Un effrayant malentendu
Rétrospective 2006. Les temps forts
Ahmed Ghazali. Confessions d'un sage cathodique
Société. Réveillon à la marocaine
Débat. Et si on légalisait le cannabis ?
Reportage. À la conquête du Toubkal
Moumen Diouri. "Le Maroc a connu quinze complots entre 1957 et 1995"
France. Le jackpot du label "halal"
Étude exclusive. 86% des MRE veulent rentrer !
Reportage. De sons et de lumières
N° 253-254
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est




Rétrospective 2006. Les temps forts

La chaleureuse accolade entre
le roi Mohammed VI et la mère
d’une victime des années noires,
après le discours du 6 janvier.
(DR)

Janvier. Droits de l'homme : le roi ose

Le discours royal de ce 6 janvier a quelque chose de surréaliste : le monarque annonce la fin officielle du mandat de l'Instance équité et réconciliation devant un parterre d'officiels… et de militants des droits de l'homme, longtemps honnis par l'Etat. Pêle-mêle, Mahmoud Archane croise Christine Daure-Serfaty et les galonnés de la police et de l'armée se frottent aux meneurs de l'AMDH. Du jamais vu. Le discours du roi est à la hauteur du plateau : important, inédit. Même si Mohammed VI ne demande pas, littéralement, “pardon” (pour les années de plomb qui ont marqué le règne de son père) en son nom ou
au nom de l'Etat, même s'il multiplie les références révérencieuses à Hassan II, il engage clairement la responsabilité du règne de ce dernier. Le roi a osé. Sur la forme, le discours du 6 janvier est un énorme bond en avant. Sur le fond (jugement des tortionnaires, contrôle des services de sécurité, réorganisation des archives de l'Etat…), le discours n'a rien apporté de définitif. Le débat reste ouvert.


Ils ont dit en 2006.

“M6, c'est mon roi branché”
Simo Ben Bachir, activiste associatif


Le rapport du cinquantenaire
pointe du doigt les carences
du pays, notamment dans
le domaine de l’éducation.
(AFP)

Janvier. Les états généraux du royaume

4500 pages ! Le travail mené par une centaine d'experts, sous la houlette du conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfqih, est une somme colossale d'informations, dressant un bilan complet de tout ce qui a été accompli (ou pas) au Maroc pendant les 50 dernières années*. On aurait pu s'attendre à du “royalement correct”. Il n'en a rien été. “Ce qui doit être dit sera dit, dans les termes qui conviennent, mais ce sera dit quand même”, avait prévenu Belfqih. Résultat : un rapport sans complaisance truffé de chiffres, graphes, et autres histogrammes, et duquel se dégagent les grands échecs du royaume (analphabétisme endémique, agriculture sous-développée, encadrement médical insuffisant, indigence culturelle, administration pléthorique…) mais aussi ses grandes réussites (monde rural bientôt entièrement électrifié et raccordé au réseau d'eau potable, vaccination quasi-générale des bébés, taux de scolarisation tendant vers le 100%, inflation maîtrisée…). Il faut maintenant tirer des leçons de ce travail monumental, et en déduire une stratégie d'avenir complète et bien charpentée. Pour l'appliquer, ce sera une autre histoire...

* La synthèse commentée de ce rapport est publiée dans le “Best Of “ de
TelQuel, en vente dans tous les kiosques.



Ils ont dit en 2006.

“Le baisemain est une atteinte à la dignité humaine”
Mohamed Bensaïd Aït Idder, homme politique


(AFP)

Janvier. Des caricatures pas drôles

La publication, par un journal danois, d'une série de caricatures du prophète Mohammed, le présentant sous un jour peu avantageux, fait l'effet d'une bombe dans les rues du monde musulman. Récupération politique aidant, ce qui débute comme des protestations, certes vigoureuses, tourne très vite à l'émeute violente. Plusieurs ambassades scandinaves sont saccagées et des menaces de mort proférées contre les auteurs du “sacrilège” et de “l'insulte faite aux musulmans”. L'image de l'islam n'en sort pas grandie, et le Maroc n'échappe pas à la déferlante. Les premiers à réagir sont les islamistes d'Al Adl Wal Ihsane qui battent le pavé, demandant à l'Occident de s'excuser et exigeant des sanctions contre la publication et les caricaturistes danois. Le Pouvoir prendra le relais médiatique en interdisant la diffusion de nombreux journaux étrangers et la reproduction des caricatures incriminées. Le quotidien Annahar Al Maghribia est ainsi traduit en justice pour “atteinte aux sacralités”, alors que le Journal hebdomadaire est l'objet d'une “manifestation” montée de toutes pièces par les autorités, qui règlent quelques comptes au passage. Reste une question : pourquoi ces caricatures, publiées en septembre, n'ont-elles suscité des réactions “indignées” que trois mois plus tard ?


Chakib Benmoussa,
ministre de l’Intérieur.
(AFP)

Février. Un stratège à l'Intérieur

Le profil de Chakib Benmoussa, nommé ministre de l'Intérieur à 48 ans, le 15 février, tranche avec celui de ses prédécesseurs. Ingénieur « X-Ponts », il a fait au long de sa carrière de multiples va-et-vient entre la haute fonction publique (secrétaire général de la Primature, puis du ministère de l'Intérieur) et le monde des affaires (président de la Sonasid, puis de Tanger Free Zone, DG des Brasseries du Maroc…). On s'attendait à un technocrate, on a découvert un stratège. Al Adl Wal Ihsane menaçait d'un soulèvement général en 2006 ? Au nom d'une lecture littérale de la loi sur les associations, il a fait arrêter 2300 de ses membres (le chiffre vient des Adlistes)… avant de les relâcher aussitôt, les privant du bénéfice de la victimisation, leur principal fonds de commerce. Le message est passé sans violence et les adeptes de Yassine ne décolèrent pas, jusqu'à aujourd'hui. Autre dossier sur lequel Benmoussa a obtenu des résultats sans précédent : la corruption électorale. Son truc : les écoutes téléphoniques… mais en insistant sur la procédure légale permettant de les recueillir. Résultat : onze élus condamnés à des peines de prison ferme ou avec sursis, et un effet psychologique qui devrait durer au moins jusqu'aux législatives de 2007. Chapeau !


Ils ont dit en 2006.

“Je suis mbaouq de nature”
Barry, musicien


Marock, le film
qui a bousculé les tabous.
(La fabrique de films)

Mars. Marock : le public a bon goût

Il aura suffi d'un film. En mettant en scène les amours contrariées d'une jeune fille de la bourgeoisie casablancaise, Laïla Marrakchi a mis le doigt là où ça fait mal : les clivages culturels, sociaux, religieux et mentaux entre “les” Maroc d'aujourd'hui. La qualité du film, incontestable, n'y est pour rien. Si Marock a tant fait jaser, c'est par son propos. À l'image de son personnage principal, remarquablement campé par Morjana Alaoui, le film n'a pas froid aux yeux. Il avance en posant des questions fondamentales, existentielles, mais sans se prendre la tête, avec la légèreté et l'insouciance d'une gamine sur le point de décrocher son bac. Le film suggère des idées partagées par la jeunesse dans le monde entier, acceptées ou tolérées “en off”, mais si difficiles à faire passer “en on”. L'une de ces idées peut être résumée comme suit : l'amour est plus important que la religion. On peut imaginer les déclinaisons possibles : et la liberté plus importante que le devoir, etc. Normal, et presque salutaire, que ce film ait déclenché un débat de société et même un débat politique. Les conservateurs ont éreinté le film et le PJD a bataillé pour l'interdire. Mais tout ce monde a perdu et le film, distribué dans tout le Maroc, a cartonné. Ouf !


Ils ont dit en 2006.

“Le foot aujourd'hui, c'est de la merde”
Lino Bacco, journaliste sportif


Le premier défilé militaire du
règne de Mohammed VI est aussi
le premier au Maroc depuis 1972.
(AFP)

Mai. Armée : le défilé qui cache la purge

Mai 2006. Mohammed VI assiste au premier défilé militaire de son règne, à l'occasion du 44ème anniversaire des Forces armées royales. En théorie, un chef d'Etat qui passe en revue ses corps d'armée, dans une série de parades publiques, cela n'a strictement rien d'original. Sauf que ce défilé est le premier du genre depuis les tentatives de putschs militaires qui ont secoué le trône, coup sur coup, en 1971 et 1972. Du coup, il devient exceptionnel, historique. Il signifie, comme l'ont conclu tous les observateurs, que la monarchie a définitivement conjuré le sort, et que les coups d'Etat militaires appartiennent à un passé réellement révolu. Non, il n'y a plus d'Oufkir, ni de Ababou ni d'Amokrane dans les rangs clinquants des Forces armées royales. Pas de coup de sang à craindre… Mais curieusement, tout cela survient au moment où l'armée, comme la police et les services de sécurité, est soumise à une purge silencieuse. Les vieux caciques sont progressivement poussés à la retraite, la jeune frange sous influence islamiste est discrètement mise hors d'état de nuire, les officiers aux connections douteuses (drogues et trafics divers) sont poursuivis en justice avec, par-dessus le marché, une surprenante “couche” de communication officielle. Que garder de cette année bénie 2006 ? Le retour d'une tradition (le défilé militaire) ou le début d'une purge. Deux événements aussi fortement symboliques l'un que l'autre...


Ils ont dit en 2006.

“Mohamed Abdelaziz, président du Sahara autonome ? Pourquoi pas ?”
Khelli henna Ould Errachid, président du Conseil consultatif des affaires sahariennes


Vue du studio flambant
neuf de Medi 1 Sat.
(DR)

Mai. Et les ondes s'ouvrirent…

Deux mois après le délai initialement fixé, la HACA annonce enfin l'octroi de dix licences privées de radio et de télévision, les premières dans l'histoire du royaume. Et ce sont neuf nouvelles stations radio et une seule chaîne satellitaire franco-marocaine de télévision, Médi 1 Sat, qui décrochent le précieux sésame. Dans le lot, on trouve deux stations à vocation économique (Atlantic Radio et Bizz FM), sept stations régionales (couvrant Marrakech, Agadir, Fès, Casablanca et le Rif), et une station musicale, Hit Radio. La plupart émettent déjà, alors que les retardataires (la radio rifaine notamment) devraient normalement émettre avant février 2007. Selon des rumeurs persistantes, c'est également en 2007 que la deuxième fournée de licences audiovisuelles devrait être annoncée. Les candidats sont déjà dans les starting-blocks.


Mulay Hafid Elalamy, nouveau
président de la CGEM.
(RT)

Juin. Moulay Hafid Elalamy, patron des patrons

Les élections de la CGEM en 2006 n'avaient rien de palpitant. Un mois et demi avant le scrutin, les jeux étaient déjà faits : Moulay Hafid Elalamy était l'unique prétendant à la succession du controversé Hassan Chami. Le patron des patrons fait donc campagne pour la forme. Il en profite pour rallier toutes les voix dissidentes dans le milieu des affaires. L'agitatrice fédération des PME finit par consentir à intégrer la CGEM, en contrepartie d'un fauteuil de vice-président pour Mohamed Kessal, promu à tort ou à raison au poste de porte-voix des petites entreprises. Mieux encore, le Conseil d'administration de la CGEM fédère tout ce que le milieu des affaires compte comme figures emblématiques : Saâd Bendidi, Mohamed Bensalah, Khalid Oudghiri… La réconciliation avec les grands groupes est actée et entérinée. Désormais, le président du groupe Saham se veut l'incarnation d'un patronat uni, porteur d'une vision économique qui a l'aval des plus hautes instances du royaume. Reste à voir ses premières déclinaisons...


Ils ont dit en 2006.

“Les chances de découvrir des hydrocarbures au Maroc sont intactes”
Amina Benkhadra, DG de l'Office national des hydrocarbures et des mines.


Anas Sefrioui, patron du groupe
Addoha, sonnant la cloche de
la Bourse de Casablanca.
(AIC PRESS)

Juillet. Addoha donne le vertige à la Bourse

En sonnant la cloche à la Bourse de Casablanca, Anas Sefrioui ne peut plus vivre “caché et heureux “. Addoha, le groupe immobilier qu'il a fondé, joue désormais la transparence et révèle les marges astronomiques (35 %) dégagées par l'activité du logement social. Son propriétaire vend le tiers de sa société pour 2,7 milliards de dirhams, signant le record de la plus grosse cagnotte empochée par un particulier lors de la cession d'une entreprise. Surtout, Addoha rend fou le marché boursier. Les annonces de projets de développement se succèdent (acquisition de nouveaux terrains, signature de conventions avec l'Etat et de joint-ventures avec des géants de l'immobilier des pays du Golfe), propulsant son cours de Bourse de 580 à plus de 3000 dirhams. L'envolée d'Addoha ne laisse pas ses concurrents indifférents. Miloud Chaâbi, parlementaire et président de la fédération du BTP, promet l'ouverture d'une enquête parlementaire concernant “le côté obscur” des transactions passées entre l'Etat et le groupe de Sefrioui. C'est sûr, on n'a pas fini d'entendre parler d'Addoha...


Ils ont dit en 2006.

“à Rabat, on appelle une jolie fille touta (framboise). à Safi, on l'appelle qoqa (artichaut)”
Noureddine Lakhmari, cinéaste


Anas Sefrioui, patron du groupe
Addoha, sonnant la cloche de
la Bourse de Casablanca.
(AIC PRESS)

Juillet. Abdellah Taïa, le premier coming out du royaume

“Notre société tient grâce au sexe !”, dit-il. On pourrait ajouter : “… comme toutes les sociétés dans le monde”. Abdellah Taïa a eu le cran, et suffisamment de notoriété, pour le dire. Le jeune écrivain, originaire de Salé, va plus loin dans le socialement incorrect et décrit, tout au long de son dernier livre (L'Armée du salut, éditions Le Seuil), sa singularité : il est homosexuel. Jamais une star, une tête d'affiche marocaine, n'avait osé clamer sa différence aussi haut, au point d'en faire l'objet et le sujet de son œuvre. “Je n'ai jamais fait un coming out à proprement parler. C'est juste qu'en écrivant, je ne pouvais pas faire l'impasse sur cet aspect de ma personnalité. Sur la vérité, tout simplement”. En donnant un coup de pied au ventre mou de la littérature marocaine, Taïa prend un risque certain. Et en paie déjà le tribut. Durant son dernier séjour au Maroc (il habite en France depuis quelques années), il n'a pas osé rendre visite à sa famille avec laquelle, pourtant, il a toujours gardé le contact. “Cela leur ferait mal autant qu'à moi”. Le jeune homme n'a sans doute pas fini de “payer”, lui qui est déjà devenu une icône, le symbole de quelque chose de nouveau : l'individu, le droit à la différence. Juste ce qu'il faut pour s'attirer les foudres des conservateurs… et gagner la sympathie de quelques cercles, déjà séduits par le talent de l'écrivain.


Abdeslam Yassine, entouré
de ses disciples.
(DR)

Juillet. L'offensive anti-Al Adl

C’est l'annonce de leurs “journées portes ouvertes”, en juin 2006, qui a a conduit la Jamaâ du Cheikh Yassine au clash avec les autorités. Pendant qu'Al Adl Wal Ihsane se lance dans une campagne de communication tous azimuts, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, Chakib Benmoussa, fraîchement nommé ministre de l'Intérieur, dévitalise minutieusement les moyens de propagande de l'association. Avec fermeté mais, pour une fois, sans violence. Au menu : des saisies de matériel informatique et de milliers de tracts et de CD, des interdictions de réunion et, surtout, des interpellations en masse… suivie de relaxes systématiques. Avec cette offensive menée plutôt dans la douceur, l'Etat a réussi, entre autres, à dresser des listings des militants adlistes. D'où la dernière, et sans doute la plus fiable estimation du nombre d'adeptes : autour de 100 000 membres, auxquels il faut ajouter environ 25 000 sympathisants. En fin de compte, la “répression légale”, façon Benmoussa, a déstabilisé les militants d'Al Adl, habitués à la posture avantageuse du martyr. Ne serait-ce que pour ça, bravo !


Ils ont dit en 2006.

“Si le PJD gagne les élections, je titrerai : ‘catastrophe nationale !‘”
Abdelkrim El Amrani, journaliste


Une partie des armes et autres
équipements saisis après
l’arrestation de Hassan Khattab.
(DR)

Août. Ansar El Mehdi : des terroristes en carton-pâte ?

En pleine canicule estivale, les deux ministres de l'Intérieur, Chakib Benmoussa et Fouad Ali El Himma, annoncent aux Marocains qu'il viennent d'échapper à des attentats pires que ceux du 16 mai 2003. C'est le premier épisode du feuilleton Ansar El Mehdi, du nom d'une prétendue cellule terroriste qui aurait réussi l'infiltration des Forces armées royales. Le chef de cette nouvelle cellule terroriste, Hassan Khattab, aurait “embarqué dans l'aventure” des militaires, mais aussi des gens “de la haute”, représentés par les épouses de deux pilotes de la RAM. Les membres d'Ansar El Mehdi (une bonne dizaine tout au plus) ambitionnaient ainsi de « lancer le jihad dans les montagnes du nord marocain, attaquer des cibles sensibles, des intérêts étrangers et des personnalités marocaines». Sauf que, à aujourd'hui, il n'existe guère de preuves tangibles de ces accusations, hormis les aveux des inculpés détenus (“arrachés sous la torture”, répètent leurs avocats). Leur procès, qui devrait démarrer au tout début de 2007, apportera peut-être quelques éclaircissements.


Mohammed Kharraz,
alias Chrif Bin Louidane.
(DR)

Août. Affaire Bin Louidane : la théorie des dominos

L’affaire commence par une arrestation, certes peu banale : celle du baron de la drogue Mohamed Kharraz, dit Chrif Bin Louidane. Mais rapidement, elle tourne au feuilleton politico-judiciaire où drogue, corruption et pouvoir se croisent (trop) souvent. L'affaire a immédiatement entraîné la chute de hauts gradés de la police et de l'armée, en tête desquels on trouve le patron de la sécurité des palais royaux, Abdelaziz Izzou. L'ex-chef de la police judiciaire de Tanger, qui a été relevé de ses fonctions sur instructions royales, a été jeté dans une cellule individuelle à Oukacha comme un voleur de bas étage. En plus d'Izzou, une bonne vingtaine de responsables ont été suspendus de leurs fonctions alors que d'autres ont été soit incarcérés, soit interdits de quitter le territoire national. Autre “dégât collatéral” de cette opération “mains propres” bien particulière, le puissant général Laânigri perd sa place à la tête de la DGSN. Aujour'hui que l'instruction touche à sa fin, la justice ne semble pas trop pressée d'ouvrir le dossier Bin Louidane. La chaîne des complicités remonterait-elle trop haut ?


Ils ont dit en 2006.

“Les juges doivent écouter leur conscience, pas leur portable”
Abbas El Fassi, chef de parti


Hamidou Laânigri.
(RT)

Septembre. Laânigri débarqué

Même si beaucoup le disaient sur la sellette, la nouvelle, tombée mercredi 13 septembre en début d'après-midi, a pris tout le monde de court…. Le général de division Hamidou Laânigri est désormais inspecteur général des Forces auxiliaires. Le militaire quitte, par la petite porte, la Direction générale de la sûreté nationale qu'il a dirigée, trois ans durant, d'une main de fer. L'arrestation, quelques jours auparavant, de Abdelaziz Izzou, recommandé par ses soins pour chapeauter la sécurité des palais royaux, et l'implication de ce dernier dans le scandale Bin Louidane, ont tout précipité. L'erreur est fatale, d'autant plus que la cote de popularité du général au Palais a considérablement chuté depuis ses exploits à la tête de la DST (les ONG internationales commençaient à parler de torture un peu trop souvent). Est-ce la fin de Hamidou Laânigri ? Rien n'est moins sûr. Des rumeurs de plus en plus persistantes font état de son éventuel retour sur le devant de la scène en 2007. A suivre, donc.


Ils ont dit en 2006.

“L'Etat marocain fouille dans mes poubelles”
Ali Lmrabet, journaliste


Les affaires de corruptionont fini
de décrédibiliser une Deuxième
chambre qui traînait déjà
beaucoup de casseroles.
(RT)

Octobre. Des élus ripoux devant la justice

Quelques jours après les élections pour le renouvellement du tiers de la seconde Chambre, le landerneau politique connaît une violente secousse, avec l'instruction par la justice de plusieurs affaires d'achat de voix. Pendant la campagne électorale, le ministère de l'Intérieur avait mis les conseillers sur écoute, afin d'établir des preuves sur leurs tentatives de corruption des grands électeurs. Et la prise est bonne : onze conseillers, cinq députés et plusieurs élus communaux sont traduits en justice. Au total, 38 plaintes sont déposées, impliquant une soixantaine de personnes. La machine judiciaire se met aussitôt en branle. Une bonne partie des affaires est jugée, des sentences allant de 8 à 18 mois de prison ferme ou avec sursis et de 50 000 à 70 000 DH d'amende sont prononcées, en plus d'une interdiction de se présenter aux élections pendant deux mandats. Les partis des élus incriminés crient à “l'injustice” et à la “manipulation politique”. Istiqlal, PPS et Mouvement Populaire dénoncent “le caractère sélectif” des poursuites après l'acquittement de l'unique candidat usfpéiste impliqué. Décrédibilisés, les partis se placent en victimes. Prévisible et peu convaincant...


Ils ont dit en 2006.

“Au pardon, je préfère l'oubli”
Malika Oufkir, retenue prisonnière dans un bagne secret avec sa famille, pendant 17 ans


Les étals encombrés de DVD
piratés, bientôt une image
du passé ?
(RT)

Octobre. Piratage : la chasse est ouverte

Demandez à votre revendeur habituel de DVD piratés, il vous confirmera que dans son “business”, il y a désormais un “avant” et un “après” 29 octobre 2006. En ce paisible dimanche automnal, des dizaines de policiers effectuent, à Rabat, une descente spectaculaire chez l'un des revendeurs de DVD piratés les plus connus (et appréciés) du pays, le surnommé Tbib (le Docteur). La prise est impressionnante : 500 000 CD piratés pour une valeur marchande de 5 millions de dirhams. Treize personnes sont arrêtées, plusieurs écopent de peines de prison ferme et d'amendes allant de 5000 à 20 000 DH. Depuis, “le secteur du DVD piraté” a du mal à se relever. “Aujourd'hui, la marge que font les grossistes ne justifie plus le risque qu'ils courent en cas d'arrestation. Beaucoup pensent déjà à leur reconversion”, explique un expert. Se pose alors l'éternelle question de l'alternative : à quand un DVD légal à un prix raisonnable au Maroc ? On parle ici et là de la possibilité de mise sur le marché de DVD à un prix d'attaque de 35 DH. On veut bien y croire...
 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés