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N° 247
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem est d’accord avec le commissaire : on n’est pas en Suède…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Dans l'immeuble de Zakaria Boualem, une drôle d'histoire s'est produite. La dame du rez-de-chaussé s'est fait cambrioler. Elle a aussitôt accusé le concierge, qui s'est aussitôt fait embarquer par la police. Le nombre anormalement élevé de “aussitôt” dans la dernière phrase est peut-être dû au fait que la dame du rez-de-chaussé avait des amis haut placés, mais ce n'est pas le sujet. La situation est la suivante : la police interroge le concierge, puis le relâche, avant de le reconvoquer, et le relâcher, etc. Le manège dure une semaine. Le concierge, Omar de son prénom, passe la moitié de son temps au commissariat, et on concoit sans effort que son nouvel emploi du temps le laisse un peu amer. Il s'en ouvre à Zakaria Boualem : “Je suis fatigué d'être convoqué tous les soirs là-bas. Ils me posent les mêmes questions, ils veulent que j'avoue, ils me donnent des claques… S'il vous plaît, Monsieur Boualem, parlez au commissaire, dites-lui que je ne suis pas un voleur”.

Zakaria Boualem est convaincu que Omar est innocent. Il lui a déjà confié les clés de chez lui à maintes reprises sans le moindre problème. Il a la confiance de tout le quartier, et jusqu'à la dénonciation de la voisine du rez-de-chaussé, personne ne s'était jamais plaint de lui, bien au contraire. Zakaria Boualem décide donc d'aller voir le commissaire Foussi pour lui faire part de son témoignage. Surprise : le policier est un jeune homme moderne, c'est à dire dépourvu de moustache, sportif
et élancé. Il est même élégant, ce qui en soi est assez extraordinaire. C'est bien simple, s'ils avaient fait “Deux Flics à Miami” à Casablanca, il aurait eu sa place dans le casting, largement. Ce serait d'ailleurs devenu “Deux Flics à Casablanca”, me souffle un confrère mieux réveillé que moi... Retour à l'affaire. Voici donc le dialogue entre ce policier surréaliste et notre héros.

- Zakaria Boualem : Vous savez, je connais Omar depuis des années, et je pense qu'il n'y est pour rien. Vous devriez arrêter de vous acharner sur lui, ce type n'est pas un voleur.

- Commissaire Foussi : Mais j'en suis convaincu, Monsieur Boualem. Je sais qu'il est innocent. Sinon, il serait en prison.

- ZB : Mais alors pourquoi vous continuez à le convoquer ?

- CF : Monsieur Boualem, laissez-nous vous expliquer une chose. Nous aussi, on regardre les films policiers, je suis moi-même un immense fan de la série “les experts”. On sait comment il faudrait faire : les empreintes, les enquêtes de voisinage, les emplois du temps, les recoupements, etc. On n’est pas des idiots, on connaît tout ça.

- ZB : Alors pourquoi vous ne le faites pas ?

- CF : Parce qu'on n'a pas le temps, on n'a pas les effectifs... On ne va pas non plus mobiliser toute la police de Casablanca pour un malhereux lecteur DVD. Notre méthode est plus simple : on prend Omar, on l'accuse et on l'embête un petit peu pour qu'il fasse l'enquête lui-même. Vous avez compris ? Il va trouver lui-même les voleurs, juste pour avoir la paix... Il nous a d'allieurs fourni une piste interéssante hier soir…

- ZB : Quelle brillante méthode ! Et quand vous dites l'embêter, ça veut dire quoi ?

- CF : Vous avez compris, Monsieur Boualem, on n’est pas en Suède, héhéhé... Rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, je considère moi-même ce Omar comme un chic type.

- ZB : En résumé, vous êtes en train de le recruter comme policier intérimaire. C'est sympa, vous pourrez presque le payer pour son aide, finalement, surtout s'il est aussi efficace.

- CF : Vous ne croyez pas si bien dire. Je suis convaincu qu'il va retrouver les véritables voleurs très vite et prélever une part de leur butin avant de les livrer, juste en dédommagement. Ce serait mérité d'ailleurs. On ne lui posera pas trop de questions, sauf s'il a été trop gourmand.

- ZB : C'est pas son genre... Commissaire ?!

- CF : Oui ?

- ZB : vous avez raison, on n'est pas en Suède...

 
 
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