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Par Karim Boukhari
avec Ismaïl Bellaouali
scénario 2007. Et si le PJD prenait le pouvoir ?
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Saâd Eddine El Othmani reçu
par le roi Mohammed VI.
(DR)
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2007 sera une année électorale où le PJD part potentiellement favori. Mais que signifierait, demain, une victoire des islamistes aux élections législatives ? Voici ce quils voudraient faire
et ce quils ne pourront pas faire.
Quelque chose a changé au PJD : pour la première fois de son existence, le parti des islamistes de Sa Majesté, comme on se plaît de moins en moins à l'appeler, s'apprête à défendre crânement, totalement, ses chances dans les urnes. Il participera aux législatives de 2007 sans frein à la main, en couvrant la totalité des |
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circonscriptions électorales. Une première, donc. En 1997, lors de son baptême de feu électoral, le PJD avait présenté des candidats dans seulement 40% des circonscriptions du territoire. Il est passé à 56% en 2002. Dans ces deux premières expériences électorales, le parti avait cédé à une double pression : celle de son élite soucieuse de ne pas brusquer la transition démocratique menée par le Palais, et celle, bien entendu, du ministère de l'Intérieur, particulièrement rétif à l'idée d'une poussée islamiste. En 2007, ça sera du 100% ! La décision a été entérinée par le dernier conseil national du parti, et aucun retour en arrière n'est envisageable.
Le PJD s'affranchit. Et de la tutelle étroite de son fondateur, le docteur Abdelkrim El Khatib, aujourd'hui relégué à des fonctions purement honorifiques, et de celle du Palais, désormais perçu comme un partenaire du jeu démocratique. Le discours même du parti s'est départi de sa docilité initiale pour gagner en muscle. C'est au nom de la transition démocratique que l'on nous invitait à ne pas déployer toutes nos possibilités sur le terrain. Mais aujourd'hui, il est temps que l'on passe à autre chose, à la démocratie par exemple, explique Lahcen Daoudi, qui n'est pas le plus offensif des Pjdistes. La phrase du gentil Daoudi peut très bien être décryptée ainsi : Vous nous avez suffisamment étouffés au nom de la raison d'Etat, conservez tous les gardes-fous que vous voulez, mais donnez-nous une chance, laissez-nous gouverner.
Prêt pour un bout du gouvernement
S'il est conscient de sa force, le parti de Saâd Eddine El Othmani en ignore la mesure exacte. Que pèse réellement le PJD dans la société marocaine ? Que représente-t-il sur le très éclaté échiquier politique du royaume ? En attendant l'avènement d'un outil de mesure véritable (les législatives de septembre 2007, par exemple), les seuls repères actuels restent les sondages effectués coup sur coup, courant 2006, par l'Institut républicain international (IRI, un appareil de sondage proche des républicains américains), qui créditaient le PJD, respectivement, de 47 et de 45,6 % des intentions de vote des Marocains. C'est d'ailleurs à partir de ces deux sondages que le Maroc, et probablement la communauté internationale, se sont réveillés au risque de raz-de-marée islamiste en 2007. Même s'ils n'étonnent pas vraiment grand-monde, les scores attribués au PJD sont à prendre avec des pincettes. Parce qu'ils correspondent à de simples instantanés, flashés respectivement en mars et août 2006, et n'ont aucune valeur permanente. Ensuite parce que la tradition des sondages n'existe pas encore au Maroc. Autrement dit : en absence de recul, nul ne peut prévoir que les intentions de vote seront bien confirmées le jour du scrutin.
Les sondages de l'IRI signifient que quelque chose, dans le système marocain, a été profondément déréglée. Il est anormal qu'un parti récolte la moitié des intentions de vote des Marocains. C'est énorme dans un système qui est organisé d'une manière telle que, personne, aucun parti, ne peut prétendre à la majorité. Cela signifie que ce système n'est pas infaillible et que les autres partis en face sont en net recul , scande un dirigeant du PJD, fier des résultats de l'IRI. Un vote-sanction, en septembre 2007, est donc possible. C'est l'éventualité d'un raz-de-marée qui, elle, semble malgré tout lointaine, même aux yeux des plus optimistes parmi les islamistes. Soyons réalistes, confirme Lahcen Daoudi, le PJD ne peut pas gagner, il ne peut pas obtenir de majorité absolue. Le système électoral marocain ne le permet pas. Si le PJD gagne, il devra partager le gâteau avec une coalition de quatre à cinq partis. Bémol, toutefois : le PJD est prêt à prendre ce qu'on veut bien lui donner, même, comme le dit ce dirigeant du parti, un petit bout du gouvernement. Et il est tout aussi prêt à en assumer les conséquences.
Depuis la rentrée 2006, les cadres du parti sont en effet au four et au moulin. Des cellules (36 au total !) planchent actuellement sur le programme que le PJD devrait défendre devant les électeurs. En mai prochain, soit quatre mois avant le rendez-vous électoral, les cellules auront rendu leur copie au secrétariat général chargé d'élaborer le programme du parti. Le précieux document devra s'articuler, selon des sources proches de la direction, sur ce que l'on peut appeler le chantier de développement socio-économique du pays. Cela ne vous rappelle rien ? Oui, l'INDH bien sûr. Le PJD, à l'instar d'autres acteurs politiques, a bien retenu la leçon : le roi décide des grandes lignes de la politique générale du pays, le gouvernement et les partis suivent, exécutent avec plus ou moins d'ijtihad. Ceux qui attendent un programme spectaculaire prohibant la moitié des activités courantes, quotidiennes, du royaume, en seront pour leurs frais. Sauf accident, le PJD rendra une copie clean, expurgée des fatwas qui tentent régulièrement ses éléments les plus durs, dédiée essentiellement à des mesures concrètes pour accompagner le projet de développement social et économique initié par le roi. Les questions qui fâchent (maintien des ministères de souveraineté, réforme du statut d'Imarat Al Mouminine, etc) seront éludées comme il se doit. Quand un Lahcen Daoudi lance que le PJD sera jugé sur des points de détail socio-économiques, pas sur des questions religieuses, il renvoie bien à un son de cloche partagé par l'élite du parti.
Quels ministres ? Quels portefeuilles ?
Le PJD version 2007 se présente ainsi en parti normalisé, rassurant et pour le pouvoir en place et pour les élites du pays. Un parti, comme le dit cet observateur, à l'image sérieuse et compétitive. Et très bien organisé. Le PJD est pratiquement la seule formation politique adossée à deux solides appuis : l'association du MUR, qui lui sert à la fois d'anti-chambre et de fenêtre religieuse (idéal pour peser sur les bases) et le syndicat de l'UNTM, remis en selle depuis peu et qui commence déjà à talonner les traditionnelles centrales du pays (CDT, UMT et UGTM).
Question : quel casting de ministrables les islamistes peuvent-ils bien présenter en 2007 ? Et pour quels portefeuilles ?
On ne nous donnera ni la Culture, ni l'Education nationale ! prévient, non sans humour, ce cadre du PJD. Peu probable, en effet, puisque se profileraient déjà le spectre de la polémique sur la supposée débauche dans les festivals (pour le département de la Culture), et celui du retour en force de l'enseignement religieux (pour l'Education nationale). Le Tourisme poserait également un sacré dilemme au PJD comme au pouvoir, puisque c'est le secteur qui semble drainer le plus de rancoeurs chez la base islamiste (débits de boissons alcoolisées, maisons de jeux, etc). La Santé paraît une option plus raisonnable (El Othmani, médecin de formation, ministre de la Santé, pourquoi pas ?) et à moindre risque. L'Emploi, le Transport, voire l'Agriculture ou la Jeunesse semblent plus dans les cordes des islamistes. Les Habous ? Voués à la souveraineté pour une durée indéterminée, même si le PJD ne manque pas de compétences en la matière. La Justice, les Finances ? Trop sensibles et quasi assimilés à des ministères de souveraineté. L'Intérieur ? Il vaut mieux ne pas y penser.
Dans les salons de Casablanca et Rabat, une idée commence à faire son bout de chemin, entre la boutade et le sérieux : Si les ministères-clés sont hors de portée des islamistes, la voie leur sera ouverte pour hériter des portefeuilles à problèmes (celui de lEmploi par exemple), voire pour la Primature.
El Othmani, Premier ministre ? Dans l'absolu, la condition sine qua non n'est pas que le PJD écrase la concurrence en 2007, mais que le roi le veuille bien ! Tout simplement. Rien n'oblige, en effet, le souverain de choisir un islamiste Premier ministre, quand bien même le PJD serait vainqueur. Cela dit, soyons raisonnables, si le PJD est majoritaire au niveau du Parlement (plus de 51% des sièges sur les 325 que compte la Première Chambre), il risque de bloquer tous les projets élaborés au niveau du gouvernement, ce qui plongerait le Maroc dans une crise politique inédite. Pour éviter une telle éventualité, qui relève de l'exceptionnel, une solution : désigner un Premier ministre islamiste si le PJD dépasse la barre des 50% au parlement.
Et en dehors du bon Docteur Saâd Eddine El Othmani, aucune autre figure du PJD ne semble présenter de visage de premier ministrable. Même si les islamistes peuvent se targuer de receler, en leur sein, un grand nombre d'universitaires, peu, très peu, ressemblent à des têtes de liste au profil de gestionnaire. Les Mohamed Yatim, Abdelilah Benkirane, Abdellah Baha sont d'abord des hommes d'appareil, trop marqués et pas assez consensuels, selon la formule de cet observateur. Reste le cas de Lahcen Daoudi, le sage de la famille, économiste de formation, francophile, bon communicateur, une sorte de Saâd-Eddine El Othmani - bis, ministrable en puissance.
Rassurez-vous, le PJD est riche en dirigeants en puissance, jeunes et déjà aguerris, nous explique cette source dans le parti. Il faudra bien chercher pour dénicher ces ministrables potentiels parce que le PJD, comme cela nous a été confirmé, s'évertue à protéger les identités de certains de ses membres (Des responsables de commissions internes ont été licenciés ou mis au placard le jour où leurs employeurs ont découvert leur appartenance au PJD !, nous a-t-on notamment expliqué). Nul doute que le jour où l'on ouvrira la porte (du gouvernement) au PJD, des têtes inconnues sortiront de l'ombre pour meubler le casting des ministrables du PJD. Surtout dans l'éventualité où un El Othmani est désigné, auparavant, à la primature.
Alliances : ce qui est possible, ce qui ne l'est pas
Théoriquement, la politique est l'art du possible. Ce n'est pas au Maroc que l'on risque, un jour, de prétendre le contraire. Quand un Abderrahmane Youssoufi, et plus tard un Driss Jettou, ont composé leurs équipes gouvernementales respectives, ils ont bien été amenés à conclure une série de mariages de raison que peu osaient jusqu'alors imaginer. Marier, dans une même mosaïque, USFP, PPS, MP, Istiqlal et RNI, soit la gauche, la droite et le centre, a été possible au lendemain des deux dernières consultations électorales. Alors pourquoi ne pas adjoindre à la mixture le PJD, qui ne serait, après tout, qu'un parti de droite de plus ?
Le PPS et l'USFP, les deux principaux partis de gauche, ont rejeté cette éventualité par leurs voix les plus autorisées, au grand soulagement de leurs bases. Pourtant, et dans les coulisses, des voix proches d'un Mohamed Elyazghi ou d'un Ismaïl Alaoui glissent volontiers des nuances qui laissent penser que la porte n'est peut-être pas, et ne le sera jamais, définitivement fermée. Au besoin, il y aura recours au forceps pour sceller les mariages. Ce qui est sûr, c'est que si un El Othmani est amené à constituer une équipe gouvernementale et que la volonté officielle est d'y adjoindre des éléments de l'USFP et du PPS, ces deux derniers auront bien du mal à se départir d'un Non de principe. Plus prosaïquement, les mariages éventuels du PJD devraient être conclus d'une manière moins douloureuse avec d'autres partis de droite, à commencer par l'Istiqlal, ce grand frère de droite qui ne dit pas encore son nom.
Reste cette question, subsidiaire : de quoi serait fait, demain, le programme d'un gouvernement de coalition incorporant les islamistes ? La réponse devrait couler de source : des grandes lignes tracées par le roi. D'ailleurs, si le PJD est au gouvernement en 2007, il devrait répondre, l'année d'après, du bilan attendu de l'INDH. Ce n'est pas grave si les islamistes n'ont pas initié le concept de l'Initiative nationale pour le développement humain. Ils auront pris le train en marche et exécuté, une année durant, les grandes lignes tracées par le souverain ! |
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Programme. Ce que le PJD veut faire (de nous)
Que ferait le PJD de notre vie quotidienne si, un jour, il avait les moyens d'en décider ? Nous avons posé une série de questions politiques, économiques, culturelles, à divers représentants du parti islamiste. Questions et réponses condensées, résumées, dans ce qui suit :
Supprimer les festivals de musique et les manifestations culturelles ? Non
Il n'est pas question de supprimer les festivals d'Essaouira, Marrakech, etc. Mais nous sommes contre la débauche dans toutes ses formes et pour que ces festivals soient aussi un espace réservé à la famille.
Fermer les débits de boisson alcoolisées et les maisons de jeux ? Non
On ne peut pas fermer ces lieux parce qu'on n'en a pas les moyens. C'est le ministère de l'Intérieur (ndlr : domaine de souveraineté royale), et la police, qui réglementent ce genre d'activités. La loi réprime les contrevenants et il suffit de l'appliquer. La consommation d'alcool (par les Marocains) nous dérange mais elle correspond à une réalité avec laquelle il nous faudra composer. Ce n'est pas parce qu'on n'aime pas Bush ou Sharon qu'il faudra les supprimer, le mieux est de faire avec.
Réaménager les mosquées et les lieux de culte ? Oui
Le phénomène des prières dans l'espace public (ndlr : la prière du vendredi déborde souvent sur les artères publiques et perturbent la circulation dans plusieurs villes du royaume) répond d'abord à un problème urbanistique. A l'instar des cathédrales, les mosquées doivent aménager des esplanades spécialement dédiées aux fidèles, au lieu d'être construites sur des espaces limités à 300 mètres carrés.
Imposer le port du voile ? Non
La loi n'interdit pas aux Marocaines de porter le voile, quand elles le désirent. Personne n'a le droit de le leur interdire, y compris dans les espaces publics comme la télévision, à l'image de ce qui se pratique dans les autres pays arabes.
Interdire les préservatifs (et la pub qui va avec) ? Non, quoique
Nous sommes pour la prévention, mais dans un cadre légitime. Promouvoir l'usage des préservatifs doit cibler les couples, pas encourager les relations extra-conjugales et la prostitution.
Appliquer la Chariaâ à la lettre ? Mmmm
Certaines de ses dispositions (couper la main d'un voleur, etc.) ne sont plus d'actualité et n'ont pas été prises en compte du temps des califes, déjà.
Modifier les horaires administratifs, le système bancaire, fiscal ? Oui et non
On ne peut pas déplacer nos jours de repos hebdomadaire aux jeudi et vendredi, comme certains pays musulmans, étant donné notre proximité avec l'Europe. Cela reviendrait à réduire nos semaines de travail à trois jours. Les banques doivent baisser leurs taux d'intérêt et créer des guichets islamiques, non usuraires, sans intérêts, à l'instar de ce qui se pratique au Moyen-Orient et de plus en plus en Europe. L'IS (impôt sur les sociétés, actuellement à 35%) doit baisser annuellement d'une unité pour atteindre les 30% dans une projection de cinq ans. L'IR (impôt sur le revenu, actuellement plafonné à 42%) doit être revu à la baisse pour profiter aux petits salaires, puisque ce sont eux, préférentiellement, qui consomment le produit national.
Chambouler la configuration du Gouvernement ? Un peu
Il faut réduire le nombre de ministres et le stabiliser entre 20 et 25 (ndlr : le gouvernement compte actuellement 28 ministres et 7 secrétaires d'Etat). La politique de l'accordéon gouvernemental a montré ses limites, tout comme le changement incessant des noms de départements ministériels.
Supprimer les ministères de souveraineté ? Non, au contraire
Le ministère de l'Intérieur doit rester du domaine royal, c'est le seul moyen d'empêcher la fitna politique. Si le portefeuille de l'Intérieur était entre les mains d'un ministre politique, on nous aurait probablement interdits au lendemain du 16 mai 2003. Les départements des Habous et de la Justice (ndlr : depuis l'Alternance de 2002, la Justice est entre les mains d'un ministre politique) doivent relever des domaines de souveraineté.
Renforcer le rôle du premier ministre ? Oui, évidemment
Nous sommes pour un Premier ministre politique, issu des urnes et plus particulièrement du parti classé en pole position. Si le premier parti au classement des élections ne dégage pas un Premier ministre consensuel, il est possible de passer au deuxième parti. Dans tous les cas, la primature devra revenir à un politique. C'est le seul moyen de le sanctionner, par la vox populi, à l'issue de sa législature. De la sorte c'est, indirectement, aux électeurs que le Premier ministre, et le parti qu'il représente, devront rendre des comptes (et non au roi).
Remarque : la position du PJD sur la primature ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de l'ensemble de la gauche marocaine, en plus de la Koutla.
(NB : les points cités plus haut ne correspondent pas aux positions officielles du PJD mais à celles dun échantillon de dirigeants choisis par TelQuel)
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Articles, décrets. Des lois islamiques
Le leitmotiv du PJD peut être résumé ainsi : il n'y a pas besoin de changer grand-chose aux lois existantes, il suffit juste de veiller à leur stricte application. Un simple coup d'il au code pénal suffit pour s'apercevoir que les lois islamiques ne manquent pas. Florilège :
Foi, exercice de culte
Article 220
(
) Est puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 100 à 500 dirhams, quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d'enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats. En cas de condamnation, la fermeture de l'établissement qui a servi à commettre le délit peut être ordonnée, soit définitivement, soit pour une durée qui ne peut excéder trois années.
Article 222
Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni à l'emprisonnement d'un à six mois et d'une amende de 12 à 120 DH.
Attentats aux murs
Article 489
Est puni de l'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 120 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe.
Article 490
Sont punies de l'emprisonnement d'un mois à un an, toutes personnes de sexe différent qui, n'étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles
Débauche, prostitution
Article 501
Est puni de l'emprisonnement de quatre à dix ans et d'une amende de 5000 à 2 millions de dirhams quiconque ayant commis lui-même ou, par l'intermédiaire d'un tiers, l'un des actes suivants :
1- posséder, gérer exploiter, diriger, financer ou participer au financement d'un local ou d'un établissement destiné habituellement à la débauche ou à la prostitution ;
2- posséder, gérer exploiter, diriger, financer ou participer au financement de tout établissement ouvert au public ou habituellement fréquenter par le public en acceptant la présence habituelle d'une personne ou d'un groupe de personnes s'adonnant à la débauche ou à la prostitution ou cherchant des clients à cette fin au sein de cet établissement ou de ses annexes, en tolérant ces pratiques, ou en encourageant le tourisme sexuel ;
3- mettre des locaux ou des emplacements non utilisés par le public ou les mettre à la disposition d'une ou plusieurs personnes sachant qu'ils seront destinés à la débauche ou à la prostitution.
Article 502
Est puni de l'emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 20.000 à 200.000 dirhams quiconque, par gestes, paroles, écrits ou par tous autres moyens procède publiquement au racolage de personnes de l'un ou de l'autre sexe en vue de les provoquer à la débauche.
Vente, consommation d'alcool
Article 1*
Est puni de l'emprisonnement d'un à six mois, et d'une amende entre 150 et 500 dirhams, ou de l'une de ces deux peines, celui qui se retrouve en état d'ivresse publique évidente dans les rues, cafés, bars et cabarets, ou dans n'importe quel autre lieu public.
Article 28**
Il est interdit à tout exploitant d'établissement autorisé de vendre ou de présenter gratuitement des boissons alcooliques ou mélangées à de l'alcool à des marocains musulmans.
* Extrait du décret royal relatif à l'ivresse publique.
** Extrait de la décision royale relative au commerce des boissons alcoolisées.
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Même sil gagne
Les limites du PJD
Même si le parti islamiste sort vainqueur des prochaines élections, rien ne lui garantit de faire passer ses lois à l'intérieur du gouvernement, quelle qu'en soit la composition. Démonstration en quatre points.
1Pour entrer au gouvernement, le PJD devra obtenir à lui seul la majorité parlementaire (51 % des sièges, peu probable de l'avis même des dirigeants islamistes) ou alors, plus logiquement, faire partie d'une coalition de plusieurs partis. Dans tous les cas, le roi possède le libre arbitre, de par la Constitution, de choisir un Premier ministre non issu de la majorité, comme cela a été le cas en 2002. Il suffit de bien lire la Constitution pour se rendre compte que tous les chemins mènent au roi, résume le chercheur Mohamed Darif. Difficile de le contredire.
2Dans un gouvernement de coalition, et même en comptant sur un Premier ministre islamiste, le PJD devra faire le dur apprentissage des consensus. Ses idées devront être validées par les autres partis de la coalition gouvernementale, ce qui en éliminerait les plus tranchantes. Le PJD devra aussi composer avec les ministères de souveraineté, ainsi qu'avec le pivot central que représente le secrétariat général du gouvernement. Au final, ce sont bien les idées de tout le monde et non celles du PJD qui risquent d'être adoptées par le Conseil du gouvernement, quand bien même conduit par un El Othmani Premier ministre.
3Avant d'être promulguée, une loi doit traverser un filtre réputé sûr : le Conseil des ministres présidé par le roi en personne et le Parlement dans ses deux Chambres. Le roi peut invalider un projet de loi et le retourner au gouvernement.
4Le Parlement a le droit de formuler des propositions de loi, lesquelles sont appelées à emporter l'adhésion des 2/3 au niveau de la 1ère et de la 2ème Chambres. Le PJD, même en écrasant les prochaines élections, ne pourra jamais contrôler que la 1ère Chambre. La 2ème, dont les élections du tiers ont eu lieu en septembre 2006, compte
deux conseillers islamistes. Et même dans le cas, miraculeux, où le PJD arriverait à rallier les deux tiers (160 conseillers, sur les 270 que compte la 2ème Chambre), et faire passer une proposition de loi, le roi peut toujours l'invalider ou encore, cas purement théorique, la soumettre au Conseil constitutionnel pour trancher. Ledit Conseil est composé de 12 personnes, la moitié étant directement nommée par le roi, y compris le président
dont la voix compte double en cas de parité. |
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Plus loin.
La tentation islamiste
En concédant une victoire aux islamistes en 2007, aussi relative soit-elle, le royaume marquerait plusieurs points. Deux retiennent particulièrement l'attention : gagner du crédit (en tant que modèle de démocratie dans un monde arabe en mal de repères) aux yeux de la communauté internationale et neutraliser le PJD, comme hier l'USFP, en lui volant sa virginité gouvernementale. Un PJD au pouvoir, dans l'état actuel des choses, a toutes les chances de laisser des plumes face aux problèmes du pays, transversaux (chômage, fractures sociales, analphabétisme, etc.) ou structurels (prééminence du pouvoir royal, poids de l'administration). En piégeant ainsi le PJD, le Palais risque pourtant de se retrouver sans autre opposition islamiste que celle incarnée par les radicaux d'Al Adl Wal Ihsane. La perspective n'est guère réjouissante. La Jamaâ est autrement plus virulente que le PJD. Elle attaque là où ça fait vraiment mal (à la monarchie). Et elle gagne du terrain, même si aucun sondage n'est venu attester de son impact sur les masses. Dans certains milieux, on avance le calcul suivant : cooptons le PJD au gouvernement une législature durant, le temps que Abdeslam Yassine casse sa pipe et que la Jamaâ, sans guide, perde la tête. En plus bref : saisissons l'opportunité 2007 pour pacifier tout le champ de l'islam politique. Le coup de poker peut marcher du moment que la marge de manuvre d'un PJD au gouvernement sera fatalement réduite, par la force d'une Constitution verrouillée à double tour et d'un Parlement où les islamistes ne risquent pas, demain, de dicter leur loi (le PJD est pratiquement absent de la 2ème Chambre). Et puis, le Maroc n'est pas l'Algérie, premier pays arabe à avoir (un peu) ouvert la porte aux islamistes avant que sa maison ne prenne feu. Ici, il n'y a pas vraiment d'enjeux de pouvoir mais simplement de (participation au) gouvernement. La tentation PJD reste, malgré tout, un sacré coup de poker. Où le plus fort n'est pas toujours celui qui gagne à la fin. Méfiance.
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