Année(s) chaude(s)
En 2007, lenjeu des élections tiendra en trois lettres : PJD
Les années électorales ont toujours valeur de test. Mais chacune sinscrit dans un contexte différent, et revêt un enjeu qui lui est propre. En 2002, cétait la transparence. Grosso modo, le pari a été tenu à une nuance près, mais elle était de taille : lachat de voix avait toujours largement cours. Après le spectaculaire coup de filet doctobre contre des parlementaires accusés de corruption électorale, la pratique risque dêtre beaucoup moins répandue en 2007. Côté transparence, donc, lEtat na plus quà transformer lessai et nous rentrerons |
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définitivement dans le club des pays démocratiques (au moins au niveau des processus électoraux). Nhésitons pas, une fois que cela sera fait, à créditer Mohammed VI de ce résultat. Vu là doù on vient, cest tout de même une prouesse.
Reste que lenjeu des législatives 2007 sera tout autre, et tiendra en trois lettres : PJD. Le parti islamiste gagnera-t-il les élections ? Encore faut-il sentendre sur ce que gagner veut dire. Si on entend par là réaliser un raz-de-marée et décrocher la majorité absolue (51%) au Parlement, cest extrêmement improbable. Vu lémiettement de la scène partisane marocaine, ce serait déjà énorme si le PJD décrochait, allez, disons 25% des sièges. Mais si le PJD réalise ce score, ou un score approchant, et quil devient le parti le plus représenté au Parlement, alors on pourra aussi dire quil a gagné. Cette hypothèse, en revanche, est beaucoup plus plausible. Que se passera-t-il, après ?
Au niveau gouvernemental, les conséquences dune telle victoire relèveront de la politique (politicienne), des alliances (réversibles) et, pour tout dire, dune certaine logique makhzénienne. Cest la limite de notre démocratie à nous. À tort ou à raison, le Palais se méfie du PJD, et semble déjà prévoir des alliances qui pourraient, sinon lui barrer la route du gouvernement, du moins lempêcher de le diriger. Mais même sil le dirige, cela se fera de toute façon sous le contrôle étroit du Palais. Il y a donc peu de chances que la face du Maroc en soit bouleversée. Au contraire : que le PJD participe ou même dirige le gouvernement (avec les garde-fous monarchiques qui simposent) pourrait savérer une bonne chose. Pas forcément parce que le parti islamiste, comme tous les autres avant lui, serait discrédité par lexercice du pouvoir. Mais sans doute parce que cet exercice lui apprendrait le populisme, ça marche tant quon na pas le pouvoir. Mais plus après.
Le plus important, ce nest pas tellement ce quil adviendra du PJD au Parlement ou au gouvernement, mais plutôt combien de gens voteront pour eux. Si on part de lhypothèse que tous les électeurs ayant une sensibilité islamiste (et le spectre est large) voteront pour le parti de Saâdeddine El Othmani, ce sera un indicateur très intéressant à analyser : combien sont-ils ? Quel pourcentage représentent-ils du corps électoral, voire de la population ? Outre le fait de constituer un excellent matériau pour les sociologues, ces données permettront à lEtat danticiper sur
les élections suivantes. Au niveau des municipales, le scénario du raz-de-marée islamiste a toutes ses chances dautant quil y aura probablement effet dentraînement si le PJD fait un bon score en 2007. Un ministre ou même un député, cela se surveille. Pour un élu communal, cest beaucoup plus difficile. Tout ce que le PJD assure quil ne fera pas au gouvernement (en gros, imposer le rigorisme religieux à tous), ses élus locaux pourront le faire sur le terrain, sans que les décideurs sen aperçoivent et puissent le contrer à temps.
Il ny a pas que 2007 qui risque dêtre une année chaude. |