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Par Fahd Iraqi,
envoyé spécial à Merzouga
Reportage. De sons et de lumières
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Les feux dartifice ont accompagné
les 2h et demie du concert.
(LOTFI RACHIDI)
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Annoncé en grande pompe, le méga-concert de Jean Michel Jarre a tenu ses promesses : de la musique, du spectacle, du people
et même un zeste de magie.
La majestueuse dune éclairée, visible à deux kilomètres à la ronde, annonce la couleur. Pour cette soirée du 16 décembre à Merzouga, Jean Michel Jarre promettait l'un de ces concerts monstres dont cet artiste singulier a le secret. À Pékin comme à Houston, à Londres comme au Caire, JMJ avait, par le passé, réussi à rassembler les foules par millions autour de ses spectacles gigantesques de sons et de lumières
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À trois reprises, il a été célébré comme l'auteur du plus grand concert par le livre Guinness des records (La Concorde en 1979, Houston en 1986 et La Défense en 1991). Mais ce soir, aux confins du désert marocain, l'affluence est bien loin d'égaler ces chiffres, puisque quinze milliers de personnes seulement sont de la fête.
Parmi eux, des personnalités peu habituées à jouer au people dans des manifestations culturelles. Fouad Ali El Himma, Yassine Mansouri ou encore Chakib Benmoussa, les sécuritaires en chef du royaume, sont arrivés juste à temps, pour ne rien rater du show. Ils se fondent dans les gradins occupés par les centaines de happy few casablancais, qui se sont rués sur le package offert par Atlas Voyages. Pour l'occasion, l'agence de voyages a même dû affréter un avion supplémentaire, pour venir en renfort à l'unique vol régulier entre Casablanca et Errachidia. D'autres centaines de jeunes, certainement moins argentés, sont venus de Casa, Rabat ou Meknès sur quatre roues, défiant une route aussi longue que périlleuse pour rallier Merzouga.
Jamais la région n'a vu un afflux aussi important de touristes locaux en une si courte période, exulte cet hôtelier d'Erfoud qui, comme tous ses confrères de la ville, affiche complet pour le week-end. Les habitants de la région ne sont pas non plus oubliés. Redoutant probablement une faible affluence, vu l'éloignement du site, les autorités locales ont réquisitionné 80 bus et raflé tout ce que les patelins alentour comptaient comme jeunes et moins jeunes pour les embarquer jusqu'au lieu du méga-concert. Détail cocasse : la majorité écrasante de ce public populaire n'avait jamais entendu parler de JMJ. Honnêtement, je ne sais pas qui c'est. Mais du moment que je suis transporté et nourri, pourquoi pas ? De toute manière, ça me fait une sortie 'fabor', explique ce jeune étudiant d'Errachidia. Quelques heures plus tard, souriant de toutes ses dents, il lâchera : De ma vie, je n'oublierais jamais cette soirée. Entre temps, la sorcellerie électronique de Jean Michel Jarre avait accompli son oeuvre.
Un show féerique
Le maître des synthés (et d'instruments électroniques en tout genre) impressionna l'assistance dès les premières notes, jouées du haut d'une des dunes surplombant le site du concert. Son entrée sur scène, minutieusement chorégraphiée, rappelait la silhouette d'Omar Sharif dévalant les crêtes sablonneuses dans Lawrence d'Arabie
Le film mythique dont la bande originale a été composée, comme par hasard, par le père de JMJ. Les lumières révèlent alors une scène gigantesque. Neuf panneaux de 14 mètres de haut sur sept se hissent comme des portails géants, qui s'ouvrent sur les premières dunes éclairées du désert. Un décor ambitieux, qui a donné tant de mal à l'organisation durant la dernière semaine des préparatifs. Il a fallu, en un temps record, tout démonter puis remonter à cause des tempêtes de sable, raconte un membre de l'organisation. En maître de cérémonie, Jarre prouvera une nouvelle fois sa science du spectacle. Au cours des répétitions, un monumental globe gonflable, contenant 100 m3 d'hélium, avait été suspendu au-dessus de la scène. Mais le gigantesque accessoire ne servira finalement qu'à la répétition générale, enregistrée pour la version DVD de l'événement. Pour le spectacle, l'artiste a estimé qu'il était plus intéressant de conserver le décor naturel des dunes, confie ce membre de l'organisation. Un arrière-plan que la créativité de JMJ saura utiliser à merveille. Des caravanes de chameaux défileront tout au long du concert, créant un mix onirique entre la scène réelle et les effets spéciaux projetés sur les écrans géants, un de ces tableaux qui portent la signature de l'artiste. Les feux d'artifices, qui ont également accompagné le spectacle, donnèrent au ciel de Merzouga des couleurs envoûtantes qui, combinées aux fonds sonores de Jarre, eurent un effet hypnotisant sur le public.
La touche marocaine ? Elle était représentée par la soixantaine d'artistes locaux qui ont participé au concert. Et là encore, JMJ, en perfectionniste obsessionnel, n'a rien laissé au hasard. Entre sélections, échanges de répertoire, répétitions et enregistrement, il a passé plus de deux mois à travailler avec les artistes marocains, affirme ce jeune membre de l'équipe de production. Et le résultat est spectaculaire : les notes électroniques de Jarre se marient harmonieusement avec les mélopées du luth de Haj Younès et les chants de la Chorale des Alizés. Certains des accompagnateurs se permettront même de voler la vedette à JMJ. Ce fut le cas de Saïda Charaf, diva sahraouie dont la voix ensorcellera le public, ou de la troupe de danse orientale de Charaf, que l'assistance prendra longtemps pour une femme
jusqu'à ce que l'écran révèle ses biceps, qui n'ont rien de féminin.
L'eau pour la vie
Le spectacle durera deux heures et demie, pendant lesquelles l'artiste n'oubliera pas le message qu'il était venu délivrer. Sur les écrans géants, des messages aussi percutants que le son du synthé se succèdent : Un golf en Arizona consomme en une heure autant d'eau que la ville de Fès en un mois, Toutes les deux secondes, un enfant meurt à cause de la pénurie d'eau
Déjà, au cours de sa conférence de presse, tenue quelques heures avant le concert, l'ambassadeur de bonne volonté de l'Unicef était complètement dans son rôle : Si George W. Bush avait mesuré toute l'importance de l'or bleu, c'est au Canada qu'il aurait envoyé ses troupes, pas en Irak, assènera-t-il, pour enchaîner : Je ne suis pas là à des fins commerciales. Je viens pour sensibiliser au sujet de cette problématique mondiale qui nous concerne tous : la pénurie d'eau. J'ai même retardé la sortie de mon album pour produire ce spectacle. Le Lyonnais fait l'effort de s'adresser au public en arabe, dépassant de loin les Choukrane et autres politesses d'usage. Il s'en sortira même mieux que le traducteur (Anglais - Arabe), gracieusement déniché par la Wilaya, dont les approximations donneront un brin d'humour à la soirée. Jean Michel Jarre a fait rêver un public, qui ne le lui rendit pas si bien que ça : il ne sera même pas rappelé quand il feindra la fin de sa prestation. Sans rancune, il gratifiera l'assistance d'un vous êtes un public formidable avant de lancer, volontiers, un dernier tube. Un dernier tableau où sons et lumières rythment un SOS pour l'eau... |
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