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Par Aurore D'Haeyer
Parcours. Le Rocky des banlieues
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Abdel El Quandili (g)
et Hafid Hamdani (d),
co-auteur du livre.
(DR)
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Raconté dans un livre qui vient de paraître, le parcours de Abderrahim El Quandili se lit comme un roman. Celui d'une rédemption par le sport, ponctuée de rencontres décisives.
Si des Quandili on connaît surtout Khalid, ancien champion du monde de Kick-boxing, ancien conseiller jeunesse de lactuelle ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, et ex-futur homme d'affaires malchanceux dans l'affaire Atlas TV, le petit frère peut aussi se targuer d'un parcours impressionnant. Né dans une cité française en 1964, Abderrahim El Quandili, dit Abel, sera 16 fois |
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champion du monde dans plusieurs sports de combat. Suivant les traces de son aîné, il se fait chantre de l'insertion par le sport dans les banlieues françaises. Sa route croise celles de Jamel Debbouze, François Mitterrand, Joey Starr, Raouf Oufkir ou encore celle de Jean-Claude Van Damme. Puisque sa vie est un roman, il l'a racontée dans Le grand frère des banlieues. Paru il y a un an chez Fayard, le livre sort aujourd'hui au Maroc chez Tarik Editions. Dissection en quatre temps.
Le malaise des banlieues
Abel El Quandili sait d'où il vient. à double titre. S'il a vu le jour dans une banlieue glauque de la région parisienne, il mesure aussi la chance que cela pouvait être pour son père de quitter son bidonville r'bati. Le gosse grandit à l'ombre des barres de cité, dans une fratrie à rallonge, avec des parents qui ne se parlent bientôt plus. Entre les drames de l'existence, dont la mort tragique de sa petite soeur, Abel évite de peu la voie du dégoût condensé de misère, d'indifférence et de racisme ordinaire. Le parcours est poignant et pas sans rappeler celui d'un certain Rocky Balboa. Plutôt que de prendre le chemin de la petite délinquance, Abel se bat. Avec pieds et poings de préférence. Dans les banlieues qu'il a connues, on fout déjà (un peu) le feu aux bus et il y a déjà des imams qui prêchent le radicalisme dans des caves. ça sent la poudre mais il n'y a pas encore de Sarko pour jouer avec des allumettes.
Les grands frères
Les sports de combat, c'est une affaire de famille chez les Quandili. Le grand frère Khalid et le petit frère Samir collectionnent les victoires. Et si Abel a décroché 16 titres prestigieux, ils ne l'ont jamais fait vivre. Il sait le rappeler avec humilité. Souvent, il a galéré pour trouver du boulot. Suite à une grève des éboueurs, la société Aubine a besoin de moi. Je passe sans transition de la gloire à l'ennui. Quelque chose cloche. Je suis champion d'Europe et en même temps, on me propose de ramasser les poubelles. La grande oeuvre des frères El Quandili, celle où naîtra la seconde vocation d'Abel -et lui permettra d'en finir avec les boulots peu épanouissants - c'est la création de l'association Insertion Jeunes en 1984. Elle sera relayée par les opérations Grands Frères, structures d'animations dans les quartiers que l'on qualifierait aujourd'hui de sensibles. Leçons de sport, animations culturelles, débats... Les Quandili prennent le relais des pouvoirs publics, offrent des espaces d'expression aux jeunes. Des actions qui leur vaudront tantôt la reconnaissance, tantôt la récupération par les politiques, mais surtout la confiance des gamins.
Les combats
La biographie est très largement composée des combats de l'auteur. Avec des descriptions poétiques qui feraient presque passer le ring pour un théâtre et les coups de pied balancés à la figure pour des entrechats de petits rats d'opéra. Il est vrai qu'Abel n'a pas eu à souffrir beaucoup de défaites. Il a donc beau jeu de dire que la boxe n'est pas un sport violent en lui-même. La boxe, c'est exactement ça : un sport violent dans lequel le but principal est de mettre KO l'adversaire. Un circulaire jambe gauche en pleine tête met l'Espagnol au tapis (...) ; un terrible circulaire figure l'assomme, il tombe, raconte Abel. La boxe, le full-contact et leur dérivés, sont dans la ligne de mire de nombreuses associations internationales, notamment de médecins, qui tentent de les faire interdire. Sur le plan légal, les Etats condamnent, via leur code pénal, la violence intentionnelle faite à autrui. Et si ces sports ne sont interdits que dans quelques pays, c'est surtout dû à des considérations économiques et politiques. Contrairement à ce que voudrait faire croire l'auteur - il en parle trop pour qu'on puisse le passer sous silence- la majorité des anciens boxeurs souffrent de traumatismes divers (crâniens, oculaires et auditifs principalement) et chaque année, des sportifs meurent sur les rings. A contrario, ce sont des sports essentiellement pratiqués dans les banlieues pauvres, qui ont permis à des jeunes de s'en sortir et d'éviter de mal tourner. Ce n'est donc pas un hasard si les plus grands champions de boxe au monde sont issus des ghettos noirs américains. C'est évidemment là que la question sportive devient politique : les abolitionnistes sont soupçonnés de vouloir casser cette dynamique. A quand l'insertion sociale par les tournois d'échecs ?
Les rencontres
Abel Quandili ne croisera pas que des boxeurs. En dehors du ring, hommes politiques, artistes et intellectuels viendront à sa rencontre et salueront ses combats, sportifs comme sociaux : les rappeurs Mc Solar et Joey Starr, le chanteur Jean-Luc Lahaye, le ministre Jospin, l'intellectuel Rachid Benzine, etc. Florilège subjectif.
François Mitterrand
Va falloir repasser tes affaires ! Que t'ailles chez le coiffeur ! Tu n'as pas à avoir de complexe ! Faut pas que tu arrives en retard ! Faut qu'on appelle au Maroc !. Cet honneur (ma mère) le fait un peu sien. C'est une revanche sur le sort. Deux de ses fils à l'Elysée ! Au pays, ils ne vont pas y croire. Le 14 juillet 1992, Khalid et Abel El Quandili sont invités à la Garden Party de l'Elysée par François Mitterrand himself. Le président français aura même un mot d'encouragement personnel et une poignée de main chaleureuse devant les caméras. C'est la consécration ! La bouffée de fierté sera pourtant de courte durée. Je me dis qu'on rigole beaucoup plus dans les fêtes de quartier, avec les merguez, la sono qui crachote et les gamins qui courent partout. Une ingratitude qui ne touchera pas beaucoup François Mitterrand puisque ce dernier donnera encore un coup de pouce perso aux frères Quandili l'année suivante en mettant l'auditorium de l'Institut du monde arabe à leur disposition pour y organiser leur Nuit des Trophées.
Jamel Debbouze
C'est au travers de l'opération Grands Frères menée à Trappes, que Abel rencontre le futur acteur français le mieux payé de sa génération. Jamel et son frère Mohamed viennent en effet s'entraîner dans la salle de sport où Abel vient donner cours. En 1993, lors de la Nuit des Trophées, Khalid El Quandili propose à Jamel de présenter un spectacle et Abel donne quelques conseils au gamin traqueur. Fais le vide dans ta tête, ne regarde pas qui est dans le public. Une fois que tu seras sur scène, tu seras dans le jeu. C'est comme ça que je fais avant de me lancer dans un combat, lui répétait Abel. Cela lui a redonné confiance et il a accepté notre proposition. Il a saisi cette chance qui pouvait bien être celle de sa vie, raconte l'auteur. Et il ajoute : Je sentais depuis longtemps que c'était un battant ; Ce sera Khalid qui présentera Jamel à la famille royale marocaine ou encore chaque fois que je le vois à la télévision, c'est une joie car c'est un retour de nos actions. En somme, sans El Quandili, point d'Indigènes...
Jean-Claude Van Damme
Abel avoue courageusement son admiration pour l'acteur belge aware. C'est en arrivant à l'aéroport (...) que nous rencontrons Jean-Claude Van Damme en chair et en os ! (...) Jean-Claude Van Damme dit connaître mes actions et mon parcours sportif. Je suis drôlement fier de voir la réaction d'étonnement des autres boxeurs face à cette révélation. Une déclaration vite contre-balancée un peu plus loin par la description de la parano ridicule du Belge de Hollywood.
Raouf Oufkir
Je suis Raouf Oufkir, j'ai suivi certains de tes championnats du monde. Je suis très honoré de cette rencontre. C'est en ces termes étonnants que le fils Oufkir salue El Quandili lors dune rencontre dans une brasserie parisienne en 2003. Le premier offre ses Vingt ans dans les prisons du Roi au second et l'introduit dans le monde de l'édition. D'où le présent ouvrage. |
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Lecture. Un témoignage salutaire
Pas besoin d'être fan de sport de combat pour apprécier Le grand frère des banlieues, mais ça aide. Le récit est une suite de descriptions de matches, ponctuée par des tranches de vie. L'arrivée de la famille en France, l'initiation au sport, les premiers combats, les premiers titres, le premier amour, le premier enfant. Tout ceci s'emboîte plutôt bien. Certains chapitres (Les mosquées dans les caves, Le voile) arrivent comme des cheveux dans le potage, comme des passages obligés du récit d'un seconde-génération-qui-a-réussi. Mais ne soyons pas chipoteurs pour le plaisir de chipoter. Ce n'est pas un roman qui concourt pour le Goncourt mais un témoignage où il faut savoir aussi lire entre les lignes. Et en ces temps troublés où l'islamophobie grignote peu à peu la société française, où les petits mecs des banlieues pètent les plombs et où un présidentiable a fait entrer le mot kärcher dans le jargon politique, ce témoignage est salutaire. Sa force, c'est de démonter les machines à fabriquer des exclusions. Sobrement, Abel El Quandili explique en quoi la situation n'est pas forcément irréversible. Il évite le piège, pourtant facile, de la démagogie. Sa description de l'enfer des banlieues devrait être en lecture obligatoire à l'ENA. Cela éviterait peut-être au petit Nicolas de dire autant de bêtises.
Le grand frère des banlieues, par Abel El Quandili et Hafid Hamdani.
Éditions Tarik, novembre 2006. 70 DH.
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