Législation. Une loi pour verrouiller les sondages
Université. Guerre froide sur le campus
Sahara. Le Corcas rend sa copie
Médi 1 Sat. Après le son, les images
Amérique latine. Le crépuscule des dictateurs
Syrie. La fin de l'isolement ?
Service public. La fièvre de la com'
Festival de Marrakech. Paillettes, politique et petits potins
Amarg Fusion. Les troubadours du Souss
N° 251
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Syrie. La fin de l'isolement ?

Le président syrien
Bachar Al Assad.
(AFP)

Au centre des crises qui secouent le Proche-Orient, le régime de Damas pourrait sortir de son isolement forcé. Les Etats-Unis seraient même enclins à l'y aider…


Commentant la démonstration de force de l'opposition au gouvernement de Fouad Siniora, la semaine dernière, la presse syrienne - autorisée - saluait la “résistance du peuple libanais face aux tentatives d'ingérence occidentales”. De son côté, le président Bush, en visite officielle en Jordanie, laissait filtrer, par le biais de l'un de ses porte-parole sous couvert de l'anonymat, que “l'heure n'était pas au
dialogue avec la Syrie, qui y verrait un encouragement à ses agissements au Liban”. On pourrait croire qu'il en va ainsi des relations américano-syriennes : “Je ne t'aime pas. Moi non plus”.

Sauf que derrière ce statu quo de façade, de nombreuses voix s'élèvent aux Etats-Unis et à l'étranger pour demander au président américain d'accepter des discussions directes avec les deux bêtes noires de son administration dans la région, la Syrie et l'Iran, pour contribuer à restaurer la stabilité chez leur voisin irakien. Ce serait un événement. Car depuis l'échec des négociations de paix entre Hafez Al Assad et Ehoud Barak en 2000, le régime syrien a été systématiquement stigmatisé par le gouvernement américain. Pivot de “l'Axe du Mal”, la main de la Syrie est dénoncée derrière chaque soubresaut de l'actualité régionale.

Mais aujourd'hui, les Etats-Unis cherchent avant tout à éteindre l'incendie irakien et verraient bien la Syrie jouer les pompiers. S'il est encore tôt pour parler de retrait des troupes, l'idée que le renforcement des services de sécurité locaux passe aussi par un soutien régional au gouvernement Al Maliki commence à s'imposer. Dans Al-Quds Al-Arabi, Abd al-Bari Atwan ironise sur la nouvelle stratégie de Bush en Irak : “Il s'apprête à faire appel aux Iraniens et aux Syriens. Mais que peuvent faire l'Iran et la Syrie ? Envoyer leurs troupes pour sécuriser l'Irak ?”

Dégel américano-syrien
Dans un rapport paru ce mercredi, la commission Baker-Hamilton - un groupe d'études bipartisan de dix membres, cinq démocrates et cinq républicains, considère que la stratégie de sortie de crise en Irak passe par l'ouverture d'un dialogue avec la Syrie et l'Iran. Une recommandation qui, d'après les spécialistes, reflète largement l'opinion de l'ancien secrétaire d'Etat James Baker, qui jouit d'une estime des deux côtés de l'échiquier politique pour avoir pris ses distances avec la politique de Rumsfeld. L'idée semble avoir fait le consensus entre les membres de la commission, plus divisés sur la question du retrait des troupes américaines d'Irak. Le rapport, qui était très attendu sur cette stratégie de retrait, pourrait proposer un projet plus ambitieux de redéfinition de la stratégie américaine au Moyen-Orient, au risque de revenir sur des options de la “National Security Strategy” redéfinis en mars dernier.

De son côté, le président Al Assad a réitéré sa disposition au dialogue. Lors d'une réunion du parti Baas, il a dit sa disposition “à construire la paix”. Et son ministre des Affaires étrangères réclame une plus forte implication de la communauté internationale pour relancer le processus de paix israélo-arabe. La position syrienne est formellement sans concession, réclamant la réintégration du Golan. Pour le ministre des Affaires étrangères, Walid Mouallem, après la guerre contre le Hezbollah, “les Israéliens doivent apprendre que le monde est en train de changer. La force ne permet plus d'atteindre des objectifs politiques”. Et certains observateurs se mettent à douter de la responsabilité directe de Damas dans l'assassinat du ministre Gemayel. N'en déplaise à des commentateurs empressés, le crime ne profiterait pas nécessairement au régime syrien.

L'Europe pour le dialogue
Les initiatives diplomatiques se multiplient pour une reprise du dialogue entre la Syrie et la communauté internationale dans un timing particulièrement resserré. L'Union Européenne multiplie les signaux d'ouverture en direction de Damas. Fin octobre, les députés européens adoptaient, à une majorité écrasante, une résolution demandant au Conseil d'avancer dans le processus de conclusion de l'accord euro-méditerranéen d'association avec la Syrie, un processus bloqué depuis deux ans. C'est un motif de satisfaction à Damas, qui en oublierait presque les “inquiétudes” concernant les droits de l'homme, rapportées par les parlementaires de Strasbourg dans la même résolution.

Un homme symbolise ce dégel européen : Tony Blair. Pressé par la fin proche de son mandat, il a tenté ces dernières semaines de ramener la Syrie dans le jeu diplomatique. Lors de son discours annuel de politique étrangère, le 13 novembre dernier, le Premier ministre britannique a souligné l'intérêt “à long terme” du régime syrien dans la stabilité du Moyen-Orient. Son porte-parole a qualifié la bienveillance syrienne vis-à-vis de l'accord inter-palestinien d'“évolution intéressante”.

Seule la France, qui a officiellement gelé tout contact de haut niveau avec le régime de Bachar Al Assad depuis l'assassinat de Hariri, paraît isolée. Le président français l'avouait dans une interview au Monde cet été : “Il fut un temps où je parlais à Bachar Al Assad. (…) Ce dialogue s'est interrompu. (…) Je me suis aperçu qu'il ne débouchait sur rien. Le régime incarné par Bachar Al Assad me paraissait difficilement compatible avec la sécurité et la paix”. Mais pour cet observateur de la politique étrangère française, le vote de la résolution 1559 réclamant le retrait syrien du Liban est intervenu à une période où la France cherchait à se réconcilier avec les Etats-Unis. Une position française qui survivrait difficilement à un revirement de la diplomatie américaine. D'autant moins que “dans quelques mois, les amitiés de Jacques Chirac [NDLR : il est le “parrain” de Saad Hariri, chef de l'opposition anti-syrienne au Liban] devraient moins peser sur la politique étrangère de la France”.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés