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Par Samir Achehbar
Parcours. Les 7 vies de Krimau
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Abdelkrim Merry, alias Krimau.
(AIC PRESS)
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Il a été tour à tour footballeur, écrivain, homme d'affaires et même mannequin. Krimau est aujourd'hui un homme mûr, qui entame un retour aux sources : Casablanca et le football. Il était temps.
Simple, affable, Abdelkrim Merry, alias Krimau, s'exprime sur tout ce qui touche de près ou de loin au ballon rond, avec une franchise décapante. Parce qu'être un footballeur ne signifie pas être con !, lance-il sans sourciller. L'homme a certes une histoire, mais aussi un style et de la personnalité. Il a été le premier (et pour le moment le |
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dernier) footballeur marocain à se raconter dans un livre, édité en 1989 chez Eddif. Une autobiographie au titre évocateur, Je suis comme ça !, témoignage intéressant sur 14 ans de football professionnel en France. Aujourd'hui encore, peut-être plus que jamais, Krimau est comme ça. À prendre ou à laisser.
Un Sahraoui en Corse
Abdelkrim a vu le jour au mois de janvier 1955. Il est le quatrième garçon d'une famille d'authentiques Sahraouis. Discipline et rigueur rythment son enfance. A six ans, j'ai découvert l'école coranique et les plaisirs de la rue. Ça aide à forger le caractère. Le petit Krimau découvre aussi le ballon rond. Un ballon en plastique, dans lequel il tape comme les autres gamins du quartier. Son physique déjà imposant lui vaut le rôle presque naturel de rassembleur, de fédérateur. Pétri d'autorité, le gamin gueule, sermonne ses coéquipiers comme ses adversaires. Avant d'être le buteur, je faisais un peu l'arbitre. J'intervenais pour valider un but ou séparer deux adversaires avant qu'ils n'en viennent aux mains, se rappelle-t-il. Au quartier Bourgogne, sa seconde escale d'enfance, il gagne rapidement un statut de célébrité locale.
Contrairement à d'autres congénères, Krimau n'a pas effectué ses premiers pas au Wydad, club attitré des gosses de Bourgoune. Il s'illustre plutôt dans des petits clubs de la ville, à la réputation anecdotique, comme l'Association sportive des PTT et, surtout, la RAPC, le club du port de Casablanca. Un club corporatif avec lequel il devient champion de 3ème Division. Au-dessus du lot, le jeune attaquant finit par taper dans l'il du sélectionneur national des juniors, qui l'appelle dans l'effectif des lionceaux en 1974. Pour sa première cap, Krimau dispute un tournoi à Bastia, en Corse. Sa vie en sera radicalement transformée.
Au cours de la compétition, les Marocains battent la sélection anglaise par un score sans appel de quatre buts à zéro. Homme du match, le jeune espoir fait la Une des gazettes corses. De retour à Casablanca, des dirigeants du prestigieux Sporting Club de Bastia, à l'époque parmi les ténors du championnat de France, viennent le chercher. Et voilà comment Krimau est devenu professionnel en France, sans même passer par les rangs d'un club marocain de première division.
Au bout de six années d'une idylle sans nuages entre l'île de Beauté et Krimau, ponctuée par une finale de coupe d'Europe en 1978 (contre le PSV Eindhoven, remportée par le club hollandais), l'avant-centre marocain décide de changer d'air. L'enfant de Casa papillonne alors d'un club à l'autre : de Lille à Toulouse, de Metz à Strasbourg, avant de passer par Le Havre, Tours, Saint-Etienne et enfin le Matra-Racing de Paris. C'est à croire que ses origines nomades reprenaient le dessus. Il est comme ça, Merry. Il ne va jamais au terme d'un contrat, mais il s'arrange toujours pour laisser un bon souvenir derrière lui, dit de lui l'un de ses proches. Avant sa consécration avec la sélection du Maroc, lors du fameux Mondial 1986, Krimau avait eu le temps d'accueillir son frère cadet Mustapha, lui aussi venu en France après avoir transité par la RAPC. Les deux hommes disputèrent même le Mondial mexicain au sein de la même formation. Pas mal pour les deux Merry, partis de rien ou presque
Renaissance d'un sphinx
Trois ans plus tard, une page est tournée. Krimau, qui a refait sa vie en France, raccroche logiquement les crampons et met fin à sa carrière de joueur professionnel. Il se lance alors dans le show-biz
avec un bonheur inégal. Reconverti en homme d'affaires et de médias, Krimau touche à peu près à tout. Consultant-vedette sur 2M, il commente les matches de football avec beaucoup de savoir-faire technique
et autant d'approximation linguistique. Encore auréolé de son statut d'ex-star du foot, il se laisse tenter par une courte carrière de mannequin amateur. J'ai défilé dans pas mal de grands palaces à Casablanca, se rappelle-t-il avec le sourire. Il ira même jusqu'à lancer une ligne de vêtements. Mais l'échec est cuisant.
Mais il y a toujours le football. Faisant jouer ses relations dans le milieu professionnel et les nombreuses amitiés nouées au fil de sa carrière, Krimau s'essaie à l'organisation de matches de gala au profit d'uvres caritatives. Là encore, l'essai fera long feu.
De guerre lasse, Krimau repart en France se reconstruire un nouvel avenir, toujours dans l'univers du ballon rond. Il entraîne de petits clubs, travaille à l'occasion pour le département sport d'une mairie, émigre un moment en Arabie Saoudite, retourne en France
Il passe ainsi de longues années dans une valse incessante d'allers-retours, de remises en question en reconversions avortées. Son rêve d'entraîner au Maroc, voire de revenir s'y installer définitivement, en est perpétuellement repoussé.
Cette traversée du désert prendra fin en 2003. Krimau met un terme à son exil pour rentrer au bercail. Et c'est logiquement au quartier Bourgogne, à Casablanca, que l'homme choisit de poser ses valises. C'est un choix qui n'est pas lié à des considérations économiques. J'aurais pu m'installer dans un quartier chic. Mais je veux rester près de mon public et de mes amis. En un mot, ce quartier, c'est chez moi, assène-t-il.
Attablé à une terrasse de café du quartier, Krimau parle d'avenir. Moins du sien que de celui des siens. Mon fils de huit ans pourrait un jour devenir footballeur professionnel. Il joue actuellement au Wydad, après avoir commencé au Raja. Mon frère Mustapha s'est définitivement installé en France, où il s'est reconverti dans les affaires. Quant à moi, je rêve toujours de trouver un poste d'entraîneur au Maroc. Alors, rangé, l'ami Krimau ? Aujourd'hui, je suis là. Mais demain, qui sait, je pourrais encore repartir. |
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Formation. Un projet, un rêve
Mourir sur un terrain de football serait la plus belle chose qui puisse m'arriver. Même désabusé, Krimau a toujours l'âme d'un poète qui persiste à rêver. Et son nouveau rêve, forcément lié au football, est de monter un centre technique dédié à la formation des footballeurs. Au Sénégal, Patrick Vieira et d'autres enfants du terroir ont monté un projet similaire qui tourne déjà à plein régime. Pourquoi pas nous ?, s'interroge-t-il. Inspiré du modèle des centres de formation en France, le centre de sport-éducation qu'il ambitionne de monter à Berrechid, non loin de Casablanca, serait le premier de son genre au Maroc
s'il voit effectivement le jour. Pour le moment, j'ai entamé un autre match, celui des démarches administratives pour obtenir un local, précise-t-il. Deux appels d'offres, pour la cession de locaux par la commune de Berrechid, se sont déjà succédé, sans que le projet de Krimau ne soit retenu. Qu'à cela ne tienne, l'ancien buteur des Lions de l'Atlas est prêt à tenter sa chance une troisième fois. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il est comme ça, tout simplement... |
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