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N° 248
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem est d’accord avec le commissaire : on n’est pas en Suède…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est abattu. Il vient de perdre un à zéro contre le WAC, ce qui est déjà en soi une expérience pénible. Mais il y a pire : il a été privé de son derby biannuel. Le match s’est déroulé à Rabat, ce qui l’a obligé à regarder la télé nationale environ 90 minutes. Encore une expérience pénible. Mais il y a pire : la délocalisation du derby casablancais à Rabat, une humiliation qu’il a du mal à avaler. Rappelons que nous avions la prétention d’organiser la Coupe du monde, et voilà qu’on n’est pas foutu d’organiser un seul match à Casablanca. Bon, comment vous dire ?... C’est profondément déprimant, c’est tout… Zakaria Boualem est convaincu qu’il n’y a plus de solution, que ça ne sert à rien de geindre ou d’ironiser, on va continuer à faire n’importe quoi avec insistance, persévérance et créativité sans le moindre scrupule. Tout le monde sait déjà que le Maroc produit de l’absurde en quantité industrielle. Oui, oui, un peu comme la Malaisie produit des puces ou la Chine des coupe-ongles… Il est donc grand temps de profiter de cette créativité au lieu de la combattre bêtement. Zakaria Boualem baisse les bras, renonce à toute forme de critique et décide de changer d’attitude. Il faut donc penser à assumer notre savoir-faire, à le faire fructifier, voire à l’exporter dans des pays comme la Suisse où l’on s’ennuie à mourir. Cette histoire de match casablancais délocalisé à Rabat, par exemple, c’est très intéressant. Il faut développer ce concept. Le métro de Casablanca ? Il est fait, monsieur… mais on a préféré le mettre à Paris. Le tunnel de Tanger ? Terminé, opérationnel… mais sous la Manche. La Coupe du
monde ? Oui, oui, oui, elle est prête pour l’Afrique du Sud. Vous voyez comme ça passe mieux comme ça… Dans un deuxième temps, il faut penser à l’export ! Vous imaginez un peu ? Les Allemands s’ennuient à mourir, avec leur pays qui marche tout seul. C’est là qu’on arrive : “Laissez-nous faire, on va vous désorganiser tout ça rapide, vous allez voir…”. En probablement moins de dix ans, on devrait voir la fin de toute tentative de football allemand. Le Bayern de Munich sans stade, un championnat sans calendrier, des matches sans public, un public sans billets, des dirigeants sans parole, des paroles sans sens, des sens interdits, mais je m’égare.

Le plus affreux dans cette histoire, c’est que le football, pour Zakaria Boualem, doit être une priorité nationale. Quand on voit dans quel état le plonge une victoire de l’équipe nationale, on se dit que nos dirigeants devraient concentrer leurs efforts sur cet unique objectif. Plutôt que de réparer les routes, résorber le chômage, attendre à la fois la pluie et les touristes, on bosse sur les Lions de l’Atlas et tout le monde est content. Pour avoir la paix, ils devraient nous ramener des entraîneurs étrangers, des terrains ultramodernes avec des joueurs brésiliens partout et même une chaîne de télé européenne pour filmer le tout. Oui, c’est compliqué, mais c’est sûrement le moyen le plus simple d’arriver au bonheur collectif. Au lieu de cela, rien du tout. Chaque année apporte son lot d’absurdités – pour rester poli – et tout le monde trouve ça normal. On a déjà avalé les coupes du trône sans finale et les derbys délocalisés. Que peut-on imaginer pour 2007 ? On peut y aller sans complexe, il y a de grandes chances pour que nous soyons en-dessous de la réalité. Des matches sans arbitres ? Ou sans buts ? C’est un peu facile… Allons plus loin. Un championnat sans terrain, des terrains sans éclairage ? Déjà fait. Pfff… Vraiment, ils sont plus forts que nous. Sortons du foot… Des élections sans partis, des partis sans programme ? Déjà fait. Des journaux sans lecteurs ? Des auteurs sans droits d’auteur ? Déjà fait, tout est déjà fait… Ah oui, j’ai trouvé : des subversifs au Matin du Sahara ! Quoi ?!! Déjà fait ?! Nooooooon… Yassine Zizi ? Ils sont plus forts que nous, je vous dis...

 
 
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