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Par Mehdi Sekkouri Alaoui,
envoyé spécial à Tanger Free Zone
Médias.
Médi 1 Sat. Après le son, les images
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Les studios flambant neuf
de Médi 1 Sat, à Tanger free zone.
(DR)
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Avec le lancement de la première chaîne télé privée au Maroc, une nouvelle page du paysage audiovisuel s'ouvre. Il était temps.
Vendredi 1er décembre. La zone franche de Tanger abrite un événement bien particulier : le lancement de Médi 1 Sat, la première chaîne privée du pays. Visiblement, rien d'officiel n'a été prévu. Seul un modeste cocktail, sans alcools ni petits-fours, réunit toute l'équipe en fin de journée, dans une ambiance quasi familiale.
Du coup, seule une poignée de journalistes a été conviée à |
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l'événement, aux côtés des collègues de Radio Médi 1. Sur les visages de ces derniers, on percevait déjà quelques expressions d'envie, devant le spectacle qui s'offrait à eux. C'est qu'à Médi 1 Sat, on a vu les choses en grand. Les locaux flambant neuf de 4650 mètres carrés sont équipés de la fine pointe de la technologie. La rédaction utilise également des techniques up to date, notamment le workflow, qui élimine le support papier. Tous les documents arrivent ainsi en format numérique, par satellite ou Internet, pour être stockés dans des serveurs auxquels les journalistes peuvent accéder en temps réel. Techniquement, Médi 1 Sat n'a rien à envier aux plus grandes chaînes européennes, clame fièrement cette jeune journaliste algérienne, qui a fait ses premières classes à France 3. Et pour cause. L'investissement dépasse les 150 millions de dirhams, assorti d'un budget de fonctionnement de 15 millions d'euros par an, qui devrait être intégralement financé par la publicité.
Un budget ambitieux
À une heure du premier direct, ce 1er décembre, l'équipe en place ne semble pas tellement sous pression. C'est normal, la machine est déjà bien huilée. Cela fait des semaines qu'on répète dans les conditions du direct, souligne Pierre Casalta, l'énigmatique patron des deux Médi 1. L'homme est sur place depuis les premières heures, histoire de veiller au bon déroulement de cette journée si spéciale. Le très discret personnage sort pour une fois de sa réserve, se permettant même quelques élans sentimentaux : C'est un vieux rêve qui se réalise enfin.
L'idée de monter une chaîne de télévision privée au Maroc germe dans l'esprit de Casalta au début des années 90. À l'époque, il n'y a pas grand monde pour y croire. Mais l'homme n'est pas du genre à lâcher prise. Comme pour la station radio qu'il a montée de toutes pièces en 1981, il arrive à susciter l'intérêt des autorités marocaines et françaises autour de son nouveau projet. La partie marocaine voyait dans l'occupation du champ audiovisuel maghrébin une percée géopolitique importante. Les Français, quant à eux, étaient emballés par le lancement d'une chaîne qui ferait contrepoids aux chaînes satellitaires islamistes, qui ont un impact indiscutable sur la communauté maghrébine installée sur leur sol, analyse ce diplomate marocain à la retraite. Et c'est en grande pompe que le président français, en visite officielle à Fès le 10 octobre 2003, annonce l'association franco-marocaine dans le projet Médi 1 Sat. Fort de ces deux soutiens, Casalta n'a alors aucun mal à dénicher des partenaires financiers. Le tour de table réunit ainsi la CDG (26% du capital), Maroc Telecom (26%) et Médi 1 Radio (14%). Les 34% restants reviennent à un consortium français comprenant, entre autres, la Caisse des dépôts et de consignation.
Avril 2006, Médi 1 Sat se voit délivrer l'autorisation de diffusion par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA). La chaîne tangéroise est même la seule à décrocher le précieux sésame, chose qui fait inévitablement jaser dans les milieux médiatiques. Il n'y a eu ni pressions ni favoritisme dans l'attribution de cette licence, oppose un membre de la HACA. Nous n'avons reçu que deux dossiers en bonne et due forme. Et le seul à répondre aux critères de choix était celui de Médi 1 Sat.
Une news TV bilingue
En zappant dès ce premier décembre, les téléspectateurs ont pu découvrir la nouvelle chaîne : une news TV bilingue (une première dans le monde) qui émet six heures par jour, de 14h à 20h. À terme, l'objectif est de boucler une diffusion 24 heures sur 24. Au programme : un bulletin d'informations de 5 minutes toutes les demi-heures et deux grands journaux de 25 minutes, en arabe et en français, entre 18h00 et 19h00. Curieusement, l'information donnée par la chaîne se concentre sur l'actualité internationale, plutôt que sur l'actualité locale et régionale, censée être son leitmotiv. Médi 1 Sat ne risque-t-elle pas, ainsi, de passer à côté de sa cible ? Nous sommes conscients du problème. Nous avons fait le choix de roder l'équipe sur le travail de desk d'abord, sans faire de terrain ni de production. D'ailleurs, il faut savoir que c'est toujours compliqué de faire sortir des images d'Algérie et de Tunisie. Nous sommes en train d'y travailler, répond Pierre Casalta, qui ajoute : Nous ne sommes qu'au début de l'aventure et nous ne voulons pas aller plus vite que la musique. Nous allons monter en puissance avec le temps. Quant aux documentaires, magazines et autres talk-shows prévus par la chaîne, rien n'est encore décidé. Nous avons pris contact avec des boîtes de production marocaines et étrangères pour voir ce qu'elles nous proposent, précise le patron de Médi 1 Sat.
Le staff de la chaîne est tout aussi international. Les 29 journalistes, d'une moyenne d'âge de 28 ans, sont pour le tiers des Maghrébins (7 Marocains et 3 Algériens) mais aussi Syriens, Libanais, Jordaniens, Français
et même un Suisse.
Beaucoup d'entre eux ont accepté de s'installer à Tanger, pas uniquement pour les salaires (qui oscillent entre 15 000 et 35 000 DH) et les avantages, que l'ont dit très intéressants, mais aussi pour la réputation de Radio Médi 1. C'est le cas de cette présentatrice franco-algérienne, qui officie dans le JT en français. Dans le milieu, tout le monde sait que c'est une excellente école pour se perfectionner.
Et ce casting porte bel et bien l'empreinte de Casalta. On voulait une équipe de jeunes motivés, prêts à s'imprégner de la culture Médi 1, explique-t-il. Il aurait été facile de débaucher des journalistes expérimentés. Mais je suis sûr qu'ils se seraient moins engagés que l'équipe actuelle. La culture maison, c'est aussi de ne pas avoir de présentateur-vedette : chaque journaliste écrit lui-même ses commentaires, monte ses images et mixe le son. C'est du côté de l'encadrement qu'il faut chercher les vieux briscards. Le patron de Médi 1 Sat s'est en effet attaché les compétences de quelques pointures, dont un ancien directeur de l'info chez LCI, un ex-chef du service étranger de France 3 et, surtout, Paul Hitti, qui a déjà supervisé le lancement de chaînes internationales comme Al Hurra ou Abu Dhabi, et que beaucoup considèrent comme la cheville ouvrière de la chaîne. Cela assurera-t-il le succès de la petite dernière du paysage audiovisuel marocain ? Wait and see... |
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Profil. Qui est Pierre Casalta ?
Soldat parachutiste, agent des services de renseignement français, protégé du Palais
Beaucoup de rumeurs plus ou moins fantaisistes ont circulé au sujet de l'énigmatique patron de Médi 1 et de Médi 1 Sat. Des rumeurs alimentées par la légendaire discrétion du personnage qui communique peu, voire pas du tout. En fait, de son parcours, on sait peu de choses. Avant de partir à la conquête des ondes maghrébines, Pierre Casalta aurait passé une grande partie de sa carrière au bureau de Marseille de Radio Monte-Carlo, où l'homme a appris sur le tas le métier de journaliste. Il y gravira les échelons pour en devenir l'un des hauts cadres, avant de prendre la tête de la Direction des informations du Moyen-Orient. Il quittera enfin RMC pour diriger la compagnie de télévision libanaise en passant par la direction Africa n°1, le pendant africain de Médi 1, installé au Gabon. Mais le grand tournant de sa carrière (et de sa vie) a lieu en 1980, lorsque Hassan II et Valéry Giscard d'Estaing, alors président français, concluent un accord pour lancer une radio commune, destinée à arroser l'Afrique du Nord : Médi 1. Les autorités françaises, qui pensent alors à Casalta, ne se doutent probablement pas que l'homme ne quittera plus jamais ce qu'il considère aujourd'hui comme sa patrie : le Maroc. |
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