En bon Marocain, Zakaria ne connaît pas son pays. Il na jamais été à Merzouga.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Tu vois Ronaldinho koullou ? Eh ben mets le sur le terrain de Meknès, fais-le jouer contre Safi et tu vas voir quil ne va rien faire du tout. Son jeu est basé sur la vitesse et avec un terrain pareil, il ne peut dribbler personne. Zakaria Boualem acquiesce. Lhomme qui lui fait face maîtrise apparemment son sujet. Il sappelle Benali et il a acquis, au cours de son existence bien pleine, une sorte de sagesse footballistique qui lui permet de proférer des analyses qui ne souffrent daucune contradiction. Il continue en expliquant à Zakaria Boualem que même si Ronaldinho réalisait un exploit, ce serait tellement mal filmé que cela ne ressemblerait en rien à un exploit. Et la conclusion tombe, implacable : il y a peut-être un Ronaldinho à Meknès mais personne ne peut sen rendre compte. Zakaria Boualem a longtemps médité sur ces paroles. Il y a pensé en regardant un concert dans la rue, un truc officiel où un chanteur éclairé par un spot balancé en pleine figure ânonnait péniblement ses gammes orientales devant un immense espace laissé vide pour des raisons de sécurité. Le public, le vrai, parqué à plusieurs centaines de mètres, nentendait rien si ce nest quelques notes rebelles et stridentes, échappées dune sono mal réglée. Le tout avait lair minable, cest tout. On aurait pu amener à sa place Pink Floyd ou Fayrouz et ils auraient eu lair aussi minables. La conclusion simpose delle-même, et même Zakaria Boualem la trouvée tout seul : on ne peut pas exister tout seul. La médiocrité dun décor ou dune mise en scène détruit tout. Arrivé à ce point de sa réflexion, notre infatigable héros allume la télévision et tombe sur le |
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| spectacle de Jean Michel Jarre. Pour Zakaria Boualem, Jean Michel Jarre est un illustre inconnu. En téléchargeant ses morceaux sur Internet, il a découvert que cet homme était en fait le compositeur du générique dune antique émission intitulée Compioutère seb3a, un truc hi-tech à lépoque. Il nest pas sûr que ce soit une très bonne référence, mais bon, cest un fait. Profitons-en pour nous demander si la RTM, à lépoque, avait payé lauteur
Réponse possible : cétait avant lère du piratage, donc ça ne sappelait pas piratage, donc ça nen nétait pas, sans doute, et merci. Donc, Jean Michel Jarre, disions-nous. Quelques notes répétées jusquà la nausée sur un fond très marqué années 80, pas de quoi faire sauter de joie Zakaria Boualem. En un mot, cest un peu lourd
Oui, mais là, Jean Michel Jarre est filmé à Merzouga, au milieu des dunes. Il est épaulé par un light show phénoménal, avec des feux dartifice à lappui, et cest tout simplement magnifique. Même les interventions héroïques du traducteur narrivent pas à gâcher le tout. Cet homme a tout de même trouvé le moyen de traduire je remercie les gens qui travaillent sur le terrain par annass alladine yachtaghilouna faouqa al ard, pensant sans doute que Jean Michel Jarre remercierait les extraterrestres plus tard dans la soirée. Bon, mais ce nest le sujet. Le sujet, pour Zakaria Boualem, cest que le spectacle a lieu au Maroc, et que lui-même, en bon Marocain, ne connaît pas son pays. Il nest jamais allé à Merzouga, il ne connaît pas le Sud. La seule idée quil ait fallu attendre Jean Michel Jarre pour quil découvre cette zone relève de lironie la plus cruelle. Oui, nous avons ça chez nous, et cest un don de la nature quil faut exploiter au lieu de laisser les seuls touristes allemands en profiter. Jusque-là, Zakaria Boualem navait jamais envisagé dy mettre les pieds en vacances, cétait pour lui un truc daltermondialiste frustré, une sorte de sensation forte réservée à ceux qui se complaisent le reste du temps dans un confort ouaté et anesthésiant. Il est grand temps quil aille voir à quoi ça ressemble, le Zakaria Boualem. Il ne va pas le regretter, mais juste se sentir un peu débile davoir dû attendre Jean Michel Jarre pour sy mettre enfin. |