2007. Le PJD en ordre de bataille
Sahara. Et maintenant, des armes !
Alphabétisation. Sur les bancs des mosquées-écoles
Parcours. Les 7 vies de Krimau
Reportage. Les damnés du Kariane central
Idées. Un Américain à Sefrou
Mauritanie. Après le putsch, les urnes
États-Unis. Après l'Irak, l'Iran ?
Bourse. Attention au krach !
Littérature. La génération du "Je"
Exposition. "Mon Maroc à moi"
N° 249
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Bourse. Attention au krach !

Une salle de marché quasi
déserte. Le spectre d’une sévère
déprime hante la place
casablancaise.
(DR)

Les cours explosent, l'indice s'envole et les boursicoteurs en redemandent. Jamais la place Casablancaise n'a eu autant la pêche. Mais l'explosion de la bulle risque d'être particulièrement douloureuse.


“On ne sait plus où donner de la tête avec les clients. On a beau leur recommander de vendre, ils continuent à acheter, vu que les cours grimpent toujours. Mais s'ils continuent sur cette voie, ils finiront pas le regretter amèrement”. Les propos sont de Saïd, un professionnel de la Bourse. Le marché et ses clients, il les connaît comme son portefeuille.
Avec eux, il a vécu les années fastes de la Bourse, au milieu des années 90. Mais il a aussi enduré le krach amorcé vers la fin de 1998. Une déprime qui avait plongé le marché dans une léthargie jamais observée, et dont le spectre hante toujours la place. “Aujourd'hui encore, on voit venir un retour de manivelle qui risque d'être cruel pour les petits porteurs”, explique Saïd. Les indices ont beau être au beau fixe, les voyants vireraient plutôt au rouge, tant l'inflation des cours prend une ampleur disproportionnée. Depuis la sortie de la crise, il y a quatre ans, la valeur du baromètre de la place de Casablanca a triplé. Et depuis le début de l'année, l'indice Masi a gagné 60%. Un record !

Maroc Telecom vs Addoha
La cherté de la place de Casablanca paraît encore plus évidente quand on analyse le comportement de l'action Maroc Telecom. Le titre de l'opérateur, qui compte pour un tiers de la capitalisation boursière, se caractérise par une liquidité incomparable. Seulement 15 % de son capital flottent en Bourse, mais cela correspond à quelque 130 millions de titres en libre circulation. “Toute influence sur le cours est impossible, à moins de mobiliser des moyens colossaux”, expliquent les brokers. Autre caractéristique du titre : il est également coté à la Bourse de Paris. Les arbitrages des investisseurs étrangers préviennent ainsi tout excès de zèle. Vigilants à tout décalage des cours de Bourse ou de change entre Casablanca et Paris, les étrangers sont les véritables faiseurs du marché sur ce titre en particulier. Résultat : le titre affiche une performance nettement plus modérée, avec 30% seulement de progression depuis le début de l'année. Il reste également abordable, par rapport aux fondamentaux de l'entreprise. La capitalisation boursière représente 19 fois le bénéfice que l'opérateur télécoms a dégagé en 2005, alors que la moyenne sur le marché est de 22. Et pour les valeurs qui flambent le plus, cet indicateur atteint parfois des niveaux qui frisent le ridicule. L'exemple type est sans doute celui d'Addoha, la nouvelle star du marché, qui affiche un multiple de résultat de 50 ! En d'autres termes, les investisseurs valorisent la société immobilière à un demi-siècle de ses bénéfices. La société a beau décrocher des opérations qui devraient booster ses résultats, le cours d'Addoha reste excessif, selon les plus optimistes des analystes. “C'est une surenchère entretenue par des effets d'annonce périodiques qui séduisent les plus fortunés et les initiés, note Saïd. De tels niveaux sont quasi comparables à ceux observés sur les places boursières des pays du Golfe. Or ces marchés croulent sous les pétrodollars, alors que Casablanca reste dominée par une poignée d'investisseurs institutionnels”. Des institutionnels qui opèrent souvent des arbitrages entre le marché action et le marché obligataire. Arbitrages qui reposent avant tout sur le niveau de rendement. Et aujourd'hui, la situation sur le marché de la dette pourrait favoriser une remontée des taux et donc une amélioration de la rentabilité de ce compartiment.

La menace des taux
La baisse soutenue des taux des bons du Trésor dure depuis 10 ans déjà. Mais depuis plusieurs mois, les taux ont touché le fond. Aujourd'hui, la rémunération de la dette publique à un an avoisine 2,9 % alors que le taux d'inflation dépasse les 3.3%. En d'autres termes, le coût de l'argent progresse moins que le coût de la vie, ce qui revient à un taux d'intérêt réel négatif. Une situation monétaire qui se traduit souvent dans les économies développées par une hausse des taux directeurs de la Banque Centrale, mesure se traduisant systématiquement par une réorientation de l'épargne du marché action vers le marché obligataire. Néanmoins, à Casablanca, même cette disposition ne suffirait pas à éponger l'excédent de liquidités qui inonde le marché. Bank Al-Maghrib continue d'ailleurs de privilégier jusque-là une intervention sur le volume de liquidités plutôt que de revoir le prix de l'argent. “Il est peu probable qu'une révision des taux directeurs intervienne avant la fin du premier semestre 2007. La Banque Centrale aimerait certainement voir le comportement des recettes fiscales avant de trancher”, explique ce gestionnaire obligataire. Toutefois, même avec un rendement qui reste modeste, le marché obligataire pourrait séduire les investisseurs institutionnels par sa régularité. Les règles de couverture qui leur sont imposées devraient leur rendre la raison. “En 2000, les cours avaient tellement chuté que les institutionnels sont allés jusqu'à demander une dérogation pour ne pas provisionner la dépréciation de leur portefeuille action. Aujourd'hui, ils feront tout pour ne pas revivre la même situation”, explique Saïd.

Les institutionnels locaux restent donc sur leur garde. “Aujourd'hui, tout le monde suit le mouvement. Les ordres d'achat ne cessent pas, mais on garde toujours un doigt sur la touche de vente. Car il suffit qu'une vague de vente se déclenche pour que la panique s'installe et que la tendance s'inverse rapidement”, explique ce trader. Et selon les professionnels, le vent baissier devrait souffler d'outre-mer. Les fonds étrangers, assez présents à Casablanca, pourraient être les premiers à imprimer le mouvement. Un scénario déjà vécu en 1998, quand les fonds étrangers avaient plié bagages au plus haut du marché. Généralement, les institutionnels locaux imposent, par la suite, la cadence des ventes aux plus gourmands des petits porteurs qui seront les derniers à sortir. Des petits porteurs qui, parfois, prennent des risques démesurés. “Des prêts sont accordés à des boursicoteurs avec comme garantie leur portefeuille d'actions, déjà valorisé au plus haut. Pis encore, les prêts sont de nouveau réinvestis en Bourse dans des actions, dont les prix s'envolent davantage”, explique Saïd.

Une inflation des cours conduit inévitablement à l'évaporation d'une partie de la richesse potentielle. Et cela peut aller très vite : quelques semaines de baisse sévère suffiraient pour que des dizaines de millions de dirhams partent en fumée. “La fièvre Addoha peut retomber aussi vite qu'elle est apparue”, conclut Saïd.



Introductions. Un nouveau record

Jamais la cloche de la Bourse, seul souvenir qui reste de la corbeille du Bd Mohammed V, n'a autant sonné qu'en 2006. Outre Fenié Brossette, SRM et Involys, les trois introductions en Bourse qui sont actuellement en cours, la place de Casablanca a déjà attiré cinq autres entreprises cette année. Un record absolu ! Mieux encore, sur ces opérations, on compte pas moins de six augmentations de capital, qui ont totalisé un montant de 460 millions de dirhams. Cet engouement vers la Bourse s'explique avant tout par la réduction fiscale accordée aux nouvelles recrues de la cote. Une mesure qui devrait en théorie disparaître à la fin de cette année, puisque le projet de Loi de finances 2007 ne prévoit pas sa reconduction… alors qu'elle commence à peine à faire son effet. Néanmoins, la performance du marché n'est pas étrangère, non plus, à l'arrivée des entreprises en Bourse. En pulvérisant record après record, le marché propose aux entreprises (et surtout à leurs conseillers financiers) une base de valorisation assez élevée. Ainsi, que ce soit pour vendre des actions existantes ou pour émettre de nouveaux titres pour une augmentation de capital, les investisseurs arrivent aujourd'hui à vendre au prix fort.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés