Référendum en vue
Sahara ou pas, ce référendum ne doit pas passer à 99%, ni même à 95%
Cest fait, le Corcas (Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes) a rendu sa copie au roi. Il sagit, daprès son président Khelli Henna Ould Errachid, dun véritable plan dautonomie pour le Sahara, qui va bien au-delà de la décentralisation élargie dans le cadre du régionalisme dont on parle depuis 20 ans. Officiellement, Mohammed VI doit encore avaliser ce plan, voire le retoucher, avant den présenter une version finale. Mais bon, on connaît la musique
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le très makhzénien Khelli Henna a animé une conférence de presse pour présenter les grandes lignes du plan, cest quil a déjà laval royal. Le reste nest que formalités protocolaires.
Les détails ? Strictement confidentiels, pour linstant. Mais on sait déjà, en gros, que le Sahara autonome (mais sous drapeau, timbre et monnaie marocains) aura un parlement, un gouvernement, et une justice autonomes. Jusquà quel point ? On verra bien
Et de toute façon, lAlgérie/Polisario aura aussi son mot à dire. Il nest dailleurs pas bien risqué de prédire que ce mot sera non. Mais là nest pas le sujet (pour linstant).
Le plus important est que tous ces changements ne pourront avoir lieu sans recours à un référendum constitutionnel même Khelli Henna la reconnu. Un référendum qui devra se tenir quelle que soit la réponse de lAlgérie/Polisario. Après tout, puisque cest la logique officielle, nous sommes chez nous au Sahara, et nous navons besoin de laval de personne pour changer nos règles. Donc, référendum il y aura. En 2007, probablement. Ça nen a pas forcément lair, mais cest une nouvelle capitale.
Comme pour ses premières élections, le premier référendum sous Mohammed VI aura un enjeu majeur : la crédibilité. Or, pour quun référendum soit crédible, il faut un certain nombre de conditions qui nont jamais été réunies jusquà présent au Maroc : une campagne pour/contre, qui permette à chacun de sexprimer librement, des temps dantenne équitablement répartis entre les défenseurs du oui et ceux du non et, évidemment, une transparence totale du processus de vote. Allons droit au but : ce référendum ne devra pas passer à 99, ni même à 95%. Jentends dici lobjection : Il est possible que ce soit le cas, puisque tous les Marocains sont daccord sur la marocanité du Sahara. Erreur ! Voter non à un référendum ne signifie pas forcément répondre non à la question quil pose. Dans les pays démocratiques, le non peut être un vote protestataire contre une conjoncture générale. Voyez les victoires du non à la Constitution européenne, en France et aux Pays-Bas. Ce nest pas pour autant quune majorité de Français ou de Hollandais sont anti-européens. Ils ont juste saisi la possibilité de signifier leur mécontentement à leurs gouvernements respectifs. Cette possibilité est, elle aussi, dessence démocratique. Mohammed VI devra laccorder aux Marocains, sil veut que ce référendum soit crédible.
Nous allons donc au devant dune méga-contradiction : peut-il y avoir, au Maroc, une frange consistante de lopinion qui soppose à une idée du roi ? Ce référendum peut-il passer à 80, 75 ou même 70% ? (notez que je nenvisage même pas son rejet on est au Maroc, quand même
). Il aurait, si cest le cas, une légitimité démocratique incontestable. Mais quid de la légitimité royale ? Quid du dogme makhzénien, selon lequel il y a et y aura toujours une symbiose totale entre le peuple et le trône ? Le roi acceptera-t-il de se voir désavoué par une partie non négligeable de ses sujets, même si ce nest pas la majorité ? En sortira-t-il renforcé, ou affaibli ? Quel impact cela aura-t-il sur les élections, elles aussi prévues en 2007 ? Questions passionnantes, et année chaude en perspective... |