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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Étude. Les Marocains sexent mou

(DR)

Une enquête récente sur la sexualité, commandée par le laboratoire Pfizer, révèle l'insatisfaction sexuelle des Marocains. Même si la méthode scientifique est incontestable (nous l’avons vérifié), on ne peut s’empêcher de penser : et si c’était pour vendre plus de Viagra ?


Les laboratoires Pfizer ne pouvaient rêver meilleure circonstance pour organiser leur conférence de presse : le 10ème congrès marocain de sexologie à Marrakech. La pub aurait pu être cependant beaucoup plus retentissante. Une dépêche en français de la MAP annonçait
effectivement l'évènement, mais elle n'avait pas eu de pendant en arabe. Une pudeur qui a prévalu longtemps et explique le peu d'études traitant de la sexualité des Marocains. C'est ainsi que les quelques spécialistes présents lors du congrès ont, pour l'heure, à peine défloré le sujet : “Chez nous, la sexologie est le parent pauvre de la médecine”, soupire Aziz Smires, uro-andrologue et fondateur de la société marocaine de sexologie. À titre on ne peut plus révélateur, l'enseignement de la matière vient à peine d'être introduit dans le cursus de la faculté de médecine de Casablanca. Le Dr Aziz Smires était présent à Marrakech, notamment pour commenter le volet marocain du Global Better Sex Survey, une enquête menée récemment par Pfizer auprès de 12 000 personnes à travers 27 pays dans le monde, dont notamment 255 Marocains (130 hommes pour 125 femmes).

Des chiffres bienvenus, tant ils manquent cruellement dans le domaine de la sexualité des Marocains. Ceux promis par la multinationale américaine n'en prenaient donc que plus de valeur, même s'ils allaient s'avérer terribles pour le moral sexuel de nos concitoyens. Ainsi, selon les résultats de l'enquête, entreprise entre janvier et février, à Casablanca, Rabat et Fès, un tiers (33%) seulement des hommes marocains seraient satisfaits de leur sexualité, contre à peine un quart des femmes (23%). De plus, même si les Marocains ont une fréquence de rapports équivalente à celles des autres pays arabes concernés par l'étude, soit une moyenne de 7 par mois, ils sont pourtant les moins satisfaits (lire encadré). “Il n'existe aucun lien clair entre la satisfaction sexuelle et la fréquence des rapports, nuance cependant Aziz Smires. Certains hommes s'entêtent à augmenter la quantité des rapports, mais pas leur qualité”. Seule bonne nouvelle de l'étude, les Marocains semblent en avoir pris conscience et désirent progresser pour vivre une sexualité épanouie. “L'obsession du 2ème coup habite toujours un grand nombre de patients de sexe masculin que je reçois en consultation”, témoigne Aziz Smires. Mais cette fixation sur la quantité semble laisser place à un désir de qualité. Ainsi, près de 60% des hommes sont soucieux d'améliorer leur vie sexuelle.

Sexe en berne
Devant ces chiffres peu glorieux pour l'orgueil des Marocains, aucune échappatoire possible. On ne peut même pas crier au sondage approximatif. L'échantillon des Marocains sélectionnés s'est fait en prenant pour base les données du dernier recensement, dans l'objectif de respecter la représentativité de l'échantillon consulté (âge compris entre 25 et 74 ans, catégories socioprofessionnelles, etc.). Les sondés devaient, de plus, avoir eu au moins un rapport sexuel dans les 12 derniers mois. “C'est une enquête observationnelle et non qualitative”, nuance cependant Mustapha Benmimoun des laboratoires Pfizer, rejoint par Aziz Smires qui précise : “L'étude ne tient pas compte des facteurs psychologiques qui influent sur la sexualité”. Ainsi, les enquêteurs de Harris Interactive, cabinet en charge de l'étude, ont posé 20 questions fermées (réponse par oui ou par non) aux sondés, après les avoir démarchés au téléphone. Qui plus est, les questions étaient essentiellement orientées autour des problèmes d'érection. Comme le signale poétiquement l'un des objectifs principaux de l'étude, il s'agissait avant tout “d'explorer le rôle des attributs physiques (rigidité de l'érection) pour atteindre la satisfaction sexuelle” et “vérifier si une population significative d'hommes sexuellement actifs souffre d'érections sub-optimales (ndlr : incomplètes)”.

C'est chose faite. Appelés à juger sur une échelle de 1 à 4 de l'importance de l'érection pour une bonne sexualité, les Marocains et les Marocaines ont placé la barre relativement haut : 3,5 pour les hommes ; 3,3 pour les femmes. Et pour achever d'enfoncer le clou, plus de la moitié des hommes (54%) et des femmes (57%) ont jugé ne pas être satisfaits par le degré de rigidité de leur érection ou de celle de leur partenaire. Tandis que moins des deux tiers des hommes ont rapporté être “toujours” capables d'obtenir et de maintenir une érection suffisamment rigide pour un rapport sexuel. Aïe…

Derrière la science, du marketing
En définitive, quel est le véritable but de cette étude sur la sexualité des Marocains ? Quand elle est menée à l'initiative de laboratoires pharmaceutiques, son rôle essentiel est de vendre des traitements contre les troubles de l'érection. Commandée par le laboratoire Pfizer, l'étude précitée n'échappe pas à la règle en insistant sur le rôle joué par le degré de “dureté” du pénis dans l'épanouissement sexuel. Cette nouvelle enquête vient confirmer les résultats d'une précédente étude menée par le centre psychiatrique du CHU Ibn Rochd de 1999 à 2001, et également financée par la multinationale Pfizer. Lancée quelque temps après l'introduction du Viagra au Maroc par Pfizer, elle a souligné que la moitié des hommes marocains souffrent de troubles de l'érection à des degrés divers, d'une manière modérée à sévère. C'était plutôt une bonne nouvelle pour les fabricants de traitements contre la “débandade générale”.

Le laboratoire américain est également le bailleur de fonds d'une étude sur l'efficacité du Viagra pour le compte du département d'urologie de l'hôpital Avicenne de Rabat. Publiés dans des revues scientifiques de renom, le protocole de recherches et la crédibilité de ces travaux ne sont pas remis en cause par la communauté scientifique. Pour autant, ils ne sont pas menés par amour du savoir. Il existe avant tout des impératifs économiques : vendre, contre espèces sonnantes et trébuchantes, des pilules pour “assurer”. Et les résultats commerciaux sont pour le moins satisfaisants au Maroc, puisque le Viagra a intégré le top ten des médicaments les plus consommés : entre octobre 2005 et septembre 2006, 180 000 boîtes de pilules bleues ont été vendues. Un marché juteux, qui attire forcément une concurrence tout aussi active. Ainsi, le géant allemand de la chimie, Bayer, a mené en 2005 une campagne de sensibilisation aux troubles de l'érection sur le thème “Troubles. Parlons-en”. Elle invitait les hommes à dépasser le tabou de l'impuissance en consultant un médecin. A cet effet, Bayer avait conçu et distribué des plaquettes publicitaires affichées dans près de 1000 pharmacies, tandis que 1000 médecins étaient mis à contribution pour inciter leurs patients hommes à parler de leurs éventuelles pannes sexuelles. Ce sont tous des clients potentiels pour Bayer, puisque la firme allemande commercialise un concurrent du Viagra au Maroc : le Levitra. En résumé, les grands laboratoires pharmaceutiques aimeraient bien que les Marocains se soucient davantage de leur bien-être sexuel. Mais, comme tout le reste, ce n'est pas gratuit...



Sexualité comparée. Nos frères arabes plus épanouis

La virilité des Marocains va en prendre un coup. Cela fait mal à entendre, mais nous sommes les cancres sexuels des pays arabes couverts par l'étude. En matière de qualité des câlins, nous nous faisons distancer haut la main par le Koweït et ses 49% de femmes “très satisfaites” de leur vie sexuelle, contre moins d'1/4 des Marocaines (23%). Sur le podium, on retrouve à la deuxième place les Libanaises, aux anges pour la moitié des interrogées (46%). Au bord du Nil, médaille de bronze, ça roucoule aussi mieux que sur les rives du Bouregreg : plus de 40 % des Egyptiennes s'endorment apaisées. Les hommes marocains ne sont pas non plus à la noce. Moins d'un tiers d'entre eux (33%) sont abonnés au 7ème ciel contre près de la moitié des Koweitïens (46%) et des Libanais (44%), et largement plus du tiers des Egyptiens (39%). Devant des résultats aussi humiliants pour le zizi rouge et vert, on ne s'étonnera pas d'entendre les Marocaines crier plus fort que leurs sœurs arabes à la famine sexuelle. Ainsi, si plus d'un tiers des Marocaines souhaitent faire plus de galipettes au lit, les Koweïtiennes semblent, quant à elles, avoir déjà droit majoritairement au bonheur du “2ème coup”. C'est ainsi qu'elles ne sont que 14% à réclamer plus de sexe, chiffre à peu de choses près similaire pour les Egyptiennes (18%). La réputation de bête de sexe des Marocains ne serait-elle qu'un mythe ramolli ? Il faut le croire. Les Libanais ont le même nombre de rapports sexuels par mois que nous : 7. Pourtant, ils estiment pour près de la moitié d'entre eux ne pas être rassasiés sexuellement (46%) contre seulement 1/3 des Marocains interrogés. Ces derniers auraient pu se rattraper sur la question de l'importance du sexe pour bâtir une relation durable. Et bien non ! Les Koweïtiennes ont considéré pour près de 100% que “ngoro ngoro dans la case” était essentiel à la longévité du couple. Un référendum de république bananière qui relativise sérieusement les 88% de Marocaines qui ont répondu de même. Si on ne peut même plus compter sur les femmes, où va-t-on ?

 
 
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