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Exposition. "Mon Maroc à moi"
N° 249
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Jean Berry

Exposition. “Mon Maroc à moi”

Vingt ans de Maroc, en noir et blanc, loin des clichés exotiques et des lieux communs. C'est ce qu'offrent les photos de Joseph Marando, en exposition à l'Institut français de Casablanca.


C’est l'un des événements photo de l'année au Maroc. Joseph Marando, prix Léonard de Vinci et ancien élève de Willy Ronis, expose vingt ans d'instantanés de son Maroc natal. Né à Agadir, il quittera le royaume à l'âge de six ans, quand ses parents - un légionnaire français d'origine italienne et une marocaine - partirent en France, en 1962. De ses travaux sur l'olivier aux recoins de la médina de Fès, très loin des
clichés “palmiers, ciel bleu et riads”, Marando a choisi de côtoyer un Maroc humble et simple, de montrer la vie des gens en somme. Il expose actuellement à l'Institut français de Casablanca. Tour de galerie, commenté par l'artiste lui-même.


Barrage Idriss Ier,
près de Taza, après des pluies exceptionnelles, 2004.



“J'arrivais de Taza et je me suis arrêté pour photographier ces palmiers… L'image est belle. Il y a ce contraste entre les palmiers, synonymes de sécheresse et d'aridité, et toute cette eau héritée de pluies exceptionnelles. C'en est même un peu surréaliste. Beaucoup croient que c'est un montage, ou que j'ai fait poser les deux hommes, mais seule la lumière, qui était un peu fade ce jour-là, a été remodelée manuellement au laboratoire”.


Abdallah Zrika, écrivain,
quartier des Habous, Casablanca, 1996.



“J'ai travaillé avec Abdallah pour le livre Casablanca, fragments d'imaginaire. C'est un poète intègre et chaleureux, et surtout un ami. Le cri de ma sœur en noir et blanc, publié à la fin de mon livre, est l'un des plus beaux textes qu'il m'ait été donné de lire sur la photographie”.


Apprentis dinandiers galvanisant des théières
à l'acide dans l'oued Fès, 1998.



“Cette photo est très dure, mais je n'apporte pas de jugement formel sur cette situation. Vous savez, il y a des gens qui ont quatre ans d'études supérieures et qui n'ont pas de travail… Dans mes légendes, je ne présente jamais les enfants qui travaillent comme des victimes, mais comme des apprentis. Je ne prends pas position. Les enfants sont à la fois en train de se brûler les voies respiratoires et de polluer la rivière. C'est l'une des photos qui montrent la dureté du travail”.


Bar restaurant La Presse,
quartier Maârif, Casablanca, 2001.



“Ce serveur est à la retraite aujourd'hui. Je suis un habitué de La Presse et j'aime beaucoup le quartier du Maârif, qui a su rester populaire, même si cela est en train de changer. Cela fait maintenant une vingtaine d'années que je passe acheter des livres au Carrefour des livres pour commencer leur lecture sur une table de La Presse. Je lis presque uniquement de la littérature maghrébine francophone.
J'aimerais un jour écrire un roman d'histoire, retraçant les différentes périodes d'émigration, vécues au travers de notre histoire familiale. Ce serait un peu l'immigration vue d'en face”.


Tahamite, la soeur de ma grand-mère,
avec son mari Lhoucine, Ifkern, 1992.



“Je les ai revus dès 1990. Et depuis, je retourne régulièrement les voir. Je suis l'un des seuls, d'ailleurs, car la plupart des petits-enfants ont pris de la distance avec la famille… La première fois qu'ils m'ont vu arriver, ils étaient très heureux. Depuis son départ, ils n'avaient jamais revu ma mère, qui se déplaçait avec mon grand-père de garnison en garnison, depuis ses 10 ans. Quelque part, j'ai renoué le fil avec une partie de la famille avec laquelle le lien avait été coupé”.


Hôpital d'enfants de Rabat,
CHU Avicenne, 1994.



“Cette photo a une valeur symbolique, car je crois que le garçon a été tiré d'affaire. C'était aussi une façon pour moi de montrer une mère protectrice et bienveillante. Il y avait bien sûr cette ambiance lourde, due aux maladies, au spectre du cancer. Mais une certaine légèreté se dégageait aussi, grâce à l'affection prodiguée par le personnel soignant”.


Médina, Fès, 2004.


“Ce type de dessin est rare ici. À part le foot, il n'y pas beaucoup d'écrits ou de revendications sur les murs. J'ai fait des dizaines de photos à cet endroit, je trouvais cela très graphique… C'est une vision du Maroc. Le cœur, la flèche et surtout la main, qui semble un peu ensanglantée, cette ambiance un peu morne qu'elle donne… Et qui fait écho à une certaine détresse de la jeunesse. Je crois que ça peut devenir très difficile si rien n'est fait pour y répondre”.

 
 
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