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Par Alexia Colette
Animation. Bienvenue dans la 3ème dimension
Au Maroc, l'animation 3D n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements. Une poignée d'infographistes passionnés rêvent de la sortir du ghetto publicitaire. Bon courage
ETAP, école d'arts plastiques casablancaise située route d'El Jadida, un samedi après-midi. Investissant les locaux désertés par les étudiants en week-end, une dizaine d'infographistes issus de l'animation 3D se rassemblent dans la salle informatique. Une première réunion d'une série qui devrait aboutir sur l'échange de techniques et, potentiellement, un projet commun. Tous ont un seul objectif : donner |
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ses lettres de noblesse artistique à une technique qui n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements sous nos cieux.
C'est Mohamed Slaoui, dit Simo, enseignant à l'ETAP, qui a donné l'impulsion à ces rencontres et qui en chapeaute l'organisation. Farid Yazami, la star marocaine de l'image de synthèse exilée aux Etats-Unis (voir encadré), les rejoindra prochainement pour partager son savoir-faire de pointe avec une poignée de passionnés.
Le parcours de ces participants est similaire, à peu de détails près : la découverte de l'animation 3D au cours d'une formation en arts plastiques (Instituts des Beaux-Arts de Tétouan et de Casablanca), suivie, pour certains, par un passage par la filière des jeux vidéo (au sein de la filiale marocaine d'Ubisoft), pour atterrir enfin dans une agence de communication. L'étape finale classique du parcours d'un infographiste au Maroc, soufflent certains d'entre eux.
Et s'ils travaillent dans la publicité, c'est plutôt par nécessité, tout en entretenant des ambitions plus artistiques. Tous caressent en effet le rêve de pouvoir exprimer leur créativité dans des projets plus personnels, à travers des films d'animation. Et ils ont du pain sur la planche : jusqu'à aujourd'hui, aucun film ou dessin animé, conçu entièrement en 3D, n'a trouvé le chemin du petit écran, encore moins celui du grand. Même les grosses productions hollywoodiennes ne restent pas longtemps à l'affiche dans les salles marocaines. Alors, une production marocaine
, regrette l'un des participants.
Une technologie méconnue
En dehors des spots publicitaires, l'image de synthèse marocaine n'a encore que quelques rares débouchés dans le cinéma. Saïd Naciri, dans Les Bandits, et Faouzi Bensaïdi, dans son tout récent WWW What a Wonderful World, ont déjà eu recours à cette technologie. Le premier pour démultiplier des voitures et faire voler un hélicoptère dans une scène de course-poursuite, le second pour créer de toutes pièces un gigantesque paquebot. Avantage : des coûts particulièrement réduits en comparaison avec des décors réels.
Pas de quoi décourager ces (info)graphistes, qui se définissent avant tout comme des dessinateurs, de véritables artistes. À Créanim', petite boîte d'animation, Adnane Laâyouni planche sur un long-métrage, Slim, Kalâat al alwah, après une douzaine d'épisodes du dessin animé Busdaz, diffusées sur un site Internet
faute de mieux. Après trois courts-métrages, primés au festival casablancais de l'image de synthèse MultiClic et au Festival du court-métrage de Namur Media 10/10, Abdellah El Fakir, dit la Belette, prépare de son côté un film d'animation, intitulé Ashab Al Fil. Même si le financement du projet tarde à venir, la Belette tient mordicus à mener son projet à terme. Et de tenacité, il en aura besoin. Jusqu'à présent, l'écrasante majorité des projets de ce type ont avorté, ou ont été mis au placard.
Celui des producteurs, visiblement peu sensibles aux possibilités offertes par l'image de synthèse
tout comme celui les directeurs de programmes des deux chaînes publiques, qui, en matière d'animation, préfèrent l'achat de prêt-à-diffuser à la production locale. Le PAD est moins cher, parce que déjà multi-diffusé. Mais où est l'encouragement de la production nationale ?, s'indigne un infographiste, qui poursuit : Peut-être que la libéralisation des ondes changera la donne.
Et pour ne rien arranger, aucune manifestation d'envergure, du genre Imagina en France, ne permet à ces manipulateurs de pixels de se faire remarquer. Après l'arrêt de MultiClic, le FICAM (Festival international du cinéma d'animation au Maroc), aujourd'hui vieux de cinq éditions, est le seul à porter le flambeau. Se tenant chaque année à l'Institut français de Meknès, la manifestation a tissé un réseau de diffusion via les instituts dans onze villes du royaume, réussissant à toucher un public de 30 000 enfants.
Merci Al Jazeera !
Et attendant, c'est d'une chaîne étrangère que viendra le premier rayon de lumière. Al Jazeera va en effet produire la première série marocaine de dessins animés, intitulée Ramzy et Adam. Signée par Abdelhamid Benali, infographiste à la carrure imposante, surnommé Mammouth, la série d'animation 3D devrait être diffusée sur Al Jazeera Children au cours du prochain ramadan. Mammouth vient de passer les six derniers mois à tout mettre au point, avec l'aide d'Eveline Fouché, sa collègue française spécialiste depuis 25 ans du dessin animé. Le dossier du projet est aujourd'hui bouclé : scénario, personnages, traduction
Il n'attend plus que le clap, pardon, le clic de départ.
Pourtant, même si sa série vise un public moyen-oriental, Benali aurait aimé la voir diffusée au Maroc. Pas seulement parce que les pays du Golfe ont parfois de curieux impératifs - pas de chiens ni de personnages âgés- mais aussi parce que dans les contes populaires et autres khrafate héritées de sa grand-mère, il aurait largement trouvé l'inspiration pour toucher directement les petits (et grands) Marocains. Les mangas et autres cartoons, c'est bien. Mais on pourrait avoir au moins quelque chose à nous, regrette-t-il. Mais ce n'est que partie remise. Mammouth s'est déjà lancé dans un second projet, Casa Street, qui semble intéresser
la chaîne française TF1. |
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Farid Khadiri Yazami. Le maître ès animation 3D
Vénéré comme un gourou par ses confrères, Farid Yazami est LA star marocaine de l'image de synthèse. Après une formation à l'ETAP et un premier emploi à Sigma, Farid part en France pour un stage à DuranDuboi, leader européen de la 3D et des images de synthèse. Embauché par l'entreprise française, il travaille notamment sur le long-métrage Immortel ad Vitam, du célèbre auteur de BD Enki Bilal. Ayant rattrapé assez rapidement le niveau français, je voulais apprendre davantage. J'ai alors décidé d'aller à la rencontre des meilleurs : je me suis installé à Los Angeles, explique-t-il. Sur le sol californien, il intègre la fameuse Digital Domain, référence planétaire de l'image de synthèse, avant de se faire recruter par Sony Pictures Imageworks.
Et ses faits d'armes laissent rêveur : du Fabuleux destin d'Amélie Poulain à Superman Returns, en passant par Les Rebelles de la Fôret (Open Season) et AEon Flux, le CV de Farid Yazami est impressionnant.
Pour le moment, il compte rester aux Etats-Unis, pour découvrir et assimiler de nouvelles techniques. J'ai envie de progresser encore, de maîtriser 'le secret de l'art', confie-t-il, un tantinet poète. Mais plus tard, il envisage de rentrer au bercail, en rapportant dans sa besace de gros projets made in USA. J'aimerais monter une structure qui pourrait proposer aux jeunes Marocains une vraie formation de qualité, digne des standards internationaux. Mon rêve, c'est de voir un jour fleurir une industrie du cinéma d'animation au Maroc. Une sorte de Ouarzazate numérique, en somme. |
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