|
Par Driss Bennani
Politique. Le bal des premiers de la classe
|
De g. à d. : Abdelkrim Benatiq,
Mohamed Aujjar, Mohamed El Gahs
et Nabil Benabdellah.
(DR)
|
À l'occasion d'un rassemblement du Parti travailliste, plusieurs jeunes responsables gouvernementaux et partisans se sont retrouvés côte à côte. Décodage : les premiers de la classe (politique) se positionnent, le Palais applaudit
et les vieux n'ont qu'à bien se tenir.
Ceux qui connaissent Abdelkrim Benatiq ne se sont pas étonnés de sa dernière initiative. Dimanche 3 décembre, le secrétaire général du Parti travailliste rassemblait environ 7000 jeunes au Complexe sportif Moulay Abdellah à Rabat. La prouesse est d'autant plus méritoire que le thème |
|
choisi pour la rencontre n'est pas des plus sexy : Construisons ensemble le Maroc de demain. La recette de Benatiq ? Un travail de fourmi en amont (voir encadré) et surtout, en guise de guest-stars, une brochette de jeunes politiciens, spécialement invités pour l'événement. Nabil Benabdellah, Mohamed El Gahs, Mohamed Sassi, Hassan Tarik, Taoufiq Hjira, Mohamed Aujjar et Nizar Baraka ont sacrifié leur dimanche après-midi pour répondre à l'appel de l'ex-banquier usfpéiste.
Ce dimanche-là, la salle couverte du complexe sportif de la capitale offrait un drôle de spectacle : des rangées symétriques de jeunes militants ou de sympathisants, tous coiffés d'une casquette ou drapés d'une écharpe rouge. On se serait cru à la convention du Parti communiste chinois, ironisait un participant. Une heure durant, les invités de Benatiq se sont relayés sur scène, pour prononcer leurs discours. Ils avaient 10 minutes chacun, explique un membre de l'organisation. Finalement, tous ont délivré le même message : S'impliquer dans l'action politique est la meilleure manière d'influer sur le cours des événements et (surtout) de faire barrage aux islamistes. En tout, la rencontre n'aura duré que deux heures. Mais dans la soirée, le très officiel téléjournal du soir sur la TVM recevait Abdelkrim Benatiq et consacrait un long reportage à la manifestation de l'après-midi. Trop, c'est trop, criait-on déjà dans les états-majors de plusieurs partis politiques.
Les vieux mécontents
Le lendemain de la rencontre, certains ittihadis ont même contacté le chef du Parti travailliste pour lui poser pratiquement la même question : qui, au sein de l'appareil de l'Etat, vous a soutenu pour monter cet événement ? Mais l'Etat, c'est vous !, répondait habilement Benatiq, qui dit avoir planché sur l'organisation de la rencontre depuis plus d'un mois et demi. Toujours est-il que l'ex-président du syndicat des banquiers a réussi une première assez remarquable : rassembler autant de jeunes leaders politiques, venant de différentes formations et sensibilités, autour d'un même événement. En plus de tous appartenir au camp démocratique (explication officielle des travaillistes), ils ont la même moyenne d'âge que le roi et sont de loin les responsables politiques les plus populaires ou les plus crédibles auprès de l'opinion publique, analyse un observateur. Soit, mais pourquoi viendraient-ils soutenir ce qui ressemble fort bien à une opération de charme du Parti travailliste, censé être leur concurrent politique ? Benabdellah, Hjira ou El Gahs ne sont pas novices en politique. Ils savent que répondre à ce type d'invitation, que figurer aux côtés de gens comme Sassi et Tarik, est perçu d'abord comme un positionnement, analyse un ittihadi averti. Les invités de Benatiq ont en effet un autre dénominateur commun. À différentes échelles, ils sont en froid, sinon en rupture, avec leurs aînés au sein de leurs partis respectifs. Cela fait déjà trop de coïncidences. Ce qui pousse certains observateurs à voir dans ce rassemblement un positionnement clair de cette nouvelle classe politique, contestataire et dynamique, et vue d'un bon il du côté du Palais.
Abdellatif Jebrou, ittihadi aguerri, l'a d'ailleurs écrit noir sur blanc sur Al Ahdath Al Maghribia. Certaines parties occultes cherchent à tromper la jeunesse et l'ensemble des citoyens à travers ce genre de mascarade commandée, explique-t-il en substance.
L'Etat chercherait-il à comploter contre l'USFP ? En a-t-il encore besoin ? Toutes ces concessions n'ont-elles donc pas été suffisantes pour rassurer en haut lieu ? Si, mais le roi n'a pas envie de gouverner avec un homme de 71 ans (Ndlr : Mohamed Elyazghi), lâchait crûment un haut fonctionnaire dans un cadre privé à Rabat.
En avant les jeunes !
Depuis plusieurs mois, le discours sur le renouvellement des élites revient de plus en plus souvent. L'initiative de Benatiq vient donc à point nommé pour donner encore plus de visibilité à de jeunes responsables politiques et gouvernementaux et leur permettre de marquer leur différence par rapport aux leaders historiques, en adoptant un discours qui parle aux moins de 30 ans. Benatiq a, par exemple, tout pour plaire en haut lieu, analyse un journaliste politique. Il est jeune, sportif, politicien rodé, communicateur et ouvert sur les milieux intellectuels et les milieux d'affaires. Son seul problème, c'est que, comme tous les chefs de nouveaux partis, il n'a pas encore de réel poids politique. Qu'à cela ne tienne, l'objectif immédiat est de mettre en avant les jeunes, de les pousser à s'impliquer, affirme-t-on dans le cercle royal. D'ailleurs, il est des signes qui ne trompent pas. L'émission Hiwar (TVM), par exemple, aurait reçu des instructions claires pour inviter davantage de nouveaux visages politiques, des seconds couteaux qui étonnent par leur perspicacité et leur maturité. Après des jeunes de l'UC et du RNI, Mustapha Alaoui recevra bientôt Mohamed Sassi, secrétaire général du Parti socialiste unifié. Une première.
Prudent jusqu'au bout, Adelkrim Benatiq, finit quand même par lâcher : Les élections de 2007 ne m'intéressent pas politiquement. Je veux simplement que les jeunes y participent et qu'ils s'y impliquent. En revanche, si ces jeunes mènent leurs formations politiques aux élections de 2012, ce sera un triomphe pour toute une génération. Difficile d'être plus direct. |
 |
Recrutement. Les portes (entr)ouvertes de Benatiq
Abdelkrim Benatiq est un homme qui cache bien son jeu. Parallèlement aux très médiatisées portes ouvertes de l'USFP, l'homme sillonnait le pays à la rencontre
d'acteurs associatifs. Je leur disais qu'il valait mieux pour eux de s'impliquer en politique pour peser sur le cours des choses, plutôt que de suivre de loin. Je leur exposais mon programme et les invitais à militer ensemble, sans forcément adhérer au parti, à concrétiser et promouvoir nos valeurs communes, explique Benatiq. La démarche est originale : les militants associatifs sont un vivier intéressant pour tout parti politique. Des jeunes volontaires, impliqués dans la gestion de la cité et qui ne demandent qu'à être encadrés. Il suffisait dy penser
Au bout d'un mois et demi de prospection, Benatiq a pu en convaincre 7000 d'assister à son meeting de jeunes, organisé le dimanche 3 décembre. Prochaine étape : les femmes. Le secrétaire général du Parti travailliste marocain compte en rassembler un bon millier avant mars prochain. Qui invitera-t-il pour leur parler ? Il est encore trop tôt pour en parler, répond-il. Une chose est sûre cependant : entre les sept plateformes idéologiques du congrès du PSU et les shows du Parti travailliste, l'année électorale s'annonce animée
grâce aux petits poucets du paysage politique national. |
|
|