Un effrayant malentendu
Rétrospective 2006. Les temps forts
Ahmed Ghazali. Confessions d'un sage cathodique
Société. Réveillon à la marocaine
Débat. Et si on légalisait le cannabis ?
Reportage. À la conquête du Toubkal
Moumen Diouri. "Le Maroc a connu quinze complots entre 1957 et 1995"
France. Le jackpot du label "halal"
Étude exclusive. 86% des MRE veulent rentrer !
Reportage. De sons et de lumières
N° 253-254
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Coordonnée par Youssef Aït Akdim

Retrospective 2006

Le Pape Benoît XVI et le Mufti
de la Mosquée Bleue d’Istanbul.
(AFP)

Religion. Le choc des civilisations bis


En acceptant, il y a quelques semaines, de prier aux côtés du Grand Mufti d’Istanbul dans la Mosquée Bleue, le pape Benoît XVI a conclu, sur un mode apaisé, une année 2006 assombrie par la montée des tensions religieuses, de l'affaire des caricatures du prophète Mohamed à celle du discours de Ratisbonne. Trois mois auparavant, des milliers de musulmans étaient descendus dans les rues à la suite d’un discours du souverain pontife qui leur semblait assimiler islam et violence. La conférence de Ratisbonne avait résonné comme en écho à l’affaire des
caricatures du prophète, qui avait provoqué de fortes tensions internationales au début de l'année. La révélation tardive de la publication de 12 caricatures du prophète de l'islam par le quotidien danois Jyllands-Posten remontant au 30 septembre 2005 avait mis le feu aux poudres et remis au goût du jour les thèses du choc des civilisations. Au Pakistan, en Iran, en Indonésie, ou au Nigéria, des milliers de manifestants descendent dans la rue et plusieurs dizaines d'entre eux sont tués. Des ambassades du Danemark sont saccagées, notamment à Damas et Beyrouth.


Prolifération nucléaire. Bilan négatif


Les dossiers nucléaires iranien et nord-coréen ont fortement ravivé en 2006 les craintes de prolifération des armes atomiques dans le monde. Pour Mark Fitzpatrick, de l'Institut international d'études stratégiques de Londres, il s'agit de “la pire année en matière de lutte contre la prolifération depuis 1998, l'année où l'Inde et le Pakistan avaient tous deux procédé à des essais nucléaires”. Outre le lancement d'une production d'uranium enrichi en Iran et l'annonce par la Corée du Nord de son premier essai nucléaire, le 9 octobre, les Etats-Unis ont également signé un accord de coopération nucléaire civile avec l'Inde, bien que ce pays se soit doté de l'arme atomique. Cette évolution démontre la difficulté croissante de la communauté internationale à faire respecter le Traité de non-prolifération (TNP) de 1968. Tandis que la Corée du Nord prépare un second essai nucléaire et que l'Iran refuse de suspendre son programme, l’Agence internationale de l'énergie atomique, qui avait reçu le prix Nobel de la Paix en 2005, semble bien en peine pour empêcher de nouvelles violations du TNP.


Afrique. Les guerres oubliées

En Afrique, la violence des guerres civiles a dominé l’actualité en 2006. Au Soudan, le conflit du Darfour a persisté en dépit de médiations africaines et d’un accord de paix signé en mai entre le gouvernement et le principal groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan. Le 31 août, Karthoum a rejeté la décision de l'ONU d’envoyer une force de 20 000 hommes sur le terrain. Le conflit s’est étendu aux pays voisins, en Centrafrique mais surtout au Tchad, qui accueille 200 000 réfugiés soudanais. En Somalie, les milices des tribunaux islamiques ont pris le contrôle de la capitale Mogadiscio, après plusieurs mois d’une guerre sanglante contre une alliance de chefs de guerre. L’Ethiopie est entrée dans le conflit en juillet, sans pouvoir empêcher les miliciens d’étendre leur emprise sur le sud et le centre du pays. L'ONU a institué une nouvelle phase de transition politique en Côte d’Ivoire, donnant au Premier ministre, Charles Konan Banny, des pouvoirs élargis pour mener le pays à des élections. Espoir en Mauritanie, où des élections législatives et municipales ont mis sur les rails la transition démocratique engagée par la junte militaire.


Amérique Latine. À gauche, toute !

Année électorale, 2006 a confirmé le basculement à gauche de l'Amérique latine et sa volonté de se libérer de l'hégémonie américaine. Pour autant, la plupart des pays veulent suivre leur propre voie sans imiter le Vénézuélien Hugo Chavez. Fort de l'arme pétrolière, celui qui réclame l’héritage de Fidel Castro a été réélu en décembre. Ses prises de position contre l’“Empire” américain et le “diable” Bush trouvent un écho favorable dans une Amérique latine qui se veut plus indépendante de Washington et du FMI, mais le raz-de-marée de la gauche a porté des candidats plus modérés dans les autres pays d’Amérique latine, comme en Bolivie avec Evo Morales et au Chili avec la socialiste Michelle Bachelet. La gauche est également de retour au Nicaragua et en Equateur. Au Brésil, Lula a été réélu et si l'on y ajoute le péroniste de gauche Nestor Kirchner en Argentine et le social-démocrate Tabaré Vazquez en Uruguay, l'échiquier latino-américain semble se placer intégralement à gauche. Seules la Colombie, où a été réélu le conservateur Alvaro Uribe, et le Mexique, où le candidat de droite, Felipe Calderon, l'a emporté de justesse, font défaut.


Irak. Voyage au bout du chaos

En 2006, l'insurrection s'est muée en une guerre civile meurtrière, menaçant de faire voler en éclats le pays. Selon un rapport de l’ONU publié en octobre, 120 Irakiens meurent chaque jour. Depuis la destruction le 22 février du mausolée chiite de la ville sunnite de Samarra, l’Irak vit au rythme des tensions confessionnelles. Les milices chiites ont multiplié les enlèvements collectifs de sunnites, souvent ponctués d'exécutions, tandis que les sunnites répliquent avec des attentats dans les quartiers chiites, comme celui qui a fait plus de 200 morts en novembre, à Sadr City. Le premier ministre Al Maliki n’a pu composer un gouvernement d'union nationale qu’après six mois de négociations. De son côté, l'armée US s'est révélée incapable de vaincre l'insurrection sunnite, malgré la mort en juin de Zarqaoui, tandis que les forces irakiennes ne semblent pas en mesure de l'appuyer efficacement contre les milices, en particulier chiites. Plus de 700 soldats américains sont morts en Irak en 2006 et Saddam Hussein a été condamné à mort par pendaison à l’issue d’un procès très contesté.


Proche-orient. Instabilité croissante

L’année 2006 se termine par une situation explosive dans les territoires palestiniens, entre partisans du Fatah et le gouvernement du Hamas, après l’annonce par Abbas d’élections anticipées. Au Liban, sorti d’une guerre destructrice de 33 jours l’été dernier avec Israël, l’opposition menée par le Hezbollah réclame la démission du premier ministre Fouad Siniora. C’est la conclusion inquiétante d’une année commencée avec la disparition (politique) d’Ariel Sharon. En février, le mouvement islamiste Hamas remporte largement les élections législatives. Aussitôt, l’aide internationale cesse d’être versée au nouveau gouvernement de Ismaïl Haniyeh. En Israël, Ehud Olmert, élu en avril, promet un désengagement de Cisjordanie. Mais le 25 juin, un commando palestinien enlève le caporal Gilad Shalit, et le 12 juillet, deux autres soldats israéliens sont enlevés dans une opération de commando du Hezbollah. La riposte massive d'Israël qui s’en suit dure 33 jours mais ne parvient pas à mettre à terre le mouvement de Nasrallah. Le Hezbollah, fort de ce semi- succès, quitte le gouvernement de Fouad Siniora qu’il accuse d’avoir soutenu l’agression israélienne.


Etats-Unis. Gifle électorale pour Bush

L’impopularité de la guerre en Irak a permis à l'opposition démocrate de s'emparer en 2006 du Congrès américain, condamnant le républicain George W. Bush à une cohabitation inconfortable pour les deux dernières années de sa présidence. Pour la première fois depuis 12 ans, les démocrates seront majoritaires à la Chambre des représentants, ainsi qu'au Sénat. Tirant profit de l’opposition croissante à la guerre, Nancy Pelosi sera en janvier la première femme à présider la Chambre des représentants, même si les démocrates savent que leur marge de manœuvre reste limitée par l’organisation des institutions (droit de veto présidentiel) et par l'étroitesse de leur majorité au Sénat (51 sièges contre 49). Faute de réformes ambitieuses, le contexte semble propice à la lutte pour l’investiture, deux ans avant les élections présidentielles. Côté démocrate, le sénateur noir Barack Obama commence à faire de l’ombre Hillary Clinton, sénateur de l’Etat de New York. Le candidat démocrate devra faire ses preuves face à des poids lourds du parti républicain comme le sénateur John McCain ou l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani.



Ils sont partis en 2006

Cheikh Jaber Al-Ahmad Al-Sabah
77 ans, émir du Koweït.

Betty Friedan
85 ans, fondatrice du mouvement féministe américain.

Ali Farka Touré
67 ans, musicien malien.

Slobodan Milosevic
64 ans, ancien président yougoslave.

Cheikha Rimitti
83 ans, chanteuse algérienne.

Chamil Bassaïev

41 ans, chef de guerre tchétchène.

Syd Barrett
60 ans, membre fondateur du groupe de rock Pink Floyd.

Naguib Mahfouz
94 ans, écrivain égyptien, prix Nobel de littérature 1988.

Oriana Fallaci
77 ans, journaliste italienne.

Anna Politkovskaïa
48 ans, journaliste russe d'opposition.

Milton Friedman
94 ans, économiste américain, prix Nobel 1976.

Robert Altman
81 ans, cinéaste américain.

Philippe Noiret
76 ans, acteur français.

Augusto Pinochet
91 ans, ancien dictateur chilien.

 
 
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