Écoute-moi ô Camarade / Laisse tomber cette fille Les mots de lAlgérien Mohamed Mazouni sont aussi les premiers de Diwan 2, le second disque, huit ans après, que Rachid Taha consacre aux classiques de la chanson arabe qui ont bercé son enfance, du côté dOran. Une dizaine de morceaux revus et corrigés à la sauce Taha, dont deux signés Dahmane El Harrachi, compositeur du fétiche Ya Rayeh. Avec la participation de lEnsemble à cordes du Caire et des musiciens habituels du chanteur, Diwan 2, cest dabord un tube en ouverture (Ecoute-moi camarade), et surtout une orchestration de haut vol,
avec aux manettes le producteur Steve Hillage. Ney, qanoun, oud et même quelques notes de kora ou de gasbar oranais sen donnent à cur joie, fusionnant dans un tourbillon oriental qui ne conserve de ce rock arabisé, qui a fait lempreinte de Rachid, que la rythmique et quelques (trop ?) rares incursions de guitare saturée. On sourit, aussi, au clin dil à la paternité douteuse du fils dAgatha, morceau du musicien camerounais Francis Bebey, disparu en 2001 Parce quun enfant / quil vienne du ciel ou de lenfer / quil soit noir ou blanc ou jaune ou même rouge / Cest toujours un enfant. Toujours en verve, Rachid Taha nous livre avec Diwan 2, prochainement distribué au Maroc par Platinium, une nouvelle preuve, sil en fallait une, que ce nest pas parce quon fait du rock quon a laissé tomber ses racines. À découvrir également, sur son site, un documentaire de 45 minutes sur son retour en Algérie, trente ans après.
En voyaLe Dahlia Noir est ladaptation du livre homonyme de James Ellroy qui, publié en 1987, propulsait illico presto lauteur américain au panthéon du polar. Depuis des années, Ellroy attendait désespérément un réalisateur capable de traduire en images lunivers dElisabeth Short, alias le Dahlia Noir, cette starlette dHollywood retrouvée découpée en deux sur un terrain vague de Los Angeles, et devenue lun des plus célèbres faits divers américains. Après le désistement de David Fincher (Seven), cest Brian de Palma qui sest attaqué au chef duvre dEllroy.
Résultat ? Le réalisateur américain est presque le frère jumeau de James Ellroy. Il lui ressemble même un peu trop. Tout comme lécrivain, qui distille par écrit ses obsessions intimes, le réalisateur revisite les siennes sans cesse, et Le Dahlia Noir na pas échappé à la moulinette cinéphilique, ni au fétichisme hollywoodien du cinéaste qui sexprimait déjà dans Body Double. Ceux qui ont lu le livre seront bien évidemment déçus comme à chaque adaptation. Les amoureux de De Palma seront aux anges. De Palma y fait du De Palma.
Au Mégarama.
Cinéma. Wonderful news
Le monde est beau ! WWW-What a wonderful world, très attendu long-métrage de Faouzi Bensaïdi, sortira au Maroc (Casa, Rabat et Marrakech confirmés) le 13 décembre, en marge du Festival de Marrakech (1er au 9 décembre) où il concourra en compétition officielle. Cest important lors de tels évènements médiatiques que lon donne la possibilité aux gens de juger le film par eux-mêmes. Le réalisateur de La Falaise et de Mille Mois, actuellement entre Tanger et Casa jusquau festival après lequel il repartira sur Paris pour la sortie française de WWW le 10 janvier, planche en douceur sur son prochain projet. Mais cest encore un secret...
Vous avez pu la découvrir accompagnant son oncle pianiste dans un hôtel de Marrakech. Ecouté sa voix haute et pêchue à lAmstrong. Apprécié son métissage de force et de finesse à Jazzablanca. À 32 ans, Lamiela, ex-future informaticienne rbatia, qui rêvait de Fred Astaire et de cinéma, nous revient de Belgique pour chanter en trio de jazz à La Place rouge de Marrakech, chaque soir du 1er au 9 décembre pendant le Festival international du film. Celle qui avait tenté sans succès de sortir au Maroc un album RnB oriental avant lheure se trouve à merveille dans la mémoire de la magnifique Joséphine Baker, qui aurait eu 100 ans cette année, via son opus Vous faites partie de moi et dont le titre Terre sèche porte la voix de la lutte antiracisme. En attendant, du 8 au 15 novembre, la belle jazzwoman glane au Maroc les rendez-vous nécessaires à son spectacle davril, Hommage à Joséphine Baker. Tout pour la grande dame !
Lirrésistible ascension continue pour Lazywall. Cinq mois après leur venue au Boulevard, ce trio post-grunge, fusion métisse entre deux frères tangérois et un jeune British, sort son premier album en bonne et due forme. Trois titres seulement, mais trois titres qui valent le détour : Primal Tapes, cest onze mois de concentration, lhiver dans le froid de Chicago pour enregistrer chez le maître Steve Albini (après Nirvana, PJ Harvey ) et le printemps au chaud dans les studios Abbey Road de Londres pour mixer Back to the cradle, Come undone, I erase you et le très beau CYBL, saisissante reprise du grand Bob quil faudra attendre encore un peu. Trois ans après sa naissance, la coqueluche du rock alternatif UK vous invite à télécharger Primal Tapes sur leur website ainsi que sur CD Baby, ITunes et Napster. Foncez dans le mur !
Tournage. Voir Marrakech et mourir
Dans la ville ocre se poursuit le tournage du thriller US Dark Room, de linconnu Mark Heller. Un peu moins anonymes, ses acteurs blonds Stephen Dorff (Blade le film, World Trade Center) et Neil Jackson (Blade la série, Alexandre), rompus aux productions action-frisson, se fightent contre le poivre sel Khalid Benchegra (Le Regard, Les Yeux secs) qui devra faire de gros efforts pour dévoiler un charisme à la hauteur de Hollywood. Il y campe Hossef, ulcéré par lamour que porte Luke, jeune touriste américain, à sa sur Zahra, au point de tenter de léliminer ainsi que son ami Adam venu à la rescousse. Cest un projet qui me tient à cur, explique Neil Jackson sur son blog, parce que je lai moi-même écrit après avoir passé dix semaines au Maroc pour tourner Alexandre. Prochaine étape, vallée de lOurika...
Art. Enchères et en or
Un petit caprice pour un
artiste ? Ils seront 54 à livrer leurs uvres aux enchères, dimanche à la galerie Memoarts de Casa. Reliures anciennes, tentures travaillées, bijoux torturés, argenterie lourde, numismatique énigmatique, abstractions compliquées, portraits de vestales orientales et paysages sages seront à sarracher à la force du porte-monnaie et au rythme des coups de marteau du commissaire-priseur. Pour les prix dappel, ça vole de 1000 DH pour le livre Souvenirs du Maroc dHenri de la Martinière à 400 000 DH pour une sculpture de Jilali Gharbaoui. Exposition des lots samedi de 15h à 19h et dimanche de 10h à midi.
Dimanche 11 novembre à 16h à la Galerie Memoarts,
51 rue Abdelkrim Diouri, Casa. Tél. 022 45 07 85 / 79 www.memoarts.com
Compil. Rappeur deviendra grand
Derrière H-Kayne et Bigg, la relève pousse. Casa Crew et raptiviste.net ont uni leurs forces pour sortir de lombre des rappeurs peu médiatisés grâce à une compil de 15 titres, Chrou3a dRap (les gangsters du rap), enregistrée dans le studio de Casa Crew et téléchargeable sur le site de rap. Pas chauvin pour un sou, les Casa Crew ont invité des MCs dautres villes marocaines comme Bizz tourisque, le vétéran Coman, X-side, Massinissa Masta Flow de Casa Crew a produit et mixé la majorité des morceaux souligne Youssef de raptiviste.net. Tous les participants à la compil seront en concert les 18 et 19 novembre au complexe Zaf Zaf à partir de 15h. Joyeux hold-up aux gangsters du rap.
Le livre.
Errer sur neuf cents pages et sans romantisme indécent dans les limbes spirituelles dun officier nazi entre 1941 et 1944 : cest le pari qua relevé lécrivain new-yorkais Jonathan Littell, en remportant avec cette première uvre un Goncourt 2006 que na pas attendu le succès public. Les Bienveillantes trace le destin terriblement réaliste de Max Aue, homosexuel, frère incestueux, dont le souci defficacité le muera en exterminateur de juifs aux bons soins de la machinerie hitlérienne. Entre puissance narrative et souci éthique, Littell réactualise la banalité du mal et universalise la question du bourreau, après le Vietnam, la décolonisation, lIrak, et les corps dAfricains déchirés sur les barbelés frontaliers.
Jonathan Littell, Les Bienveillantes, Éd. Gallimard
On se croit toujours tolérant, ouvert à la culture des autres, à leur écoute même. On se surestime souvent dans les grandes largeurs. Heureusement, TF1 a ouvert les yeux aux mélomanes en fêtant, à Agadir, lamour de son prochain. Elle a prouvé en grande pompe que la tolérance a un seuil quil ne faut pas franchir : loreille. En entrée, le Gandhi de la pampa, Florent Pagny, a tenu un discours super engagé et rebelle sur limportance de respecter lautre sur ce petit astre quest la Terre. Il peut, oui. En Patagonie où il vit, son plus proche voisin est à 2000 km. Le plat de résistance était du même tonneau : du Pascal Obispo et son coulis de Martin Luther King. Le chauve de ces dames est effectivement très ouvert au dialogue, mais plutôt avec les journalistes maison de TF1. Et cerise sur le gâteau, Faudel a débarqué sur scène avec son sourire pacifique. Le roitelet du raï aurait dû sen tenir à ce quil fait de mieux : des risettes au public. Hélas, il discoura aussi. Ses amis penseurs (et chanteurs à loccasion) avaient déjà épuisé tous les synonymes du mot paix, jusquà loverdose. Alors, les rétifs à la variété française ont pété les plombs. Ils se sont mis subitement à détester les fleurs, les oiseaux, lamour et la guimauve. Et se sont pris à rêver de ballets dhélicoptères à laube sur du Wagner, de généraux fous fanas de surf, dodeur de napalm dans la jungle. Du sang, de la sueur, des larmes, que de vilaines choses, mais sur une bande son digne de ce nom. Comme quoi, la musique nadoucit pas toujours les murs...
Cinéma social club à lAttac ! Le cinéclub de lasso à Rabat donne la parole aux femmes palestiniennes dans le documentaire Ana Kifah. En juin 2002, Souad Guennoun a suivi la mission de sept femmes marocaines parties soutenir leurs surs dans les camps de Beyrouth et dAmman. Samedi 11 novembre à 17h au Goethe Institut Rabat.
Rap amazigh Après des mois de préparation dans une chambre transformée en studio denregistrement, le premier album de Styl Souss, figure de proue du rap made in Agadir, est enfin prêt. Tiré à 1000 exemplaires, il est distribué dans la ville du sud, à Meknès et à Tanger grâce aux acolytes de Zanka Flow.