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Chef de rubrique Abdeslam Kadiri

La semaine Monde

Les funérailles de Pierre Gemayel.
(AFP)

Liban. Le prix de l’indépendance

Le Liban est de nouveau endeuillé. Depuis l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, pas moins de cinq personnalités antisyriennes ont été tuées. Mardi, c’est le jeune ministre de l’Industrie (chrétien), Pierre Gemayel, 34 ans, qui a été assassiné. Le ministre a été abattu, à bout portant à bord de son véhicule, avec un garde du corps, au nord de Beyrouth, dans la zone de Jdeideh. Les assassins ont agi en plein jour, avec des armes munies de silencieux.

La date de l’assassinat ne semble pas fortuite. Pierre Gemayel a été
tué quelques heures avant une réunion de l’ONU, consacrée à la création d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri, pour lequel la Syrie et ses alliés libanais sont mis en cause. Finalement, le feu vert a été donné à sa création. La disparition du ministre chrétien maronite survient aussi la veille de la commémoration des festivités du 63ème anniversaire de l’indépendance du Liban. Des festivités immédiatement annulées.

Fils de l’ancien président Amine Gemayel (1982-88) et neveu du président Béchir Gemayel, assassiné lui aussi en 1982, Pierre était membre du bureau politique des Kataëb (Phalanges). Il faisait partie d’un gouvernement destabilisé par les récentes démissions de six ministres - dont cinq chiites - et dont l’opposition a juré la perte.

Cet attentat a été unanimement condamné par la communauté internationale. Le père du défunt ministre a exhorté la population au calme. Les critiques les plus virulentes qui visent la Syrie sont venues de Saad Hariri, Walid Joumblatt et Marwan Hamadé, qui a accusé nommément, mardi soir sur France 3, Bachar al-Assad de “tueur en série”, le comparant à “un Saddam Hussein et à un Milosevic aux portes du Liban”.

À qui profite le crime ? Sûrement pas à la Syrie, qui ne voulait en aucun cas avoir affaire au tribunal international et qui en voit paradoxalement la création hâtée. L’assassinat de Pierre Gemayel entrave l’action des mouvements pro-syriens au Liban, notamment la mobilisation du Hezbollah chiite, qui n’est plus possible. Aujourd’hui, ce sont les forces du 14 mars (coalition anti-syrienne) qui mènent le jeu.


Libye. Paroles, paroles…

Que sortira-t-il de la conférence libyenne sur l’immigration ? Beaucoup de théorie et peu de résultats. Réunis pendant deux jours, mercredi et jeudi, cinquante ministres de pays membres de l’Union africaine et de l’UE devaient examiner un projet de déclaration couvrant l’éventail des questions d’immigration : légale, clandestine, réfugiés, droits de l’homme… En plus d’une déclaration conjointe, Européens et Africains devaient adopter un plan d’action contre le trafic d’êtres humains.
Mercredi soir, les négociations étaient bloquées au sujet de la création d’un fonds commun, destiné à financer des projets de développement dans les pays africains. Ce fonds, proposé par le Maroc et soutenu par les pays africains, n’a pas trouvé d’écho chez les Européens, qui proposent la solution de mécanismes de financement de micro-projets...


Rwanda. Kagamé cerné par la justice

Paul Kagamé au banc des accusés ? Rien de moins sûr. Le Rwanda a catégoriquement rejeté les recommandations explosives du juge français, Jean-Louis Bruguière, de poursuivre l’actuel président pour son implication dans l’attentat contre l’ancien président hutu, Juvénal Habiyarimana. À l’époque, Paul Kagamé était chef de la rébellion majoritairement tutsie. En se débarrassant du chef de l’état, Kagamé avait provoqué les représailles des Hutus contre sa minorité tutsie. Bilan : un génocide de 800 000 morts.
Bruguière veut poursuivre Kagamé devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il a parallèlement demandé l’arrestation de neuf personnes dans son entourage, dont son chef d’état-major. Jusqu’à présent, deux hypothèses étaient évoquées pour cet attentat non élucidé : la première accusait les extrémistes hutus qui ne désiraient pas le partage de pouvoir ; la seconde mettait en cause des membres du FPR, dont Kagamé, qui a toujours clamé son innocence.


Pays-Bas. L’immigration ne fait plus recette

Douze millions d’électeurs néerlandais ont renouvelé mercredi leurs 150 députés. Le premier ministre, Jan Peter Balkenende, était favori pour diriger une quatrième coalition gouvernementale. Son parti chrétien-démocrate (CDA) était crédité de 45 sièges contre 39 au principal parti d’opposition, les travaillistes du PVDA. Le plus frappant dans ces législatives, c’est que la droite populiste a quasiment disparu du paysage politique néerlandais. Son programme, qui visait à mettre un point d’arrêt à l’immigration, a été adopté par le gouvernement sortant. Pendant la campagne, les débats n’ont porté ni sur l’intégration, ni sur l’Europe mais sur les retraites, les impôts et l’Etat providence. Après les meurtres de Pym Fortuyn et de Théo van Gogh, le choc serait-il digéré ?


Irak. Le procès de Saddam “était inéquitable”

Les avocats de Saddam Husssein ont salué lundi le rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui a estimé que son procès a été marqué par de nombreuses irrégularités. “Le tribunal a gâché une occasion importante de rendre une justice crédible au peuple irakien, et sa décision d’imposer la peine de mort après un procès inéquitable n’est pas défendable”, a indiqué Nehal Bhuta, auteur pour HRW du rapport de 97 pages, ajoutant que “le verdict devrait être annulé”. 
“Nous sommes heureux car ce rapport réitère ce que nous ne cessons de dire : le Tribunal est injuste et illégal. Il nous a totalement privés de notre droit de défendre nos clients”, a affirmé Me Al-Doulaïmi.


Angleterre. L’espion qui venait du froid

Les faits pourraient être tirés d’un mauvais scénario à la James Bond. Thallium radioactif ? Implication directe du président russe Vladimir Poutine ? Le mystère qui entoure l’empoisonnement à Londres de l’ancien colonel du FSB (ex-KGB), Alexandre Litvinenko, s’épaissit. L’hôpital où est soigné l’ex-espion, qui se trouve dans un état grave, a démenti la thèse de l’empoisonnement au thallium. Il est même “très probable qu’on ne trouve jamais la cause” du drame.
Les circonstances de cette affaire, confiée à New Scotland Yard, demeurent tout aussi floues. L’ancien agent aurait rencontré le jour de son empoisonnement, le 1er novembre, un Italien nommé Mario Scaramella - mis hors de cause - qui lui aurait remis des documents concernant la journaliste russe assassinée, Anna Politkovskaïa. Réfugié politique à Londres depuis son départ des services secrets, Litvinenko critiquait le régime de Moscou. Il accuse Poutine d’avoir voulu le tuer.



Lu pour vous.
Bush est français

John Thornhill, Financial Times, 16 novembre (traduit par Courrier International)

George W. Bush est-il français ? Une volée de bois vert attendrait sans doute quiconque poserait cette question. Après tout, la France est le pays que le président aime détester. Mais Bush s’inscrit beaucoup plus dans la tradition politique française que dans celle de son pays. Son interventionnisme militaire, son absolutisme et sa défense de l’exception nationale renvoient à Napoléon, Louis XIV et Charles de Gaulle. Les électeurs américains s’en seraient rendu compte puisqu’ils l’ont largement rejeté (…). Contrairement à leur réputation de “singes lâches mangeurs de fromage”, les Français forment le peuple le plus belliqueux de la planète. Entre 1816 et 1980, la France a mené plus de guerres que tout autre pays, soit 22. Bien avant la formulation de la doctrine Bush de la “préemption militaire”, les Français l’ont pratiquée en Afrique (…)
À “l’Etat, c’est moi” de Louis XIV, Bush a trouvé une contrepartie, moins éloquente certes, mais suivant la même logique : “Je suis le décideur et je décide ce qui est le mieux”. L’absolutisme selon Bush, c’est une augmentation des dépenses publiques et des pouvoirs de la présidence. Le paradoxe, c’est que les Européens préféreraient ne pas avoir un président français sur Pennsylvania Avenue. Ils aimeraient mieux y voir un vrai président américain, qui défende les valeurs démocratiques, tel que Washington l’a fait durant presque tout le XXème siècle.



VITE !

Rupert Murdoch a annulé la publication du livre de l’ex-sportif O.J. Simpson, dans lequel ce dernier relate “ce qu’il aurait fait s’il avait commis le meurtre de sa femme et de son ami”, pour lesquels il a été acquitté. Cette fiction-réalité sentait trop le souffre...

 
 
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