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Théâtre. Ferhati sur les traces de Shakespeare
N° 248
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Rachid Zaki

Théâtre. Ferhati sur les traces de Shakespeare

Jilali Ferhati
(TNIOUNI / NICHANE)

Le cinéaste Jilali Ferhati renoue avec ses premières amours, le théâtre, le temps d'une pièce au titre évocateur : "La rue Shakespeare".


Après 20 longues années d’absence, Jilali Ferhati retourne donc au théâtre. Il était temps. Du haut de ses 58 ans, le réalisateur de La plage des enfants perdus et du récent Mémoire en détention, un film remarquable sur la mémoire des années de plomb, a choisi de se mettre en difficulté, via une pièce au titre “plus théâtral tu meurs” : La rue Shakespeare. “Pourvu que ce ne soit pas une impasse !”, plaisante
le cinéaste. On l'aura compris, Ferhati appréhende ce retour tardif au théâtre : “Dans un film, le réalisateur impose son regard au spectateur alors qu'au théâtre, le public peut choisir ce qu'il a envie de voir, et faire son propre montage, allant du large au moindre détail. Il y a plusieurs films dans une pièce de théâtre. Aujourd'hui, je n'ai pas peur de mal faire mais plutôt de décevoir”.

Flash-back. Nous sommes dans les années 1960 et Ferhati vient à peine de fêter ses vingt ans. À Paris, il rencontre son compagnon de route, un certain Ahmed Maânouni, futur réalisateur de Transes et de Alyam Alyam. Les deux hommes montent ensemble “Echo Alpha”, une pièce écrite et réalisée par Maânouni, jouée par Ferhati. Jilali est alors un acteur aux allures de jeune premier, qui rêve de brûler les planches. Dix ans et une licence en sociologie plus tard, l'homme continue de fourbir ses armes au théâtre. Le cinéma s'est greffé sur le tas, d'abord via deux courts-métrages (Carom et Bonjour Madame en 1973-74), avant un premier long, sorti comme une douce éclaircie dans le ciel morose du cinéma marocain de l'époque : Brèche dans le mur, réalisé en 1977. À la photo, bien entendu, on retrouvait le fidèle Maânouni.

Ferhati s'est, depuis, plongé corps et âme dans le cinéma, pour en sortir en 2006, tournant un téléfilm pour 2M et préparant sa fameuse rue Shakespeare au théâtre. “Comme ça, je n'aurai pas à attendre encore quatre ou cinq ans (ndlr : la durée moyenne qui sépare deux films de Ferhati) avant de réaliser mon prochain long-métrage”.

Touche pas à ma rue
Le cinéaste profite de ce retour au théâtre pour retrouver, au passage, sa ville de toujours : Tanger, là-même où il avait planté le décor de la plupart de ses films. Quoi de plus naturel ? Et puis, surprise, la rue Shakespeare existe réellement, au quartier Marchane à Tanger. La rue bien nommée est très connue, depuis l'époque où Tanger était une ville internationale, pour son côté cosmopolite. La pièce, comme son titre l'indique, flirte avec les thèmes propres au théâtre shakespearien : l'amour impossible, la trahison, la vengeance… “Tanger est une ville shakespearienne par excellence, mais cette rue existe bel et bien à Tanger et c'est à nous, Tangérois, de l'habiter”, confirme le cinéaste.

La rue Shakespeare sera, bien entendu, un hommage à Tanger. La pièce, écrite par le dramaturge Zoubir Benbouchta, fait d'ailleurs partie d'une trilogie intitulée Hôtel Tanger, dont les deux premiers volets ont déjà vu le jour au théâtre. Elle a déjà bénéficié du fonds national d'aide au théâtre (l'équivalent du fonds d'aide au cinéma) et devra être prête pour février prochain. Pour l'événement théâtral de 2007, ne cherchons plus.

 
 
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