991 puis la déroute de l'armée irakienne en février mettent fin à l'aventure.

Nombreuses interrogations
Saddam Hussein profite de la passivité de l'Occident pour venir à bout des insurrections chiite et kurde du printemps 1991. Il se sert des solidarités tribales pour survivre. Jusqu'en 2003, les Etats-Unis n'auront de cesse de brider la puissance militaire de l'Irak et de contrôler son armement via une commission spéciale de l'ONU. Des années durant, un embargo commercial et financier est appliqué, dont souffre la population. Mais Saddam Hussein reste au pouvoir. Sa réélection comme président en 2002, avec un score de 100 % des voix et 100 % de participation en dit long sur sa mainmise sur le pays ! Réputé paranoïaque, il a l'habitude de loger dans des maisons anonymes de quartiers résidentiels, où pas moins de 40 gardes du corps assurent sa sécurité. D'après les renseignements allemands, il utilisait trois sosies différents pour échapper aux putschs.

Mais après le 11-Septembre, l'Irak revient dans la ligne de mire des Etats-Unis, lancés dans une croisade contre “l'Axe du Mal”. Sans parvenir à prouver que Saddam est lié à Al Qaïda et qu'il possède des armes de destruction massive, Washington décide unilatéralement l'invasion du pays en mars 2003. L'armée irakienne mise en déroute, le raïs est déchu le 9 avril et est capturé, terré comme un rat au fond d'une fosse, en décembre 2003.

Le procès chaotique de Saddam Hussein laissera de nombreuses interrogations. Comme les tyrans Milosevic, mort en détention, et Hitler, qui s'est suicidé, Saddam risque d'emporter avec lui bien des secrets. L'administration Bush voulait-elle se débarrasser d'un témoin gênant -devenu enjeu électoral- qui partageait avec elle des relations privilégiées dans les années 1980 ? Sa condamnation à la pendaison contribuera-t-elle à rendre sa sérénité au peuple irakien et au pays dévasté depuis l'invasion américaine ? Ses partisans vont-ils au contraire chercher à se venger, ravager davantage Bagdad et aboutir à la disparation de l'Irak ? “Les portes de l'enfer sont ouvertes”, ont prévenu ses avocats, après l'énoncé du verdict.



Repères. Sa vie en dix dates

1937. Naissance le 28 avril près de Tikrit.

1957. Rejoint le parti Baas. Participe en octobre 1959 à une embuscade contre le général Kassem. Il fuit en Egypte.

1968. Le parti du Baas et l'armée renversent le régime. Saddam prend alors la tête de la sécurité intérieure.

1979. Il prend le pouvoir de l'Etat irakien. Il déclenche aussitôt une vaste opération de purge, au sein de son parti du Baas.

1980. Saddam déclare la guerre à l’Iran. Il a le soutien de l'Occident, qui lui fournit des armes sophistiquées.

1987-1988. Lance l'opération Anfal contre les rebelles kurdes, qui fera 180 000 morts. En mars 1988. Il utilise des armes chimiques contre la ville de Halabja.

1990. Le 2 août, il envahit le Koweït. Le 17 janvier 1991, l'attaque d'une coalition menée par les Etats-Unis lui inflige une sévère défaite. Son pays, ruiné, verra sa situation se détériorer avec les sanctions de l'ONU.

2002. Au lendemain du 11-Septembre, ni les inspections de l'AIEA, ni l'ONU, ni l'Europe, ne parviennent à arrêter l'invasion des Etats-Unis en mars 2003.

2003-2004. Son armée mise en déroute, il est déchu le 9 avril. Le 13 décembre, il est capturé près de Tikrit. En juillet 2004, il est accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité devant le Tribunal spécial irakien.

2006. le 5 novembre, il est condamné à la peine de mort par pendaison.

 
 
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