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Par Driss Bennani
Les Marocains ont perdu leur bonne humeur dantan
| Antécédents |
Jean-Pierre Koffel
Écrivain
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| 1932. |
Naissance à Casablanca. |
| 1954. |
Enseignant à Settat. |
| 1959. |
Signe la motion des 481 qui demandait au général De Gaulle louverture de négociations pour lindépendance de lAlgérie. |
| 1994. |
Sortie de son roman On lappellera Mehdi, le Fennec. Prix Atlas. |
| 1995. |
Sortie de Les pruneaux dans le tagine. 1998. Fondateur de lAssociation pour la promotion des écrivains (APEC). |
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Smyet bak ?
George Etienne Koffel. Je ne lai jamais connu.
Smyet mok ?
Prat Odet.
Nimirou dla carte ?
G 000 305 V. Cest ma carte dimmatriculation, puisque je ne suis pas marocain.
Vous avez déjà essayé dobtenir la nationalité ?
Il y a quelques années, mais je nai pas insisté. À ma connaissance, seuls quelques rares étrangers ont pu obtenir la nationalité marocaine. Ça maurait touché. Mais à lépoque, je me sentais comme un citoyen du monde. Je suis un internationaliste prolétaire.
Vous avez eu de nombreux élèves qui ont eu des destins assez singuliers (Jettou, Basri, Mostapha Essayed...). Cest parce quils ont été ingrats que vous nêtes pas un dignitaire du régime aujourdhui ?
Non. Si jai besoin de quelque chose, il me suffit de demander. Tous mes élèves maiment beaucoup. Mais je ne demande jamais rien pour moi. Sil sagit par contre de sauver la vie dun jeune enfant par exemple, je le fais avec plaisir. On me reproche souvent de ne pas avoir de voiture, ni de maison. Mais il ne viendrait à lesprit daucun de mes élèves de me proposer une aide matérielle. Ce serait mhumilier et ils savent très bien que je ne suis pas achetable. En plus, jai de la sympathie envers tous mes élèves et non seulement ceux qui sont devenus ministres.
Et vous gardez un contact avec tous ces gens ?
Pas vraiment. M. Basri ma présenté ses vux de bonne année il y a quelques jours. Je minquiétais pour sa santé, mais il ma rassuré.
Vous, qui lui aviez prédit un grand avenir, avez-vous un jour envisagé sa chute ?
Non, puisque mon naturel est optimiste.
Cest en le fréquentant que vous avez eu ce goût prononcé pour le roman policier ?
Non, mais en lisant de grands classiques comme Agatha Christie ou James Hadley Chase. Jen lisais beaucoup dans le train, en prenant soin den cacher la couverture. Javais honte de lire des thrillers, leurs auteurs étaient considérés comme des sous-écrivains.
Résultat, vous traduisez des écrits grecs pour le prestige et vous faites du policier pour des raisons alimentaires
Vous ne croyez pas si bien dire. Quand jai réintégré le cycle des cadres français en 1969, je ne pouvais pas payer les arriérés de mes cotisations de retraite. Jai donc écrit un roman policier et je lai envoyé à Gallimard, espérant avoir un peu dargent. Ils ne mont même pas répondu. Finalement, le même roman a été publié grâce au soutien dun certain Nadir Yata.
Jeune, vous étiez connu pour votre engagement en faveur des peuples colonisés. Cela veut dire que vous soutenez lindépendance du Sahara ?
Non, parce quil faudrait une grande revendication du peuple sahraoui. Au moins égale à celle quavait exprimée le peuple marocain ou algérien.
Il y a un mouvement qui revendique cette indépendance depuis plus de 30 ans
Cest de la haute politique. À vrai dire, cette question membarrasse. Pendant un temps, je disais que si le Sahara est marocain, cest aux Sahraouis de le dire. Disons que le Maroc na pas bien joué la carte saharienne.
En 1992, vous avez été chargé par Driss Basri de renouer contact avec Bachir Mustapha Sayed. Que deviez-vous lui transmettre comme message ?
Jhabitais à Paris et je voulais faire quelque chose pour le rapprochement entre les deux parties. Jai donc essayé de contacter Bachir Roukaibi (cest son nom délève) qui mavait dit un jour, pour illustrer une théorie mathématique : je suis un élément petit m dans lensemble grand M. Comprenez un Marocain au Maroc. Cétait un jeune impressionnant, il avait déjà lu Sartre quand je lai eu en classe. Finalement, je nai eu accès quà son frère, alors ambassadeur à Paris. Bachir na peut-être jamais su que je cherchais à le joindre.
Cela vous inquiète dentendre des députés appeller à la fermeture des instituts culturels et des missions denseignement français au Maroc ?
Ça membête car ce nest pas bon pour le Maroc. Cest du chauvinisme et de létroitesse desprit. Un homme qui ne parle quune langue est analphabète. Il faudrait plutôt arrêter le massacre et sauver lenseignement du français dans lécole publique marocaine.
Quest ce que vous naimez pas au Maroc, finalement ?
Lingérence familiale dans la vie des individus. Je regrette que les Marocains ne soient pas restés daussi bonne humeur quil y a longtemps. À Marrakech, les gens savaient rire tout le temps.
Quest-ce qui vous ferait quitter le Maroc ?
Une prise de pouvoir fasciste ou militaire. |
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