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N° 251
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Nike demandait à ZB de “juste le faire” pendant que Pepsi l'exhortait à “être différent”.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C'est bien simple, il n'est rien arrivé à Zakaria Boualem. Rien du tout. Il y a bien quelque chose qui a essayé de lui arriver, mais le quelque chose en question a rebroussé chemin en cours de route. Impossible de vous dire de quoi il s'agit, puisqu’il ne lui est pas arrivé, je viens de vous l'expliquer. Du coup, rien ne lui est arrivé. Voilà, c'est dit. Zakaria Boualem en a profité pour regarder la télé… Oui, française, la télé, puisqu'il s'est converti depuis longtemps à l'analogique qui présente l'immense avantage de ne pas tomber en panne. Par voie de conséquence, ce choix technique réactionnaire lui évite la pénible impression de partager son appartement avec un technicien ès paraboles. Bref, le Boualem a eu l'occasion de suivre de près les gesticulations effrénées des deux héros français du moment : Nicolas Sarkozy et Segolène Royal. Je vous préviens tout de suite : notre héros n'a pas la prétention d'opter pour l’un des deux candidats dans cette chronique. D'abord parce qu'on ne lui a jamais demandé son avis, ce qui est un peu logique. Ensuite, parce qu'il considère cette affaire comme un spectacle avant tout, un peu comme un aquarium ou les poissons auraient été remplacés par des crocodiles.

Commençons par Ségolène Royal. Héhéhé, comment dire ? C'est une femme, voila. On a trop souvent accusé le Guercifi de machisme primaire (comme s'il en existait un secondaire…) pour qu'il refuse de donner son opinion librement. C'est une femme, donc, et c'est même
la chose la plus marquante de sa personnalité. Zakaria Boualem n'a rien à ajouter, sinon qu'elle s'appelle Royal, ce qui est assez ironique.

Passons à l'autre, Sarkozy. Zakaria Boualem ne comprend pas. Il a rarement croisé pareil requin dans la vie courante. Il a même rarement croisé quelqu'un qui affiche avec autant de transparence son statut de requin. Pour Zakaria Boualem, c'est clair : cet homme est un nain mesmoum, tout simplement. Tout chez lui transpire l'ambition folle, la revanche permanente, le calcul politique retors. Soyons clairs : Zakaria Boualem considère tout candidat au pouvoir comme potentiellement suspect, c'est un fait connu. Mais là, dans le cas de Sarkozy, ça dépasse les bornes, c'est tout. Revenons à la campagne française. La grande surprise de Zakaria Boualem, c'est de découvrir qu'elle est aussi creuse que ce qui se passe chez nous. C'est sûr, il y a un peu plus de classe. On ne parle pas de lanterne, de chevaux et de banafsaji moukhattat, on n'offre pas une nike en promettant la seconde en cas de victoire, on n'achète pas les voix avec un gigot, mais bon… Qu'est ce qu'il y a en face ? Une compilation de slogans à la fois plats et creux, ce qui constitue un exploit du point de vue de la géométrie dans l'espace. “La rupture tranquille” ?... Mais qu'est ce que ça veut dire ? Zakaria Boualem a la pénible impression que les cabinets de publicitaires, les mêmes qui tentent désespérément de nous vendre de la lessive, se contentent d'associer des mots choisis dans une liste, des mots qui sonnent bien et qui parlent aux gens, sondages à l'appui.

Rappelez-vous, il y a quelques années, les publicitaires s'étaient subitement pris pour des philosophes. Nike demandait à Zakaria Boualem de “juste le faire” pendant que Pepsi l'exhortait à “être différent”. Pendant ce temps, IBM, modestement, lui proposait des “solutions pour une petite planète”. Pourquoi tant de prétention en aussi peu de mots ? Pour cacher qu'il fallait avant tout le persuader d'acheter des baskets surévaluées en buvant plus de soda, le tout en cliquant comme un possédé sur un ordinateur plutôt qu'un autre. Le problème, aujourd'hui, c'est que les hommes politiques parlent comme des publicitaires qui parlent comme des philosophes. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que les hommes politiques parlent comme des philosophes. Zakaria Boualem n'est pas dupe. Ce délire généralisé n'est là que pour masquer un terrible vide, un vide d'idées, d'idéals, de rêves et de solutions… C'est pourquoi Zakaria Boualem s'en fout officiellement. Outre le fait qu'on ne lui a pas demandé son avis, bien sûr.

 
 
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