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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Le froid et la faim, je connais”

Antécédents
Driss Moussaoui
Psychiatre

1949. Naissance à Marrakech.
1973. Doctorat en médecine à Rabat.
1978. Diplôme de psychiatrie à Paris.
1979. Dirige le centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd à Casablanca.
1995. Vice-président de la fondation Zakoura.
2004. Président du Collectif démocratie et modernité.

Smyet Bak ?

Mohamed Ben Abdelkader.

Smeyt Mok ?
Fatéma bent Driss.

Nimirou d’la carte ?
E 801 135. Je le connais par cœur puisque je dois l’inscrire à chaque fois sur les fiches d’embarquement. Ça permet de partir plus rapidement.

Pourquoi, vous fuyez quelque chose ?
Non, mais les voyages sont suffisamment lourds et les queues suffisamment longues pour espérer au moins gagner quelques minutes avant le départ.

Vous êtes directeur du centre psychiatrique universitaire de Casablanca. Vous avez mené plusieurs études sur la santé mentale au Maroc. Comment va le Marocain moyen, Docteur ?
Les chiffres montrent que nous avons les mêmes taux de prévalence de troubles mentaux que le reste du monde. Mais sociologiquement, je vois un progrès incontestable. Il y a désormais de l’espoir alors que, jusque-là, on a été dans la dépression, la désespérance et une sorte d’autodestruction. Aujourd’hui, les Marocains positivent de plus en plus.

Une récente étude sur la sexualité des Marocains montre que les deux tiers sont insatisfaits de leurs performances. Vous ne trouvez pas que c’est justement le genre d’information à démoraliser les foules ?
La sexualité est un excellent indicateur de la santé mentale d’une population. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime que dans les 15 prochaines années, le poids des troubles mentaux sera plus lourd à supporter que celui de toutes les autres spécialités médicales. Le Maroc n’y échappera pas. Il faut donc se donner tous les moyens matériels et humains pour répondre à une demande à la fois latente et patente.

Vous avez déjà prescrit le sexe comme une thérapie ?
Quand la personne va mal, elle ne peut pas contrôler sa sexualité. Cette dernière doit se faire dans l’harmonie et dans le cadre d’une vie épanouie. Ce n’est en fait pas la mécanique sexuelle qui améliore l’état mental. Don Juan et Casanova ont été de superbes mécaniques, ils étaient pourtant profondément malheureux.

Pourquoi refusez-vous de croire qu’un petit joint peut faire beaucoup de bien de temps à autre ?
Parce que les gens ne savent pas s’ils ont une fragilité psychotique. Je pense particulièrement à la schizophrénie. Le joint multiplie le risque d’accident pour une personne qui conduit une voiture ou une moto. Ça empêche d’étudier. Je suis contre cette banalisation du cannabis.

Vous n’auriez pas été le mentor d’un certain Saâd-Eddine El Othmani, votre élève en psychiatrie, par hasard ?
J’ai beaucoup d’autres élèves qui ne partagent pas mes opinions. J’ai beaucoup d’estime pour l’homme. Mais je suis en désaccord avec beaucoup de positions du PJD. Dans tous les partis, il y a du bon et du mauvais. Je dis que ce n’est pas parce que le PJD a le discours qu’il a qu’il lave plus blanc que blanc. Le fait est qu’aujourd’hui, ce discours porte auprès de la population. Le PJD réussira-t-il à le transformer en actes concrets ?

Est-ce qu’un politicien est plus redoutable lorsqu’il est psychiatre ?
C’est un savoir-faire qui peut être utilisé dans le relationnel, pour mieux comprendre les gens, pour mieux les connaître. Après, tout dépend de la nature de la personne. Je peux vous assurer une chose en tout cas : nous dispensons à tous nos étudiants une formation éthique approfondie.

Vous êtes président du Collectif démocratie et modernité, vous êtes membre de “2007 Daba”, vice-président de la fondation Zakoura. Elle est crédible cette société civile BCBG ?
Vous voulez dire bourgeoise ? Je dirai qu’entre un BCBG totalement indifférent, autocentré et égoïste, et un BCBG engagé dans de bonnes causes, je préfère le deuxième. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vivre confortablement, s’il y est arrivé honnêtement. Cela dit, Zakoura est par exemple faite par des gens du peuple et nous travaillons dans les endroits le plus pauvres du pays. Moi-même, je viens du fin fond de la médina de Marrakech. Le froid et la faim, je connais.

Quel a été votre dernier coup de folie ?
Avoir été récemment à un congrès médical de solidarité à Alger alors que des attentats y avaient fait une dizaine de morts quelques jours auparavant.

Vous passez vos journées au centre psychiatrique de Casablanca. L’asile, c’est dedans ou dehors finalement ?
Nous estimons qu’il existe 100 000 malades mentaux graves à soigner à Casablanca. Il y en a 104 chez nous. Faites le compte.

 
 
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