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Par Abdeslam Kadiri,
avec agences
Amérique latine. Le crépuscule des dictateurs
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Sous le coup dun nouveau procès,
Augusto Pinochet a été hospitalisé
la semaine dernière après
une crise cardiaque.
(AFP)
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Les graves problèmes de santé de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet et du président cubain Fidel Castro marquent la fin d'une époque. L'Amérique latine se prépare à vivre sans eux.
Après avoir opéré un virage historique à gauche, début 2006, le continent sud-américain s'apprête à vivre sans deux de ses figures les plus emblématiques : le président cubain Fidel Castro et l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, dont les problèmes de santé se sont aggravés.
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Castro d'abord. Le vieux lion ne rugit plus. Avec stupeur, les Cubains ont découvert que leur président communiste était absent au défilé militaire donné en son honneur, la semaine dernière, sur la place de la Révolution à La Havane. Malgré toutes les rumeurs contradictoires, les Cubains étaient persuadés que le Lider Maximo ferait tout pour apparaître dans ce défilé consacré aux cinquante ans des débuts de la révolution cubaine et à ses propres 80 ans. Initialement prévu le 13 août, l'anniversaire avait été reporté au 2 décembre en espérant que Fidel Castro aille mieux. Peine perdue. Décision a été prise d'économiser le vieux chef, dont la dernière apparition publique remonte à quatre mois et que de récentes images montrent en jogging, affaibli et amaigri.
Main tendue à Washington
Le 31 juillet, après avoir été opéré suite à une hémorragie intestinale, Fidel a confié la présidence à son frère cadet, Raul Castro, le temps de sa convalescence. Mais il est fort probable qu'on ne revoie plus le Lider maximo un jour au pouvoir. C'est Raul, le frère supplétif, moins charismatique et plus pragmatique, qui se charge de la besogne.
Lors du défilé militaire, les petits plats ont été mis dans les grands, raconte l'envoyé spécial du Figaro, Pierre Rousselin. Des colloques, rencontres et conférences ont été organisés, transformant le défilé en un adieu avant l'heure. L'acteur Gérard Depardieu était là, en ami de Fidel, tout comme le romancier Gabriel Garcia Marquez et plusieurs intellectuels venus peaufiner la légende de leur héros, écrit Pierre Rousselin.
Ce qui a aussi frappé les esprits, c'est le discours de Raul Castro. Il n'a pas abordé l'état de santé de Fidel, mais a en revanche proposé aux Etats-Unis de négocier ! Nous sommes prêts à résoudre autour d'une table de négociations les différends qui opposent nos deux pays, a-t-il déclaré, sur la base des principes d'égalité, de réciprocité, de non-ingérence et de respect mutuel. C'est la deuxième fois en quatre mois que Raul Castro tend la main à l'ennemi juré américain, pour mettre fin à cinquante d'ans d'hostilités et à un embargo sévère. Preuve qu'en l'absence de Fidel, une sortie de crise serait possible. Niet côté américain : C'est entre le régime cubain et le peuple cubain que le dialogue doit avoir lieu sur le futur démocratique de l'île, rétorque le Département d'Etat.
Devant l'effacement de Fidel, les responsables veulent absolument préserver l'héritage de la révolution castriste en évitant les divisions. Le rôle du secrétariat du Parti communiste a été renforcé ; Raul Castro et les militaires contrôlent toujours une part importante de l'économie, notamment le secteur lucratif du tourisme ; le mode de direction est collectif, les luttes d'influence et les conflits de personnes, bannis.
Pinochet, sauvé par la maladie
Le cas de Pinochet interpelle davantage. L'ex-dictateur chilien anti-communiste a été hospitalisé dimanche dernier après une crise cardiaque. Il a reçu l'extrême-onction, sacrement de l'Eglise catholique destiné aux mourants. Sa vie est entre les mains de Dieu et des médecins, estimait alors son fils Marco Antonio. Miraculeusement, son état s'est stabilisé en début de semaine. Le général souffre de diabète, d'hypertension artérielle et a déjà subi trois accidents vasculaires.
Poursuivi par plusieurs juges pour les nombreuses violations de droits de l'homme, Pinochet a jusqu'ici échappé à la condamnation. La Cour suprême avait considéré en juillet 2002 qu'il souffrait de démence modérée et ne pouvait se défendre devant les tribunaux.
L'ex-dicateur chilien, 91 ans, a dirigé entre 1973 et 1990 l'un des régimes les plus répressifs d'Amérique latine. Né le 25 novembre 1915 à Valpairaiso, Pinochet entre à l'école militaire en 1932. Quand le socialiste Salvador Allende est élu président le 4 septembre 1970, Pinochet obtient le grade de général. Lorsque le général Prats démissionne du commandement en chef de l'armée en août 1973, il recommande comme son successeur le général Pinochet qui, dit-il, lui a donné tant de preuves de sa loyauté. Cependant, trois semaines après, le 11 septembre 1973, ce dernier dirige le coup d'Etat qui destitue Allende et entraîne son suicide. Dès sa prise de pouvoir, Pinochet met le pays en coupe réglée. La tristement célèbre unité militaire Caravane de la mort sillonne le pays, tuant tout ce qui bouge : syndicalistes, opposants et responsables de partis de gauche. La police politique Dina (et la CNI) assoie un peu plus son pouvoir. Puis le général, proclamé chef suprême de la nation puis président de la République, se met au-dessus de la justice en promulguant une loi d'amnistie en 1978, puis une Constitution taillée sur mesure pour contrôler les forces armées. Les ONG estiment que 3000 personnes sont mortes sous sa dictature et 28 000 ont été torturées.
La fin d'une époque
Fin d'une ère ? Tout semble l'indiquer. Surtout, ces deux figures de l'Amérique latine, aux destins et desseins opposés, étaient adversaires. Personne mieux qu'eux n'illustre ce que fut la guerre froide. Leur affrontement a consolidé leur permanence au pouvoir. Pinochet a toujours clamé avec orgueil avoir évité 'un nouveau Cuba' au Chili, tandis que Castro a soutenu les mouvements armés contre Pinochet, explique le politologue chilien Ricardo Israel à l'AFP. D'un côté donc, Castro, bête noire des Etats-Unis, allié de l'Union soviétique et inspirateur de révolutions gauchistes. De l'autre, Pinochet, l'anti-marxiste, grand ami de Washington en Amérique latine, qui transforma son pays en laboratoire de réformes libérales de l'école de Chicago.
Selon l'expert, il y a toutefois une nette différence entre les deux dictateurs : Au Chili la transition (vers la démocratie) a déjà eu lieu, même si elle fut lente, tandis qu'à Cuba, on ne sait pas si l'on est en phase de transition ou simplement de succession. Une succession-continuité ? Le castrisme reste en effet au pouvoir alors que Pinochet, encerclé par la justice, a cédé le pouvoir depuis 1990 et a vu trois gouvernements démocratiques de centre-gauche se succéder en seize ans.
Aux antipodes politiquement, Castro et Pinochet ont comme point commun de se croire sauveurs de la patrie : Castro pour avoir renversé le dictateur Fulgencio Batista et avoir amélioré les conditions de vie des Cubains, Pinochet pour son coup d'Etat contre Salvador Allende et avoir détruit toute aspiration communiste au Chili. Tous deux n'hésitèrent pas non plus à exporter leur crédo : Castro en appuyant les guérillas de toute la région (inspirant Chavez) ; Pinochet en centralisant l'Opération Condor, un vaste plan de répression des opposants à l'échelle continentale. L'analyste José Javaloyes, cité par l'AFP, a souligné dans la publication Estrella Digital l'incroyable coïncidence que représente le crépuscule biologique de ces deux symboles des politiques extrêmes de la guerre froide. |
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Bio-express. Castro en dix dates
13 août 1926. Naissance de Fidel Castro à Biran (Sud-Est de Cuba).
1er janvier 1959. Castro et ses compagnons prennent le pouvoir, après le renversement du dictateur Batista.
17 avril 1961. Défaite de 1400 Cubains anti-castristes entraînés par la CIA dans la baie des Cochons. Castro établit des relations diplomatiques avec l'Union soviétique.
3 février 1962. Embargo américain contre Cuba qui sera renforcé en 1996.
22-28 octobre 1962. Crise des missiles entre Moscou et Washington.
9 octobre 1967. Exécution de Che Guevara en Bolivie.
Avril-mai 1980. Depuis le port de Mariel, 125 000 Cubains gagnent les Etats-Unis.
14 juin 1989. Accusé de trafic de drogue, le général Ochoa, héros de la guerre d'Angola, est arrêté et fusillé le 13 juillet. Purge dans l'armée et la police.
5 août 1994. Première émeute à La Havane depuis la fondation du régime. 37 000 Cubains quittent l'île en radeaux.
31 juillet 2006. Transfert "provisoire" du pouvoir à son frère Raul. Au 2 décembre, Fidel Castro n'est pas réapparu en public et est absent du défilé militaire donné en son honneur. |
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