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De Lille, Abdeslam Kadiri
France. Une fac islamique chez les Gaulois
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Mohamed Béchari entouré de
quelques élèves de linstitut
Avicenne.
(A.K / TELQUEL)
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Le premier établissement islamique d'études supérieures en France ouvre ses portes le 25 novembre à Lille. Mais l'enjeu de cette première n'est pas uniquement scientifique ou cultuel. Il est d'abord d'ordre politique.
Cest le branle-bas de combat à l'Institut Avicenne des sciences humaines, qui ouvre ses portes le 25 novembre prochain. Les travaux ne sont pas encore terminés : il faut encore déblayer l'entrée, installer les bureaux et les portes de secours, réunir les professeurs, accueillir les étudiants, finaliser le programme
Mais le jeu en vaut largement la |
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chandelle pour Mohamed Bechari, vice-président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et fondateur de l'Institut musulman, le seul de l'Hexagone à délivrer des diplômes allant jusqu'au doctorat.
Bien que le lieu ne paie pas de mine, l'Institut et sa faculté de formation des imams sont idéalement placés au cur de la cité ouvrière, près du musée des Beaux-Arts. Retranché derrière la prestigieuse école supérieure de journalisme (ESJ), l'établissement occupe les locaux de l'ancienne faculté de médecine, sur une superficie de 600 m2 louée au prix du marché à la municipalité socialiste.
Une cinquantaine d'étudiants, déjà
L'Institut compte une dizaine de salles, un vaste amphithéâtre et un sous-sol. Bechari a besoin d'un budget de fonctionnement de 400 000 euros, qui provient des droits d'inscription (300 euros par étudiant) mais surtout des dons de ses relations, au Moyen-Orient notamment : la ligue des universités islamiques du Caire, le Qatar, la fondation des uvres islamiques ou encore l'Isesco. Nous attendons également des subventions publiques de l'Etat français et des collectivités, dès la seconde année, ajoute Bechari. Mais pour ces deux sources de financement, rien n'est encore acquis.
Régi par la loi sur l'enseignement libre de 1875, l'Institut affiche trois priorités : proposer un enseignement à travers l'histoire de la civilisation islamique, former les aumôniers et les imams et, enfin, développer la réflexion et la recherche autour de l'islam en France et en Europe. Sa plus-value et sa caution morale seraient de miser sur le dialogue interreligieux et la formation des imams français.
Une cinquantaine d'étudiants, dont des filles, sont attendus pour cette rentrée. Français d'origine algérienne ou marocaine pour la plupart, ils vivent à Lille, Roubaix et ses environs. Ils ont, pour certains, un bagage universitaire (licence, maîtrise en sciences, lettres, génie civil...) et viennent pour des raisons diverses. En s'inscrivant en histoire de l'islam contemporain, Radia, d'origine algérienne, pense qu'elle va pouvoir approfondir (s)es connaissances en islam. Une telle structure manquait. Une autre étudiante y voit un moyen de comprendre ce qui se passe, notamment les débats actuels autour de l'islam en Europe. Quant à Lahcen, jeune Oujdi, il est venu s'inscrire, son BTS électronique en poche, pour corriger l'image qu'on a de l'islam et rendre service à (m)a religion. Et à côté de la formation à temps plein pour ces 50 jeunes, l'Institut propose en plus des cours du soir et pendant le week-end pour quelque 200 autres étudiants.
Un évêque à l'Institut musulman
Pour crédibiliser son institut, Mohamed Bechari met en avant des garanties solides. L'homme, connu pour son bagout, clame que son institut s'inspire du modèle d'enseignement de la catho de Lille. D'ailleurs, un DU (diplôme d'université) est évoqué avec l'Université catholique de la ville, avec colloques, recherches et débats. Ce qui a d'emblée séduit l'évêque local, Mgr Defoix, devenu membre du Conseil scientifique, chargé de surveiller les orientations de l'Institut. L'aspect recherche au niveau supérieur et dialogue des religions m'a immédiatement plu. La volonté de partager ce qu'on a de commun dans nos expériences religieuses est aussi importante, confie Mgr Defoix. D'autre part, Mohamed Bechari a su s'entourer de personnalités constituant un gage de sérieux. Sur la liste des intervenants, on retrouve ainsi les noms de Rachid Benzine, Mohamed Arkoun, Paul Balta, Dominique Chevallier mais aussi Dalil Boubakeur, Pierre Joxe, Bernard Stasi
Simples effets d'annonce ?
Autre caution morale, le comité pédagogique est dirigé par l'une des cartes maîtresses de Bechari : Mohamed Mestiri. Ce zéitounien de formation, qui a aussi suivi un cursus universitaire français, dirige l'Institut international de la pensée islamique à Paris. Respecté par ses pairs, il a mené un réel travail sur le renouveau de la pensée en islam. Il connaît bien les rouages des instituts privés musulmans et espère que celui-ci lui permettra de passer de la théorie à la pratique : L'Institut répond à un besoin de comprendre lislam de façon concrète et vivante. Il y a également un besoin criant de former les imams, en leur enseignant les sciences humaines et les langues, précise cet universitaire de sa voix posée.
Selon Bechari, un tel institut était nécessaire. Son idéologie s'inscrit dans un islam contextualisé : Nous voulons répondre aux attentes d'un islam d'ici et maintenant. Dans une société laïque et multiconfessionnelle, où l'islam vit une situation minoritaire, on ne peut pas continuer de vivre avec des prêches et des fatwas du Xème siècle ! L'islam d'ici et maintenant doit être capable d'apporter une valeur ajoutée et de répondre aux questions qu'on se pose comme : le rôle de l'allégeance, la nationalité française et la participation politique, déclare-t-il. L'homme, qui se sait lâché par Rabat, tend une perche : L'islam des jeunes est très présent et actif. Ils sont très demandeurs en matière de citoyenneté. Aujourd'hui, je crois qu'il existe un islam de France. Mais nous ne voulons plus de suivisme et d'islam familial. Le pétrole du Maroc, c'est sa communauté à l'étranger. La vision des musulmans de France comme vaches à lait ou poseurs de bombes, khlass ! (ça suffit).
Bechari se remet en selle
La création de cet institut est bien sûr à saluer. À ce jour, seuls cinq à six établissements dispensent en France un savoir sur l'islam à des cadres religieux. Mieux vaut une initiative de plus qu'un désert, estime le sociologue Franck Frégosi, connaisseur de la question. Pourtant, les enjeux paraissent être tout autres. Grâce à cette faculté privée, Mohamed Bechari tente de se repositionner, de montrer qu'il occupe le terrain, de dire : 'moi aussi, j'ai mon institut', ajoute Franck Frégosi. Débarqué du Conseil français du culte musulman (CFCM) et de la FNMF dont il était le président, rejeté à Rabat, Mohamed Bechari a une furieuse envie de se remettre en selle.
En fait, l'idée de cette faculté ne date pas d'aujourd'hui. Bechari a repris au vol une proposition du CFCM, qui avait souhaité il y a quelques années créer un institut mêlant savoir islamique classique et universitaire, pour mieux dessiner les contours d'un islam de France. L'idée avait avorté, car l'UOIF était méfiante et hostile au projet d'un mélange de cours traditionnels-universitaires. La Mosquée de Paris était dubitative... Bechari a finalement repris linitiative à son compte, ajoute Franck Frégosi. D'ailleurs, le programme détaillé des cours de l'Institut, rédigés par Mohamed Mestiri, est tiré de celui que ce même Mestiri avait auparavant proposé dans la commission des experts, lors du projet du CFCM. En substance, cinq départements d'études sont proposés : Sciences religieuses et islamiques ; Islamologie ; Sociologie appliquée au monde musulman ; Histoire et institutions de France et d'Europe ; langues (arabe et français). Avec à la clé, la délivrance de deux types de diplôme, dont un de théologie.
Mais qu'y a-t-il derrière ces noms ronflants ? Les cours suivront-ils et, surtout, seront-ils pérennes ?
Avec cet institut, Bechari fait d'une pierre deux coups. Interlocuteur crédible, il rassure les autorités et la municipalité de Lille tout en attirant des fonds du Moyen-Orient. Pourtant, l'homme n'a pas de compétence particulière pour cela : absent du terrain des mosquées, il sait que les instituts et les pôles interreligieux sont un créneau porteur. La Mosquée de Paris a son propre institut de formation des imams, bloqué, l'UOIF en a deux, alors que la FNMF n'en avait pas. Il fallait donc en créer un. Profitant de l'expertise de Mestiri, Bechari sait qu'un tel institut lui permettra de peser et d'avoir une plus grande visibilité, à l'intérieur comme à l'extérieur. Mais pourquoi Lille ?
Dans une métropole qui compte 100 000 musulmans, Béchari sait qu'il peut compter sur le soutien de la municipalité socialiste et de la maire Martine Aubry, en particulier. Il est incontestable que l'homme cultive de forts liens avec le PS. Ce qui lui aurait valu, comme il l'avance, d'être écarté en octobre dernier du CFCM, dont les fédérations de l'UOIF et de la Mosquée de Paris seraient plutôt proches de Sarkozy.
C'est d'ailleurs la mairie socialiste, qui dit soutenir le projet moralement mais pas financièrement, qui a déniché les locaux pour l'institut. Derrière cet appui se cache évidemment un enjeu électoral : le vote des musulmans à la prochaine présidentielle. En échange des facilités accordées, Martine Aubry espère bien attirer les voix des musulmans dans la région lilloise en faveur de la gauche et affaiblir l'influence d'Amar Lasfar, l'imam UOIF, de Lille Sud. Si c'est une institution qui peut apporter du bien à la société, nous lui souhaitons la bienvenue. Mais on jugera sur les résultats, déclare la mosquée UOIF.
Une simple manoeuvre politique ?
Cette stratégie de repositionnement personnel de Bechari mettra-t-elle en péril la viabilité de l'institut Avicenne, qui affiche pourtant de nobles intentions ? On assiste en France à une floraison d'instituts, dont beaucoup végètent, ne reposant pas sur un programme défini. Celui de Bechari, pas encore maîtrisé, tiendra-t-il la route ? Le doute est permis.
Plusieurs questions se posent en effet. Quel est le poids de cet institut, à quoi sert-il ? Une cinquantaine de jeunes, plus ou moins proches de Bechari, s'y sont inscrits. S'ils y sont attirés aujourd'hui, rien ne garantit qu'ils vont y rester si les cours ne sont pas assurés régulièrement. Mais il y a fort à parier que tous les jeunes musulmans du Nord, influencés par les réseaux de Tariq Ramadan et Ali Rahni, ignoreront cette initiative pour continuer à se diriger vers le monde associatif et altermondialiste. De plus, les autres instituts se trouvent en périphérie de Paris, à une heure de train de Lille...
Mais la question cruciale qui se pose est celle des débouchés : que vont faire les jeunes avec ces diplômes ? Travailler dans une grande association ? Devenir imam ou aumônier en France ? Être imam en France n'est pas une sinécure. Ce n'est pas la sécurité de l'emploi. Les trois quarts des imams ont un second emploi à côté, relève Franck Frégosi. Dernière question enfin, l'Etat et les collectivités publiques accepteront-ils dès la seconde année d'appuyer le projet privé d'un seul homme, sur une question aussi cruciale que la formation des imams ? Rien n'est moins sûr. Aujourd'hui en France, face à une vraie demande de la société et à la nonchalance de l'Etat, on assiste à une multitude d'opérateurs religieux qui tentent de s'accaparer le marché. Désormais l'islam en France ressemble, pour reprendre un mot célèbre, à un méchoui dont chacun voudrait sa part. |
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Al Kindi. Le lycée restera fermé
Fortunes diverses. Alors que Mohamed Bechari annonce en grande pompe l'ouverture de lInstitut Avicenne et de sa faculté d'imams, voilà que le plus grand lycée musulman de France, situé près de Lyon, se heurte aux pires difficultés pour ouvrir ses portes. Le tribunal administratif de la ville a refusé mardi dernier d'annuler le refus d'ouverture du collège-lycée de Décines, après un référé déposé le jour même par l'association Al-Kindi. Cette dernière avait demandé à la justice de se prononcer sur la validité de l'opposition du recteur, Alain Morvan. Après cette décision, l'association n'entend pas baisser les bras et étudie d'autres voies de recours.
Le 30 août dernier, le recteur a expliqué sa décision par la confusion suscitée par la démission du futur directeur du collège-lycée, Zoubir Meddour. Ce professeur avait demandé l'ouverture du lycée au nom de l'association, avant de jeter l'éponge à cause de différends avec Al-Kindi. Rabiboché avec l'association, Zoubir Meddour s'est vite déjugé et précisé qu'il ne renonce en rien à la direction. Le recteur, Alain Morvan, est resté inflexible. Il continue de s'opposer à l'ouverture du lycée, invoquant des raisons de sécurité du lieu et les valeurs de la République. |
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