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Par Karim Boukhari
Pleurer, réagir, sindigner
Cest ça, la politique
| Antécédents |
Mostafa Meftah
Dirigeant politique (PSU)
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| 1955. |
Naissance à Casablanca. |
| 1965. |
Participe aux émeutes du 23 mars. |
| 1973. |
Année du bac, première arrestation. |
| 1984. |
Libéré après dix ans de prison. |
| 1996. |
Figure parmi les partisans du Non à la Constitution. |
| 2005. |
Élu au bureau politique du PSU. |
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Smyet Mok ?
Khadija Bent Abdessamad. Mais pourquoi ne pas commencer, comme dhabitude, par Smyet Bak ?
Je ne sais pas. Smyet Bak ?
Haj Mohamed Marrakchi.
Nimirou dla carte ?
BE 407571
Vous avez obtenu votre premier passeport à 40 ans. Pourquoi pas avant ?
Parce que jétais en prison pendant dix ans. Il ma fallu attendre neuf ans par la suite avant de lobtenir.
Beaucoup danciens détenus politiques citent la prison comme un diplôme, un titre de gloire. Vous aussi ?
Cest plutôt une aventure humaine à la fois individuelle et collective, pleine dhorreurs, de terreurs, mais aussi de poésie et de chaleur, croyez-moi.
Pourquoi est-ce quon a limpression que, malgré tout le déballage littéraire, tout na pas été dit sur la prison politique ?
Parce que cest impossible. La prison est une abjection, une monstruosité des années de plomb mais, à côté, elle a été une chance pour quelquun comme moi. Elle ma permis de côtoyer des gens formidables et de découvrir des choses inattendues. Cest à Derb Moulay Chérif que jai découvert, sans les voir, les films de la nouvelle vague française, ceux dEisenstein et de lancien cinéma soviétique. Tout cela grâce au talent de narrateur de lun de mes compagnons de cellule.
Et quest-ce quil est devenu, aujourdhui, le cinéphile de Derb Moulay Chérif ?
Je ne sais pas. Mais il sest éloigné de la vie politique.
Vous, qui avez eu la chance de connaitre Derb Moulay Chérif, que pensez-vous des anciens prisonniers qui ont renié leur passé ?
Ça les regarde, et sils arrivent à se regarder chaque jour dans le miroir, tant mieux pour eux. De toute façon, ce nest pas parce quon a été victime des années de plomb que lon est nécessairement investi dune mission spéciale.
En 1996 et à linstar de votre parti (OADP, ancêtre du PSU), vous avez dit Non à la Constitution, la même qui régit encore le Maroc. Pourquoi ?
Parce quelle ne répond pas aux attentes et aux besoins du Maroc. Le royaume a beau avoir les attributs de la démocratie (parlement, institutions, etc), il lui manque lessentiel : le partage du pouvoir, lexercice réel de la volonté populaire via ses élus, la possibilité dappliquer les programmes politiques pour les partis au gouvernement, etc.
Tout cela est-il possible un jour ?
Il le faut, en tout cas, si le Maroc veut réellement se développer et ne plus figurer parmi les exportateurs de pateras.
Expliquez-nous, en une phrase, pourquoi la gauche ne pèse plus autant sur la rue marocaine
En une phrase, cest difficile. Disons que tout est relatif. Et tout peut basculer dun moment à lautre. Il y a encore quelques années, la gauche pouvait vendre 150 000 exemplaires de journaux par jour, et rassembler une foule de 100 000 personnes malgré la répression policière. Sa performance est, aujourdhui, au moins dix fois inférieure. Mais rien ne dit que les nouveaux leaders des rues ne chuteront pas à leur tour.
Et le PSU dont vous faites partie, que pèse-t-il ?
Il représente quelque chose dimportant
Vous savez, en 1991, lOADP navait quun seul élu (ndlr : Mohamed Bensaïd) mais cela ne lavait pas empêché dêtre le premier, et le dernier, à évoquer le bagne de Tazmamart en plein Parlement. Je le répète, en politique, tout est relatif.
Que faudrait-il au PSU pour pouvoir concurrencer, au moins dans la rue, un parti comme le PJD ?
Il faudrait que la politique soit réhabilitée dans ce pays. Et que lon puisse revenir à lessentiel : dire vrai et parler sans tabou, y compris de la religion ou de la monarchie, joindre les actes aux paroles. Et restituer la véritable dimension individuelle, personnelle, de la politique : lémotion. Pleurer, sémouvoir, réagir, sindigner, etc. Cest cela, la politique.
Rêvons un peu : est-ce que la gauche peut, un jour, triompher au Maroc ?
Mais la gauche est lavenir du Maroc. Sa conscience aussi. Ce ne sont pas des paroles en lair. Je rappelle que les grands leaders de ce pays ont été, pour la plupart, des gens de gauche. Je rappelle que cest la gauche qui a parlé de Tazmamart, qui a défendu les quatorze musiciens accusés de satanisme, refusé un siège octroyé de parlementaire, etc. |
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