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Par Nadia Lamlili
Corcas. Qui veut la tête de Khelli Henna ?
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Khelli Henna Ould Errachid,
président du Corcas.
(AFP)
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La grogne monte contre Khelli Henna Ould Errachid. Sa gestion solitaire déchaîne la colère des membres du Conseil, qui demandent la révision de ses pouvoirs. Une réforme est en cours.
Les Sahraouis sont-ils condamnés à ne pas s'entendre ? Huit mois après son installation, le Conseil royal consultatif des affaires sahariennes (Corcas) n'arrive toujours pas à livrer une vision ficelée du projet d'autonomie du Sahara. Pire, il plonge aujourd'hui dans des luttes intestines qui relèguent au second plan la mission pour laquelle il avait été réactivé.
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Au centre de cette bataille rangée se trouve le président, Khelli Henna Ould Errachid, dont le penchant démesuré pour l'autorité est de plus en plus contesté. Il y a deux semaines, Houcine Beida, président de la commission des droits de l'homme au sein du Conseil, publiait un communiqué virulent où il appelait à la tenue d'une réunion extraordinaire du Corcas, pour examiner les graves atteintes aux droits de l'homme au Sahara. Dans ses déclarations à la presse, le fils de la tribu des Izerguiyine a affublé Khelli Henna du titre peu enviable de nouveau Franco.
Une comparaison qui a suscité un tollé au sein du Conseil et provoqué l'ire de nombreux membres, pro comme anti-Ould Errachid, qui finiront par qualifier la déclaration d'extrêmement malsaine.
Pour beaucoup d'entre eux, la sortie de Houcine Beida ne serait pas désintéressée. Elle serait en fait une réaction à la défaite de son frère Hamma dans la course à la présidence de la région de Laâyoune, remportée par son challenger, le neveu de Khelli Henna. Il ne s'agirait ainsi, selon les témoignages recueillis, ni plus ni moins que d'un règlement de compte personnel. Si Beida était sincère dans sa démarche de dénonciation de la détérioration des droits de l'homme comme il le prétend, pourquoi a-t-il attendu le jour où son frère a été évincé du conseil de la région de Laâyoune pour en parler publiquement ?, s'interroge un membre du Conseil, battant pavillon Ould Errachid. Irresponsable, maladroit, injuste
, notre source ne tarit pas de critiques sur le frondeur. Ce dernier, sentant l'étau se resserrer sur lui, rétorque sur un ton soudainement sage : Tout ce qui a été dit sur mon frère et moi n'est que pures calomnies. Je n'ai pas de problème personnel avec Khelli Henna. Je conteste uniquement sa façon de gérer les affaires du Conseil.
Que cherchait réellement Houcine Beida ? Pourquoi n'a-t-il pas consulté les membres de la commission qu'il préside avant de publier son communiqué ? Et pourquoi n'en a-t-il pas d'abord entretenu le président ? J'ai déjà parlé avec Khelli Henna. Mais à chaque fois, il me brimait et me demandait de me taire, répond cet ancien détenu des camps de Tindouf, je voulais que le message parvienne directement au roi.
Le roi s'en mêle
Et le message est effectivement parvenu au roi. Dans le dernier discours royal, le souverain ne s'est pas contenté de féliciter le président du Corcas, mais a également loué le travail des autres membres. Une première. C'est un message fort en direction du président, pour lui signifier que le Conseil ne lui appartient pas, analyse un militant associatif dans le Sahara.
Contacté, Khelli Henna garde le silence comme à son habitude. Un de ses proches nous a affirmé ne pas comprendre les raisons de cette cabale contre M. le président. Selon ce dernier, tous les membres auraient donné leur point de vue sur le projet d'autonomie. Cette contestation a-t-elle donc réellement des motifs purement personnels ?
Si la sortie de Houcine Beida n'est pas jugée opportune, elle n'en traduit pas moins un réel malaise, qui ne cesse de grandir au sein du Corcas. Depuis sa création en mars 2006, le Conseil ne s'est réuni, en tout et pour tout, qu'à deux reprises. La première, pour l'Assemblée constitutive, et une seconde, en mai dernier, à l'occasion d'une session extraordinaire tronquée. Les membres y étaient appelés à donner leur point de vue sur le projet d'autonomie. Ce qu'ils ont fait, mais sans jamais pouvoir le défendre ou en débattre. Depuis, silence radio.
Car entre-temps, Khelli Henna Ould Errachid a enfilé son costume d'ambassadeur itinérant pour défendre un peu partout un projet d'autonomie
qui n'existe pas. Le tout sans associer les membres du Conseil à ses voyages, ni même les en informer.
Il n'est donc pas étonnant que beaucoup de membres voient d'un mauvais il le cavalier seul du président et sa mainmise sur le conseil. Mais aucun n'a été jusqu'à le crier publiquement ou à grands renforts de médias, comme l'a fait Houcine Beida. Pour la plupart d'entre eux, la question dépasse la personne du président : c'est bien l'Etat qui l'a nommé et en a fait le superman de la question sahraouie, en concentrant entre ses mains l'essentiel des pouvoirs au sein du Corcas. Quant au reste des membres, ils en sont réduits, sur le papier comme dans la réalité, à faire de la figuration.
Du coup, les Sahraouis craignent la reproduction d'un modèle qu'ils n'ont que trop longtemps connu, celui d'une gestion centralisée, alors qu'ils s'attendaient à un débat libre, associant toutes les composantes de la société sahraouie.
En réalité, le problème relève en grande partie des séquelles du passé. Le mode de gouvernance instauré par Hassan II s'appuyait sur la cooptation d'élites locales, choisies en respectant les équilibres tribaux. Dans cette élite figuraient, entre autres, feu Khatri El Joumani, Rachid Rguibi, Hassan Derham, ainsi qu'un certain Khelli Henna Ould Errachid. Des personnages dont le Makhzen a facilité l'ascension politique et l'aisance économique. En contrepartie, leur mission était d'encadrer la population sahraouie. Le système a relativement bien fonctionné pendant deux décennies, avant de montrer ses limites après la mort de Hassan II. Les émeutes de Laâyoune, en 1999, finiront par rendre caduc le canevas makhzenien et ouvrir les yeux de l'Etat sur une évidence : ses hommes au Sahara n'avaient plus aucune emprise réelle sur la masse.
Première réforme du Corcas
Donc, tactiquement, faire de Ould Errachid un interlocuteur privilégié, voire unique, peut s'avérer une fausse piste, surtout pour un Maroc qui veut rompre avec les pratiques du passé. Dont acte : d'après une source proche du dossier, les statuts du Corcas seraient déjà engagés sur la voie de la réforme. Avec, comme premier impératif, la révision à la baisse des prérogatives présidentielles et l'instauration d'un meilleur équilibre des pouvoirs entre les membres.
Que contient précisément cette réforme ? Qui la mène ? Khelli Henna y risque-t-il son fauteuil ? Nous n'en saurons pas davantage. Mais une chose est sûre : bien des changements se préparent sous la khayma du Corcas.
Il reste que tout ce remue-ménage masque très mal la vraie question : il en est où, ce fameux projet d'autonomie ? |
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Autonomie. Les doutes du Polisario
Une large frange du Polisario accepte le projet d'autonomie, mais elle n'a pas confiance dans les intentions du royaume. Ce membre du Corcas soulève les craintes de ses cousins de Tindouf, quant à la réelle volonté du Maroc de mener l'autonomie jusqu'au bout. Est-ce un choix définitif ou une tactique parmi d'autres, rappelant le feuilleton qui a suivi le projet du référendum de 1981 ? C'est la question qui anime actuellement les camps, surtout que le roi et les élites à la tête du Corcas n'ont pas la même détermination.
La personne de Khelli Henna Ould Errachid est loin de faire le consensus. Ses déclarations contradictoires au sujet de la préparation du projet d'autonomie jettent le discrédit sur toute la démarche de règlement du conflit. À la chaîne qatarie Al Jazeera, il avait déclaré que le projet serait prêt avant fin octobre. Nous sommes à la mi-novembre et rien n'a été communiqué. C'est d'autant plus dommageable qu'au lendemain de l'annonce du projet d'autonomie, le Maroc s'était taillé un joli capital sympathie dans la région : des manifestations de soutien au royaume auraient même été signalées à Tindouf. Reste à faire fructifier ce capital
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