Corcas. Qui veut la tête de Khelli Henna ?
Étude. Les Marocains sexent mou
Ordre des médecins. Le coup de tonnerre du roi
Parcours. Le Rocky des banlieues
Code de la route. Ça va chauffer pour les chauffards
Mémoire. Le fabuleux destin du Père Jégo
France. Une fac islamique chez les Gaulois
Interview exclusive. "Priorité aux jeunes"
Izza Genini. Des racines et des ailes
Théâtre. Ferhati sur les traces de Shakespeare
N° 248
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par Fahd Iraqi

Interview exclusive. ‘‘Priorité aux jeunes’’

Daniela Gressani.
(BANQUE MONDIALE)

Pour sa première escale au Maroc, Daniela Gressani, vice-présidente de la Banque Mondiale, apporte dans ses bagages un “pack jeunesse”, comprenant un rapport et un forum. Elle répond aux questions de TelQuel.


Quelles sont, pour le Maroc, les principales conclusions à tirer du rapport récemment publié par la Banque Mondiale ?
La population des jeunes au Maroc est la plus importante de la région MENA. Les politiques et priorités économiques et sociales du gouvernement doivent donc être axées sur cette frange de la
population marocaine, afin d'assurer la pérennité du développement du pays. Ainsi l'investissement dans l'éducation et la formation est essentiel pour réussir une meilleure intégration des jeunes et leur offrir les opportunités d'emploi, principalement à travers le développement du secteur privé. D'ailleurs, nous suivons de très près le climat des affaires au Maroc et nous encourageons le renforcement des capacités des jeunes via des actions ciblées et concrètes.

Des activités comme ce forum de jeunes, pour lequel vous faites le déplacement ?
Effectivement. Nous avons organisé ce forum en partenariat avec la CGEM et d'autres institutions dans le but d'encourager des initiatives novatrices. Nous avons sélectionné 56 projets, parmi une liste de plus de 200, qui ont pu bénéficier de la publicité faite autour du Forum ainsi que du financement qui en découle. Nous avons reçu une grande diversité de propositions de projets, qui couvraient des domaines comme la formation, l'environnement et la génération de revenus.

Le forum a été aussi l'occasion de rencontrer le premier ministre, de quoi avez-vous discuté ?
Nous avons abordé diverses questions, comme la pérennité du cadre macro-économique du Maroc et les différentes interventions de la Banque Mondiale en soutien à votre pays. Plus spécifiquement, nous avons discuté de deux programmes en cours de préparation. Le premier concerne l'organisation institutionnelle et la gouvernance du secteur de l'eau. L'objectif est d'aider le gouvernement à améliorer la gestion de cette ressource rare. Le deuxième programme vise l'amélioration de la compétitivité dans le secteur de l'énergie. L'énergie et l'électricité sont des secteurs extrêmement sensibles, parce qu'ils ont des répercussions importantes autant sur les investisseurs que sur les ménages. Il est primordial de protéger les plus vulnérables, de faire en sorte que cette population ne soit pas pénalisée par des politiques énergétiques mal ciblées. Il est important également d'éviter de s'appuyer sur un système de subventions généralisé, coûteux et peu efficace, mais plutôt trouver des mesures de compensation qui sont spécifiques aux plus démunis. Comme principe général, ce n'est jamais une bonne idée de subventionner des produits consommés par tout le monde, riches comme pauvres. Les prix doivent refléter la réalité des coûts de production, avec des formules adéquates afin de protéger les plus pauvres.

Que vous demande le gouvernement pour ces programmes ? Du financement ?
Il ne nous demande pas seulement un appui financier mais aussi le renforcement de notre assistance technique. En plus de notre engagement dans l'énergie et l'eau, nous travaillons sur les réformes d'autres secteurs comme l'éducation, l'administration publique, la gestion macro-économique et le secteur financier. Notre principal souci est d'avoir la capacité de mettre à la disposition du Maroc notre meilleur conseil possible.

Encore faut-il que le gouvernement suive vos recommandations…
Nous sommes très satisfaits de certains progrès réalisés par le Maroc. Mais il y a aussi des secteurs où les progrès ont été plus hésitants. Par exemple, les avancées du secteur financier en général sont intéressantes. Mais, comme dans tout processus de développement, de nouvelles questions émergent régulièrement. Nous avons appuyé la réforme bancaire. Aujourd'hui, le gouvernement nous demande un appui analytique dans le secteur des assurances et la réforme de retraites. L'évolution de notre conseil suit donc l'évolution du pays. En revanche, sur d'autres secteurs comme l'agriculture, nous aurions aimé voir davantage de progrès.

Comment la Banque Mondiale observe-t-elle le Maroc ?
Le Maroc a relativement bien géré son économie, si on l'évalue dans un contexte mondial, marqué par le renchérissement du prix du pétrole. Mais le pays se situe à un niveau moyen quand il s'agit de la gouvernance économique et de l'environnement des affaires. Si on compare le Maroc aux pays qui ont un même niveau de revenu, ses performances restent moyennes. D'un autre côté, il faut aussi observer le Maroc sous les aspects du développement humain, de la pauvreté et du chômage. Le pays a été moins performant pour relever ces défis, malgré les progrès réalisés, tels que démontrés par les derniers chiffres du chômage.

Que faites-vous pour assister le pays à relever ces défis ?
La réduction de la pauvreté est le but principal de toutes les activités menées par la Banque Mondiale. Notre travail s'articule autour de deux axes principaux : la croissance économique et le développement humain. Nous savons que stimuler la croissance économique et la création d'emplois contribue à la réduction de la pauvreté. Nos actions pour l'amélioration de l'environnement des affaires vont dans ce sens-là. Quand nous travaillons sur le secteur de l'agriculture, celui de l'eau ou celui de l'infrastructure, nous ciblons des secteurs à travers des actions concrètes, qui facilitent la production pour des marchés locaux, contribuent à réduire les coûts de production et améliorent l'accès des ménages aux services de base. À travers ces interventions, nous touchons aux deux dimensions que sont la croissance économique et le développement humain. Une autre importante dimension de notre travail pour réduire la pauvreté : nous assurer de la présence des outils de lutte contre l'exclusion. Il faut éviter que des personnes ou des groupes se retrouvent à l'extérieur du système et ne profitent pas de la croissance économique. Pour cela, il faut disposer de mécanismes adéquats pour les intégrer. C'est dans ce sens que l'INDH nous semble une initiative extrêmement importante. Nous pensons qu'elle va favoriser l'intégration et renforcer les efforts de lutte contre la pauvreté.


Source : Banque Mondiale
Le maghreb en chiffres
Pays
Maroc
Algérie
Tunisie
Population (en millions)
30
33
10
Densité (au km2)
68
14
65
Taux de pauvreté
19%
22,6%
7,6%
Population de moins de 14 ans
31%
30%
26%
Espérance de vie (H-F)
68-72
70-73
71-75
Taux d’alphabétisation
52%
70%
74%



Rapport. Investir dans la “prochaine génération”

“Le moment n'a jamais été aussi propice pour investir dans les jeunes des pays en développement”, c'est la principale conclusion que tire Paul D. Wolfowitz, président de la Banque Mondiale, qui vient de boucler son rapport sur le “développement et la prochaine génération”. Actuellement, les pays en développement comptent 1,3 milliard de personnes âgées entre 12 et 24 ans. Un niveau jamais atteint dans l'histoire. Ainsi, les décisions qui auront des répercussions sur le bien-être de la jeunesse et de la société sont celles qui déterminent ce que sera le capital humain de demain. La valorisation de ce capital constitue donc le principal défi pour ces pays en développement. L'enjeu premier réside ainsi dans l'amélioration des aptitudes de base. En fait, bien que le taux de scolarisation des pays à faible revenu ait enregistré un bond spectaculaire (de 50 à 88% en 30 ans), la qualité ne suit pas toujours. Le mauvais exemple du Maroc fait même référence : “Plus de 80% des enfants restent sur les bancs d'école jusqu'à la dernière classe du primaire, mais moins de 20% ont une maîtrise minimale des matières enseignées”, souligne le rapport. L'institution de Bretton Woods recommande ainsi une action des pouvoirs publics qui cible les opportunités s'offrant aux jeunes. Elle propose même une sorte de “lentilles jeunesse” : un large éventail de mesures socio-économiques, qui vont de l'éducation et la formation aux services de santé et de protection sociale, en passant par le climat des investissements et la gouvernance. Bref, rien de bien nouveau.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés