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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem serait un crétin qui n’aurait rien compris à l’affaire…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Les dernières réflexions de Zakaria Boualem concernant la lutte anti-piratage ont provoqué une sorte de polémique sur laquelle il souhaite revenir. Rappelons aux lecteurs occasionnels la position de notre héros, exprimée la semaine dernière sur ces mêmes colonnes. Zakaria Boualem considère que la diffusion de la culture dans notre beau pays est une véritable catastrophe nationale. Il n’y a chez nous ni magasins de DVD légaux, ni musique correctement distribuée. Il n’y a même pas de système de droits d’auteur décent, puisque l’organisme chargé de s’en occuper a manifestement décidé de se recycler dans la collection de timbres ou un truc comme ça. Bref, il n’y a aucune alternative à la consommation de produits piratés, à part le grand silence. Dans ces conditions, les récentes descentes policières constituent une gesticulation de plus dans un pays qui les collectionne. Voila ce que Zakaria Boualem expliquait la semaine dernière. Il s’est fait traiter de tous les noms, le Guercifi. On lui a longuement expliqué que si la culture est moribonde, c’est justement à cause du piratage… Qu’il faut en finir avec le piratage pour pouvoir enfin commencer à construire un système légal et efficace. En résumé, Zakaria Boualem serait un crétin qui n’aurait rien compris à l’affaire…

Évidemment, il refuse cette étiquette. Et j’ajoute qu’il réfute en grande partie les arguments des légalistes. Zakaria Boualem va vous le démontrer. Il s’agit de stopper le piratage pour construire un nouveau
système, c’est ça ? Mais pourquoi ne l’a-t-on pas fait avant ? On grave des CD depuis moins de dix ans. À qui fera-t-on croire qu’avant le début de cette activité illégale, le marché de la culture était florissant ? Que les producteurs faisaient leur boulot de dénicheurs de jeunes talents, qu’ils arpentaient les salles de concert à la recherche d’une musique nouvelle et créative à mettre sur le marché ? Avant le piratage, ces braves gens ont-ils produit du rap marocain, par exemple ? Quand les pirates ont envahi le marché, ils ont commencé par s’attaquer à des gens comme Tupac ou Eminem et le public s’est rué sur ces produits certes illégaux, mais qui avaient le mérite d’exister. Pourquoi ces producteurs ne l’ont pas fait avant ? Pourquoi n’ont-il pas déniché un Eminem marocain, par exemple ? Si si, il existe, et je peux même vous dire qu’il n’est pas très difficile à débusquer. La réponse est évidente : parce qu’ils étaient trop occupés à reproduire à l’infini les mêmes rengaines. Parce que la musique, pour eux, est parfaitement secondaire, l’essentiel étant de faire tourner leur petite boutique à moindre risque. Car c’est bien là le propre du producteur marocain : éviter les risques. C’est bien simple : si les Nass El Ghiwane étaient nés en 1990, ils n’auraient trouvé personne pour les faire entrer en studio. Par contre, ils auraient rencontré une pagaille d’experts de la profession, qui leur auraient expliqué que leur musique n’a aucune chance de marcher. Parce que les paroles sont un peu louches, que ça ressemble un peu aux gnaoua et que, c’est bien connu, les Marocains détestent les gnaoua, et qu’en plus ils n’aiment que le Chaâbi et Doukkali. Donc, mettez un peu d’ordre dans votre musique et merci d’être passés. Par contre, si vous voulez bien mettre un costume gris et nous chanter “El Ammaria”, ça nous arrangerait parce que la saison des mariages va bientôt commencer et on est un peu à court de stock en Chaâbi matrimonial.

Tout ça pour dire que Zakaria Boualem a la furieuse impression que cette lutte anti-piratage est une façon détournée de défendre les intérêts privés d’une poignée d’artistes installés, ceux-là même qui ont condamné le rap marocain au silence, pour ne citer que lui. Et que si l’on veut lutter contre le piratage, il va falloir se réveiller un peu plus tôt le matin pour trouver les vraies solutions, et merci.

 
 
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