Zakaria Boualem a l'impression dêtre dans un film de gangsters new yorkais.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem a été cette semaine le témoin d'une scène de western moderne qu'il va sans plus attendre vous raconter en détail, puisque c'est son boulot. Voilà, donc, ça se passe dans le quartier Gauthier à Casa, vers 20 heures. Une noble Renault 25 époque fin Giscard début Platini, immatriculée en Italie, déboule dans une petite ruelle à grande vitesse. Le véhicule est complètement déchaîné, il percute deux voirures en stationnement et continue sa course folle comme si de rien n'était. Surgit soudain le héros des lignes suivantes : un gardien de voitures dans l'exercice de ses fonctions. Outré par le comportement du chauffard, et se considérant responsable des dégats causés aux véhicules garés dans sa rue, il se jette sur la R25. Il est maintenant sur la malle arrière, accroché comme un poulpe surfeur et le véhicule ne s'arrête pas. La voiture est finalement bloquée par la circulation quelques centaines de mètres plus loin. Le gardien, qui en fait désormais une affaire d'honneur, quitte la malle arrière pour se placer devant la R25, espérant bloquer ainsi la fuite du danger public. Il avait sous estimé la conscience du chauffard, qui lui roule tout simplement dessus. La foule accourt, et la R25 est finalement bloquée par la masse de gens qui l'entoure. Au passage, elle a encore détruit deux autres voitures garées, portant son score à quatre voitures et un gardien. Ils sont maintenant plusieurs dizaines autour du chauffard. Tout le monde joue parfaitement son rôle. Il y a l'épicier qui place une caisse sous les roue pour l'empêcher de repartir, le héros local qui pique les clés, |
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| l'énervé qui veut se battre, le pieux théatral qui en apelle à la puissance divine pour foudroyer tout le monde sur place, etc. Le gardien, lui, est étendu à sa place, estimant avec raison en avoir assez fait pour mériter d'être désormais traité en grand blessé de guerre. Personne ne sera surpris d'appendre que les quatre individus qui sortent de la R25 sont dans un état qu'on pourrait sans problème qualifier de comateux, si cela ne consistuait une insulte pour des malades innocents. Ils ne tiennent pas debout, et s'ils avaient été plus forts, ils auraient même pu continuer à augmenter leur score à force de percuter les passants sans le vouloir. La suite sera racontée sans le moindre commentaire. Au bout de vingt minutes, l'ambulance arrive. Le gardien refuse de monter, il préfère attendre que la police fasse un constat. Au bout d'une heure, la police n'est toujours pas là. Elle n'arrivera jamais. Le gardien n'arrivera jamais à l'hôpital parce que l'ambulance, lassée d'attendre la police, finit par plier bagage. Un homme surgi de nulle part mais qui parle plus fort que tout le monde arrache les clés de celui qui les avait saisies et les rend au conducteur ivre. Celui-ci embarque avec ses copains, et repart aussitôt terminer sa soirée ailleurs, non sans avoir encore fracassé quelques portières de véhicules garés dans le quartier. Zakaria Boualem, qui a suivi toute l'affaire, a l'impression d'avoir été projeté dans un film de gangsters new yorkais, avec un accent de Béni Mellal. Et c'est la fin de l'histoire. Pour décortiquer cette affaire, il faudrait un numéro entier de TelQuel. Mais on n'a pas la force de s'y attaquer. Parce que c'est tout simplement déprimant. Parce que ça ne changera rien. Parce que le mystère restera aussi opaque sur la nature de l'intervention qui a permis au chauffard de s'en sortir. Parce que lorsque quelqu'un fait enfin son boulot, en l'occurrence l'ambulance, c'est la police qui est absente. Parce que le gardien héroïque va payer les soins de sa poche. Parce que ça fait des années que ça dure et qu'on nen a même plus marre tellement on en a eu marre. On va juste finir en rappelant que nous avons plus de dix morts par jour sur nos routes. |