Un effrayant malentendu
Rétrospective 2006. Les temps forts
Ahmed Ghazali. Confessions d'un sage cathodique
Société. Réveillon à la marocaine
Débat. Et si on légalisait le cannabis ?
Reportage. À la conquête du Toubkal
Moumen Diouri. "Le Maroc a connu quinze complots entre 1957 et 1995"
France. Le jackpot du label "halal"
Étude exclusive. 86% des MRE veulent rentrer !
Reportage. De sons et de lumières
N° 253-254
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Retro 2006

Le siège casablancais de la CNIA.
(AIC PRESS)

Assurances. Redistribution des cartes

La valse se poursuit dans le secteur des assurances. Cette année, le groupe Saham, de Moulay Hafid Elalamy, s’est offert la compagnie Essaâda. Appartenant à la famille Ouazzani, proche de la famille royale, Essaâda courait droit vers la faillite malgré les grands portefeuilles qu’elle gère, dont celui de Barid Al-Maghrib ou Maroc Telecom. Pour financer cette transaction, le patron des patrons a dû ouvrir le capital de sa compagnie d’assurances CNIA à de nouveaux partenaires. Il s’agit de Sanam Holding, société d’investissement appartenant à Saïd Alj, connu comme le patron d’Unimer, et au fonds
d’investissement Kingdom Zephyr, dont le plus important promoteur n’est autre que le prince Walid Ibn Talal. Ces deux nouveaux actionnaires ont pris chacun 15% du capital. Avec cette nouvelle acquisition, le groupe Saham cumule désormais 15,4 % de parts de marché, devenant du coup le numéro 3 du secteur des assurances derrière RMA-Watanya et AXA, évinçant ainsi du podium Wafa Assurance, adossée au groupe ONA. Ce dernier vient d’ailleurs récemment de consommer son divorce avec AXA. L’assureur français a en effet racheté pour près de 3 milliards de dirhams les 49 % du capital qui échappaient encore à son contrôle, mettant fin à son partenariat, en suspens depuis plusieurs années, avec l’ONA. Le grand absent dans le secteur des assurances reste le groupe Banques Populaires. Jusque-là, il n’a pu réaliser aucune acquisition, encore moins décrocher une autorisation d’exercice.


Énergie. Le plan gazier entériné

Le département de l’Energie n’a pas chômé cette année. L’ONE vise même grand en lançant des études de faisabilité pour un projet de centrale électronucléaire au Maroc. Le secteur a également été marqué par le retour du système d’indexation pour les prix des hydrocarbures. Résultat : les prix à la pompe ont connu trois hausses successives avant que le repli du prix baril ne se traduise par une légère baisse des tarifs. Néanmoins, la grande réalisation de 2006 est sans doute la mise en œuvre du plan gazier. Un terminal de gaz naturel sera ainsi lancé en 2007. L’investissement devrait porter sur 1,2 milliard de dollars (sur le port de Tanger Med ou de Jorf Lasfar) et sera réalisé grâce à un partenariat entre la Samir, l’ONE et Akwa Holding, groupe présidé par Aziz Akhennouch. Ce dernier, déjà adjudicataire du terminal pétrolier au port Tanger Med, confirme davantage son statut d’acteur incontournable dans le secteur de l’énergie.


Agriculture. “Goulou Lâam Zine”

Une campagne agricole exceptionnelle a été enregistrée en 2006. La production céréalière a ainsi dépassé les 100 millions de quintaux, soit le double de la production moyenne enregistrée les cinq dernières années. La progression du PIB agricole pousse le PIB national à des niveaux records : une croissance économique de plus de 7 % est attendue pour cette année. Une récolte exceptionnelle que le gouvernement aimerait bien voir se répéter en 2007, quitte à y mettre les moyens. Le ministère de l’Agriculture a en effet annoncé un arsenal de mesures pour soutenir le secteur pour la prochaine campagne. Des mesures qui vont de la réduction des taux d’intérêts du Crédit Agricole à la révision des prix des engrais fabriqués par l’OCP, en passant par le renforcement du soutien à la mécanisation agricole. Toutes les conditions sont donc propices, ne reste que la capricieuse météo !


Immobilier. L’assaut des étrangers

Les projets immobiliers poussent comme des champignons et ce sont essentiellement les opérateurs étrangers qui en profitent. Dans la région nord du royaume, les Espagnols Renta et Fadesa raflent les projets les plus importants. Les Emiratis veulent également croquer leur part du gâteau. Les mastodontes Dubaï Holding et Emaar ont ainsi signé des conventions d’investissement pour quelque 9 milliards de dollars. D’autres groupes venus du Golfe, comme Al Qudra, RealCapita, Somed ou encore les Koweïtiens du CMKD, font également leur entrée ou intensifient leur plan de développement dans le royaume. Seul opérateur local à tirer son épingle du jeu : le groupe Addoha qui, après une introduction en Bourse fracassante, multiplie les acquisitions de terrains et la signature de partenariats avec des opérateurs étrangers. Dans le sillage de ce boom immobilier, le secteur des matériaux de construction a logiquement connu l’une de ses plus belles années. Les ventes d’aluminium, de fer à béton ou encore de ciment ont littéralement explosé. Et le meilleur reste à venir...


Bourse. L’année de tous les records

Jamais la cloche de la Bourse, seul souvenir qui reste de la corbeille du Bd Mohammed V, n’a autant tinté que cette année. Une dizaine d’introductions ont été réalisées au courant de 2006, totalisant un volume d’émissions de plus de 3 milliards de dirhams. Plusieurs secteurs d’activité deviennent ainsi représentés pour la première fois en Bourse comme l’immobilier et la distribution informatique. Mieux encore, une large partie des sociétés ont opéré une augmentation de capital pour financer leur plan de développement. Les records du marché boursier ne s’arrêtent pas là. La performance des indices est exceptionnelle. À quelques séances de la fin de l’année, l’indice casablancais signe une progression d’environ 70%. Quant à la capitalisation boursière, elle a dépassé les 400 milliards de dirhams (on n’est plus très loin de 100 % du PIB). Le volume des transactions n’est pas en reste. On comptabilise quelque 152 milliards de dirhams d’échanges. L’année a été donc faste pour les boursicoteurs, mais attention au retour de manivelle.


Artisanat. Une nouvelle vision

Après le tourisme, Adil Douiri s’attaque à l’artisanat. Un plan stratégique a été élaboré par son département dans le but de booster les performances du secteur. L’objectif à l’horizon 2015 est de porter le chiffre d’affaires à l’export de 700 millions de dirhams actuellement à 7 milliards. Le plan vise aussi une restructuration du secteur en triplant le nombre d’entreprises opérant dans l’artisanat, effectif qui ne dépasse pas aujourd’hui les 90 unités. Et pour mener à bien cette vision, le ministère a commencé par créer une marque institutionnelle pour le secteur, accompagnée d’une large campagne de communication. À titre d’exemple, pour les fêtes de fin d’année, les célèbres vitrines des galeries “Le Printemps”, qui bénéficient d'une renommée internationale grâce à son magasin-phare Bd Haussmann à Paris, porteront les couleurs de l’artisanat marocain.



Billet. Rennes et moutons

“Le Père Noël est une ordure”. Une fameuse comédie française nous le disait déjà. Mais ce qu’on sait moins, c’est qu’il est une invention purement commerciale. L’image humaine de Santa Claus a été griffonnée par Haddon Sundblom en dessinant une affiche publicitaire pour Coca-Cola en 1931, d’où le costume rouge et blanc. La firme d’Atlanta utilisera ce portrait pendant 35 ans sur ses écrans publicitaires. Il est depuis ancré à jamais dans notre imaginaire comme ce sympathique barbu bedonnant, alors qu’il n’est en réalité qu’un malfrat qui entre chez les gens par effraction. Et même quand il dépose des cadeaux, il n’oublie pas de laisser la facture qui va avec. Dieu merci, cette année, il ne mettra pas les pieds au Maroc. Selon des sources proches du Pôle Nord, les rennes de Papa Noël se sont solidarisés avec leurs cousins éloignés, les moutons de l’Atlas. En ouvrant un journal marocain pour se faire une idée de la météo (histoire de régler leurs sabots), ils auraient appris que 5 millions de moutons allaient prochainement y passer. Ils décident alors de boycotter l’espace aérien marocain, poussant la multinationale Noël Corporation à arrêter tout échange commercial avec le pays. Perte sèche pour les commerçants du marché central : 1300 dindes, 15 000 bûches, 2000 sapins, 25 kilomètres de guirlandes et 2000 caisses de champagne.
Même les centaines de saisonniers, habitués à se déguiser en Père Noël à la porte des magasins, se retrouvent au chômage technique. Heureusement que l’Aïd El Kébir a aussi ses bons côtés. Griller des têtes de mouton aux coins des rues ou s’improviser boucher professionnel, ça rapporte pas mal aussi. Mais pas aux mêmes.

 
 
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