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Par Abdeslam Kadiri,
(avec agences)
ONU.
Ban Ki-Moon. Lhomme du consensus
Le nouveau secrétaire général des Nations-Unies est officiellement entré en fonction lundi. D'énormes chantiers l'attendent.
En Corée, son surnom est chusa, littéralement rond de cuir. On l'appelle aussi l'anguille, pour sa capacité à toujours éluder les questions épineuses des journalistes. Le ministre sud-coréen Ban Ki-Moon, âgé de 62 ans, a prêté serment lundi pour devenir le huitième secrétaire général de l'ONU, succédant au Ghanéen Kofi Annan. La veille, il avait nommé l'Indien Vijay Nambiar comme chef de son cabinet et la journaliste haïtienne Michèle Montas au poste de porte-parole.
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Né en 1944 à Chungju dans une famille d'agriculteurs, au moment où la péninsule de Corée était encore unifiée, Ban a rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1970, après des études universitaires où il s'est spécialisé dans les relations internationales. Diplômé de la prestigieuse Kennedy School of Government de l'Université de Harvard, Ban Ki-Moon a fait toute sa carrière dans la diplomatie. Il a été ambassadeur aux Etats-Unis en 1987 et 1992 et a occupé plusieurs postes diplomatiques en lien direct avec les Nations-Unies, ce qui le fait passer pour un fin connaisseur des rouages onusiens. Il parle couramment anglais, a de bonnes notions de japonais, d'allemand et de français. Marié et père de trois enfants, il cultive une allure réservée et modeste. On le dit gros travailleur, plaisant, lisse, sans histoire. Beaucoup moins charismatique que Kofi Annan aussi. Lui répond : Mon style de leadership est soft. Mais lorsque c'est nécessaire, je sais élever la voix.
Homme des Américains ?
Selon la loi des rotations, c'était au tour de l'Asie de présenter une candidature à la présidence de l'ONU. Celle de Ban Ki-Moon a reçu l'appui de la Maison-Blanche, et a été préférée à celle de l'écrivain indien Shashi Tharoor, dont le pays représentait une menace pour la Chine. De plus, Séoul a fortement appuyé son diplomate. Stratégiquement, onzième puissance économique mondiale, la Corée du Sud occupe aujourd'hui un rôle de pivot entre les géants que sont l'Inde, la Chine et le Japon.
Washington a poussé le candidat Ban Ki-Moon, convaincue que cet homme se contentera d'être un simple secrétaire, favorable aux intérêts américains. Mais rien n'est moins sûr : il y a dix ans, on avait dit la même chose de Kofi Annan. Certes, Ban Ki-Moon a une bonne connaissance des institutions américaines et vient d'un pays quasiment sous protectorat américain, où sont déployés 40 000 hommes du Pentagone. Mais l'intéressé ne veut pas être l'homme des Américains. Il y a un souci de légitimité qui fait en sorte que le secrétaire général ne peut devenir le chien de poche de l'un ou de l'autre des pays (de l'ONU), souligne l'expert Jocelyn Coulon au journal canadien La Presse.
Restaurer la confiance
Ban se retrouve à la tête d'une ONU extrêmement active, mais tout aussi inefficace, avec ses quelque 130 000 employés et pas moins de 17 opérations de maintien de la paix à travers le monde. Les Etats-Unis, comme d'autres membres, attendent une ONU moins dépensière (son budget de 8 milliards de dollars n'a jamais été aussi élevé), moins bureaucratique, plus transparente et plus stricte sur les critères d'éthique et de gestion, notamment après le scandale du programme Pétrole contre Nourriture en Irak.
En prêtant serment, Ban s'est dit intimidé par la série de crises qui secouent le monde, du Proche-Orient à la Corée du Nord, mais déterminé à y faire face. Il place aussi le conflit du Darfour en tête de ses priorités. Tous ces défis doivent être affrontés collectivement. Aucun pays, même le plus fort, le plus puissant, le plus riche en ressources ne peut seul y faire face, a-t-il ajouté, faisant allusion à la décision américaine unilatérale d'envahir l'Irak sans l'aval onusien. Le nouveau patron de l'ONU veut s'attacher à restaurer la confiance envers l'organisation, mais aussi de réformer un machin (dixit De Gaulle) qui ne reflète plus la réalité du monde d'aujourd'hui, mais encore celle
de 1945. D'autres chantiers, comme la lutte contre le sida, le réchauffement climatique ou l'émancipation des femmes attendent Ban. Il reste que le pouvoir du secrétaire général est très limité. Il n'est que moral. Le premier secrétaire général de l'histoire de l'ONU, le Norvégien Trygve Lie, avait qualifié cet emploi de pire au monde. Ban devrait l'apprendre suffisamment tôt. |
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