Affaire Nichane. Le ministère public requiert le pire
Al Adl Wal Ihsane. La succession de tous les dangers
Parlement. Sale temps pour les femmes
Société. Le jackpot de la capote
Interview. Le voyage de Tifariti n'aura pas lieu
Irak. Le plan de la dernière chance
Liban. Le spectre de la guerre civile
Législation. L'argent ou la geôle
Narjiss Nejjar. "Je ne fais pas de propagande"
Mémoire. James Brown le Casablancais
N° 256
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Affaire Nichane. Le ministère public requiert le pire

Ahmed R. Benchemsi
Le ministère public veut-il en finir avec Nichane ? Veut-il en finir avec le climat d'ouverture démocratique qui, malgré les ratés et les couacs, honore le règne de Mohammed VI ? Veut-il mettre un terme à tout espoir ?


Ok, on va le répéter une dernière fois, même si c'est pour nous une évidence. Le dossier de Nichane qui a causé tant d'émoi n'avait qu'un seul objet : analyser, sous un angle sociétal (c'était marqué sur la couv !) les blagues marocaines consacrées à la religion, au sexe et à la politique - les trois thèmes de blagues les plus universels, quoi. En en
publiant quelques échantillons (parmi les plus “soft” qui circulent au Maroc - il faudrait une sacrée dose de mauvaise foi pour le nier), Nichane n'imaginait pas que l'humour pouvait être pris au premier degré et n'avait évidemment l'intention de heurter personne. Il se trouve que certains se sont sentis offusqués de la publication de ces blagues-là, et Nichane leur a immédiatement présenté ses sincères excuses (d'abord par communiqué, puis devant la justice), tout en rappelant (autre évidence) que les auteurs du dossier sont eux-mêmes musulmans et monarchistes, et donc peu susceptibles de vouloir “attenter” à la religion ou aux institutions. A partir de là, nous considérions que l'offense, pour ceux qui l'ont ressentie, était dépassée, et l'affaire close. Sauf à vouloir lancer l'inquisition et allumer des bûchers mais ça, nous n'y pouvons rien. Ce Maroc-là, nous n'en faisons pas partie, et ne sommes en rien responsables de ses outrances. De toute façon, il saisit ce prétexte aujourd'hui pour lancer des menaces de mort (nous en recevons par pelletées, depuis 15 jours) ; demain, il en saisira un autre - et ce ne seront pas les prétextes qui manqueront, dans un pays aussi diversifié et contrasté que le Maroc…

Mais une campagne intégriste a mis le feu aux poudres, et il y a eu crise. Ou amorce de crise. Pour la désamorcer, le Premier ministre a interdit Nichane en utilisant un article du code de la presse (le 66) qui ne lui en donne pas le droit, puis un procès pour “atteinte aux sacralités” a été ouvert contre Driss Ksikes, directeur de la publication, et Sanae El Aji, auteur de l'article analytique (10 pages, que personne, hélas, n'a lues) qui accompagnait les blagues. Tous les hauts responsables que nous avons contactés au sujet de cette affaire nous ont répondu d'une même voix que ces mesures étaient “préventives”, et que l'Etat saluait la gestion de crise “responsable” de Nichane, qui avait évité de jeter de l'huile sur le feu de l'agitation intégriste. Merci, messieurs. Nous avions adopté cette ligne de conduite bien avant que vous ne nous la suggériez. Malgré ce qu'ont écrit quelques “confrères” qui se sont empressés de “sortir les couteaux une fois la vache à terre” (un vieil adage marocain, dont nous espérons qu'il n'est pas interdit par la loi, lui aussi), nous sommes des gens responsables, et la responsabilité commande de présenter des excuses quand des gens se sentent offensés. Quand bien même l'offense serait-elle involontaire - et c'était le cas. C'est ce que Driss Ksikes et Sanae El Aji, ainsi que leurs avocats, ont répété au juge et au procureur, lundi 8 janvier, lors du procès. Un procès dont nous saluons, au passage, les excellentes conditions de déroulement. Les accusés ont eu tout le temps de s'expliquer, et leurs avocats de plaider la bonne foi de leurs clients.

Mais le réquisitoire du procureur nous a tous laissés sans voix. En réclamant la peine maximale contre Driss et Sanae (3 à 5 ans de prison ferme et 10 000 à 100 000 DH d'amende), en leur déniant par avance le droit de bénéficier de toute circonstance atténuante (notamment la bonne foi - qui devrait pourtant être le pivot d'un tel procès), en réclamant l'interdiction définitive de Nichane (histoire de rattraper la bévue légale du premier ministre) et, surtout, en invoquant le code pénal (alors que les charges retenues contre Driss et Sanae relevaient uniquement du code de la presse) pour requérir leur interdiction d'exercer le métier de journaliste (!!), le procureur du roi, autrement dit le représentant du ministère public, donc de l'Etat, a requis, rien de moins, la peine journalistique capitale. Oui, Nichane a géré cette crise de manière “responsable”. On ne peut définitivement pas en dire autant du ministère public.

Le ministère public veut-il en finir avec
Nichane ? Veut-il en finir avec le climat d'ouverture démocratique qui, malgré les ratés et les couacs, honore le règne de Mohammed VI ? Veut-il mettre un terme à tout espoir ? Veut-il irrémédiablement entacher l'image internationale du Maroc, qui n'en a guère besoin ? Que chacun y réfléchisse. Que chacun prenne ses responsabilités. Avant qu'il ne soit trop tard...


Les professionnels soutiennent Nichane

Le réquisitoire extrêmement sévère du procureur à l'encontre des journalistes de Nichane a suscité une nouvelle levée de boucliers des professionnels, au niveau national comme international. Extraits. ?


Reporters sans frontières
“Un réquisitoire insensé et archaïque”

Le procureur du roi a requis, le 8 janvier 2007, une peine de trois à cinq ans de prison ainsi que l'interdiction d'exercer et une amende à l'encontre de Driss Ksikes, directeur de publication de l'hebdomadaire arabophone Nichane, et de la journaliste Sanaa Elaji. Il a également réclamé la fermeture définitive du journal.

“Nous sommes consternés par ce réquisitoire insensé. Nous ne voulons pas envisager que le tribunal reprenne à son compte les positions archaïques et ultrarépressives du procureur. La justice marocaine avait déjà pris une décision moyenâgeuse en interdisant au journaliste Ali Lmrabet d'écrire pendant dix ans. Nous n'osons pas imaginer que ce scénario se répète avec Nichane. Il y a manifestement un gouffre entre les déclarations des autorités, qui vantent un Maroc moderne et démocratique, et la réalité à laquelle sont confrontés les journalistes. Une réalité marquée par des procès expéditifs et de lourdes condamnations qui mettent chaque jour un peu plus à mal la presse indépendante”, a déclaré Reporters sans frontières

Association mondiale de journaux
Lettre au premier ministre marocain

Monsieur le Premier Ministre, nous vous écrivons au nom de l'Association Mondiale des Journaux et du World Editors Forum, qui représentent 18 000 publications dans 102 pays, pour condamner avec fermeté la décision d'interdire la publication du magazine hebdomadaire Nichane, ainsi que les poursuites judiciaires engagées à l'encontre de son directeur Driss Ksikes et de la journaliste Sanaa Elaji.

Nous estimons que votre décision du 20 décembre 2006 d'interdire la publication de Nichane pour “atteinte à l'Islam” constitue une violation grave du droit à la liberté d'expression et de la presse, et représente un manquement aux engagements internationaux pris par le Maroc de garantir et respecter les libertés fondamentales.

Enfin, les poursuites judiciaires engagées à l'encontre de Driss Ksikes et de Sanaa Elaji par le tribunal de première instance de Casablanca pour “atteinte à la religion islamique” et “publication et distribution d'écrits contraires à la morale et aux mœurs” nous semblent tout aussi inacceptables.

Gavin O'Reilly, président de l'Association Mondiale des Journaux et George Brock, président du World Editors Forum

International Press Institute (IPI)
Lettre au Parlement européen
(Lettre envoyée à Luisa Fernanda Rudi Ubeda, Alain Hutchinson et Simon Busuttil, respectivement présidente et vice-présidents de la délégation du Parlement européen en charge des relations avec le Maghreb).


L'Institut international de la presse (International Press Institute - IPI), réseau global d'éditeurs et opérateurs médiatiques de 120 pays, est profondément concerné par les poursuites judiciaires engagées contre le directeur du magazine marocain Nichane et l'une de ses journalistes, qui encourent des peines de prison ferme, ce que l'IPI considère comme une grave violation de la liberté de la presse. Nous pensons fermement que la menace d'emprisonnement n'est jamais justifiée à l'égard de journalistes.

La décision du gouvernement marocain de passer outre ces standards internationalement reconnus, ainsi que les poursuites judiciaires engagées, ne peuvent conduire qu'à la pratique de l'autocensure chez les journalistes, de crainte d'être traduits en justice simplement parce qu'ils pratiquent leur métier. De plus, l'interdiction du magazine Nichane empêche la libre circulation de l'information au Maroc et dénie aux citoyens marocains le droit de décider, en toute indépendance, de ce qu'ils choisissent de lire.

L'IPI en appelle à la délégation du Parlement européen en charge des relations avec le Maghreb d'utiliser tout son pouvoir et toute son influence pour que les charges contre Driss Ksikes et Sanaa Elaji soient abandonnées et pour que le magazine Nichane puisse réapparaître.

Johann P. Fritz, directeur de l'IPI

Fédération internationale des journalistes “Une réaction exagérée, disproportionnée et absurde”
03/01/2007 - La Fédération internationale des journalistes (IFJ) a accusé les autorités marocaines d'avoir réagi de manière “exagérée, disproportionnée et absurde” à un article qui analysait comment les Marocains riaient de la religion, du sexe et de la politique, et ce que cela révélait de la société marocaine. La décision de poursuivre en justice un journaliste et un éditeur et d'interdire leur magazine à cause de blagues communément racontées par les Marocains est une menace contre la liberté d'expression, a déclaré l'IFJ.

“Mettre en accusation des journalistes qui cherchaient à analyser la culture populaire marocaine est une atteinte flagrante à la liberté de la presse”, a déclaré Aidan White, le Secrétaire général de l'IFJ. L'IFJ considère que le Maroc devrait encourager le pluralisme plutôt que de censurer les enquêtes journalistiques, et ne manquera pas d'évoquer le cas de Nichane dans toutes les prochaines conférences internationales où elle participera.

L'IFJ appuie son membre marocain, le Syndicat national de la presse marocaine, dans sa condamnation des mesures prises à l'encontre de Nichane et de ses journalistes.
L'IFJ représente environ 500 000 journalistes, à travers plus de 100 pays.

Syndicat national de la presse marocaine “Fortement solidaire avec Nichane”
Le Syndicat national de la presse marocaine a suivi avec une grande inquiétude le réquisitoire présenté par le Parquet général dans le procès du magazine Nichane, au Tribunal de première instance de Casa-Anfa. Le Syndicat considère que la position du parquet révèle une volonté manifeste de nuire à l'hebdomadaire et à ses journalistes et à inciter la justice à adopter une position extrême à leur égard.

Le Syndicat rappelle, à ce propos, que le substitut du procureur du roi a requis des peines maximales, allant de l'interdiction du magazine et de ses journalistes de l'exercice de leur métier, à l'emprisonnement et au paiement d'amendes. Si le Parquet a, d'un côté, eu recours dans son réquisitoire aux articles du code de la presse, notons que la demande d'interdiction de l'exercice du métier est tirée du code pénal, qui est non seulement hors contexte, mais hors de propos en matière de presse.

Rappelons que la justice marocaine a déjà eu recours auparavant et de manière abusive à cet article du code pénal contre d'autres journalistes, créant ainsi un préalable condamné par notre syndicat, par toutes les associations marocaines de droits de l'homme et par les organisations internationales.

L'arsenal répressif requis par le parquet général est en contradiction flagrante avec les objectifs de la justice, censée protéger la liberté de la presse et les droits des prévenus, et éviter toute fausse interprétation de la loi dans le but de provoquer des jugements liberticides. Le Syndicat avait déjà condamné dans son premier communiqué relatif au procès de Nichane la décision d'interdire le magazine, sans prise en compte des lois en vigueur.

Face à cet arsenal de procédures et de requêtes répressives, sans commune mesure avec l'affaire mise devant la justice, le Syndicat se déclare fortement solidaire avec l'hebdomadaire Nichane et ses journalistes. Le Syndicat a d'ailleurs envoyé une lettre au ministère de la Justice concernant cette affaire, ainsi qu'une lettre au Premier ministre relative à l'interdiction et son usage.




Communiqué du Comité de soutien de Nichane

(Suite à la décision du Parquet général ordonnant l'ouverture d'une enquête judiciaire à l'encontre des journalistes de l'hebdomadaire Nichane, le procès de Sanaa Elaji et Driss Ksikes s'est ouvert le 8 janvier à Casablanca). Le procès a débuté par l'interrogatoire des deux journalistes concernant le dossier des blagues publié par le magazine.
Rappelons que le Comité de soutien de Nichane, créé à l'initiative de l'Observatoire marocain des libertés publiques et regroupant plusieurs associations et organisations de droits de l'homme, avait déjà contesté l'interdiction du magazine parce qu'elle était dénuée de toute légitimité juridique et renforçait la logique de la censure administrative. L'interdiction, tout autant que la poursuite judiciaire, portent objectivement atteinte aux droits et aux libertés consacrés par la Constitution, les conventions internationales et les différents principes fondateurs des droits de l'homme. Réaffirmant sa solidarité avec Nichane, le Comité de soutien exprime sa crainte et sa préoccupation quant aux orientations du Parquet et considère les explications données par les journalistes, au cours du procès, comme suffisantes pour clore le dossier définitivement. Ainsi, le Comité demande que l'interdiction de Nichane soit levée et réitère sa demande pour que les lois liberticides ayant trait à la liberté de la presse et la liberté d'expression et d'opinion en général soient révisées.

Mardi 9 janvier 2007


Amina Bouayach : Présidente de l'Organisation marocaine des droits de l'homme
En nous solidarisant avec Nichane, nous sommes soucieux du respect de la loi, d'autant qu'on est censé être dans un Etat de droit. Or, l'article invoqué dans l'interdiction du magazine a été interprété abusivement, portant ainsi atteinte à la publication. Il nous importe que l'interdiction soit entre les mains de la justice au lieu de l'administration. Par ailleurs, les articles évoqués dans la poursuite insistent sur les peines privatives de liberté, ce qui représente à notre avis une grave atteinte à l'intégrité des journalistes. D'autant qu'il est possible dans ce domaine de punir autrement.

Abdelhamid Amine : Président de l'Association marocaine des droits de l'homme
Notre solidarité avec Nichane a des raisons purement légales. Nous sommes foncièrement pour les libertés d'opinion, d'expression et de la presse. Or, dans l'affaire de Nichane, il y a eu atteinte à toutes ces libertés. En tant que démocrates, nous ne pouvons que nous solidariser avec une publication libre qui essaie d'exprimer ses opinions, avec liberté et courage.

Mohamed Soual : Membre du bureau politique du PPS
Je tiens d'abord à saluer l'esprit de responsabilité qui a prévalu au sein de l'équipe de Nichane qui, en présentant des excuses à tous ceux qui se sont sentis offensés par les blagues, a fait preuve de contrition, la lavant de tout soupçon d'attaquer les Marocains dans leurs convictions profondes.
Je n'ai pas l'habitude de commenter un procès en cours, mais j'en appelle à la sagesse et à la pondération qui doivent guider toute justice sereine et impartiale. J'aurais personnellement souhaité que ce procès n'eût pas lieu et que la décision d'interdiction fût levée, mais je ne désespère pas que la sagesse finisse par prévaloir.



Les médias internationaux se mobilisent

En France, en Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs, de grands journaux commencent à s'indigner (et à s'inquiéter) de ce qui arrive à Nichane et à ses journalistes. Extraits.


LE MONDE
La presse privée marocaine subit les foudres du Pouvoir et de la justice
“Désormais, dans le plus beau pays du monde, il est interdit de raconter des blagues ou de rire. Car rire ou raconter des blagues, c'est commettre des actes subversifs qui attentent aux valeurs sacrées du pays : islam, monarchie...”. Ainsi un chroniqueur du Journal hebdomadaire, Khalid Jamaï, résume-t-il une affaire de presse peu commune, examinée, lundi 8 janvier, par le tribunal de Casablanca.
Elle commence début décembre 2006 avec la publication par Nichane, un jeune hebdomadaire arabophone à succès, d'un dossier consacré aux blagues en vogue dans le royaume, qu'elles touchent à la religion, à la monarchie ou au sexe. Nichane en offre un florilège. “On avait sélectionné les moins crues”, assure un responsable de la rédaction.
Mis en vente sans problème le 9 décembre, ce n'est qu'une semaine plus tard - donc une fois retiré des kiosques - que les ennuis commencent. Un site Internet islamiste donne le ton, accusant les journalistes d'avoir “gravement offensé Dieu”. Un syndicat étudiant, à Kénitra, prend le relais et organise une distribution de tracts appelant à la punition du “crime”. Une partie de la presse lui emboîte le pas. Ensuite, une instance religieuse, au Koweït, publie un communiqué pour condamner Nichane en des termes “qui frisent la fatwa”, fait-on valoir au siège de l'hebdomadaire.
Le 20 décembre, le chef du gouvernement, Driss Jettou, interdit le titre, tandis que des poursuites judiciaires sont lancées contre les journalistes pour “atteinte aux valeurs sacrées” et “publication et distribution d'écrits contraires à la morale et aux moeurs”. Lundi, au cours de l'audience, le procureur a requis trois à cinq ans de prison contre le directeur de la publication et l'auteur de l'article, ainsi que l'interdiction d'exercer et une amende. Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 15 janvier. (…)

Jean-Pierre Tuquoi

LIBERATION
Maroc : deux journalistes risquent 5 ans de prison ferme
L'escalade pourrait ne susciter que l'incrédulité si elle ne se déroulait dans un pays considéré comme le plus libre du monde arabe et si deux journalistes ne risquaient pas cinq ans de prison ferme. C'est en effet la peine réclamée le 8 janvier par le Parquet marocain contre Driss Ksikes et Sanaaa Elaji, le directeur et une journaliste de Nichane, un hebdomadaire indépendant (…)
Rien en tout cas ne semble devoir arrêter l'escalade. Lundi, le procureur, loin de faire valoir des circonstances atténuantes pour les journalistes qui ont pourtant réaffirmé être “musulmans dans une société musulmane”, a fermé toutes les portes. Il a non seulement requis de la prison ferme à leur encontre, mais aussi une interdiction d'exercer leur profession, ainsi que l'interdiction définitive de Nichane ! Un réquisitoire d'autant plus incompréhensible qu'il confortera les extrémistes religieux dans leur volonté d'interdire tout regard distancé sur la religion et, à fortiori, tout débat théologique réel. Et indispensable pour faire face aux extrémistes fondamentalistes qui en récusent l'idée même. Verdict le 15 janvier.

José Garçon

THE NEW YORK TIMES
Maroc : 2 journalistes jugés pour les blagues des autres

Deux journalistes marocains ont été accusés d'offenser l'islam et la moralité publique après que leur magazine hebdomadaire, Nichane, a publié des extraits de blagues dans un article intitulé “Comment les Marocains rient de la religion, le sexe et la politique”. “Je n'ai rien fait d'autre que rapporter des blagues que les Marocains se racontent entre eux, et d'essayer de comprendre ce phénomène”, a déclaré à la Cour Sanaa Elaji, l'auteur de l'article. Elle est poursuivie en même temps que le directeur du magazine, Driss Ksikes, dans le cadre d'une affaire que les Marocains suivent de près depuis que le premier ministre Driss jettou a interdit le magazine, le mois dernier. Les journalistes risquent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.

THE GUARDIAN
Des journalistes marocains risquent 5 ans de prison pour avoir offensé des islamistes

Rapporter les blagues des autres peut avoir de sérieuses conséquences. C'est ce que deux journalistes marocains ont appris à leurs dépens, en se retrouvant poursuivis pour offense à l'islam et à la moralité publique - une accusation qui pourrait leur valoir jusqu'à 5 ans de prison.
Le procès contre l'hebdomadaire arabophone Nichane a de sérieuses conséquences sur la liberté de la presse et souligne les tensions entre les espoirs de libéralisation et l'opinion des islamistes, outragés par ce que le magazine considère comme une analyse neutre du sens de l'humour des Marocains.
Le directeur de Nichane, Driss Ksikes, et la journaliste Sanaa Elaji ont insisté, face à la Cour, sur le fait qu'ils n'entendaient insulter personne. “Nous n'avons émis aucun jugement sur la religion ou la monarchie, nous n'avons fait que rapporter des blagues qui circulent dans la société, et les analyser dans le cadre d'un travail journalistique”, a déclaré Mlle Elaji au juge (…). Les problèmes ont commencé quand un site web islamiste a lancé une campagne attaquant les journalistes du magazine en les considérant comme “apostats et athées”. Certains ont aussi reçu des menaces de mort. La Fédération internationale des journalistes, basée à Bruxelles, a considéré la réaction du gouvernement marocain “exagérée, disproportionnée et absurde”.
Cette affaire a lieu dans un pays (…) qui se bat toujours pour décider quel type de démocratie il veut devenir, après des années de réformes prudentes, depuis que Mohammed VI a succédé à son père Hassan II, en 1999.

Ian Black, Middle East editor




Les radios et les télévisions internationales aussi

Outre 2M, on peut relever, parmi les radios et télévisions internationales qui ont couvert l'affaire Nichane et/ou qui s'apprêtent à la couvrir après le verdict du 15 janvier : Al Arabiya, Al Hurra, Al Jazira, BBC, BBC World service, Canal Sur, France 2, France Culture, RFI, TF1, la radio nationale hollandaise et radio Sawa.


La plaidoirie de Nichane

Extraits du plaidoyer développé par Me Chaouqui Benyoub, l’un des avocats de Nichane, au cours de l'audience du 8 janvier 2007

(Les intertitres sont de TelQuel)

Me Chaouqui Benyoub, avocat
de Nichane, en consultation avec
Driss Ksikes, directeur
de la publication.
(RACHID TNIOUNI)

Que l'honorable tribunal considère et apprécie ce qui suit :
Ce qui a été publié dans Nichane est un article d'analyse sociétale, rehaussée par les points de vue de comédiens, artistes et chercheurs marocains. Les blagues que comporte le dossier sont insérées dans des encadrés séparés, puisque l'article ne fait que rapporter ces blagues. Ces dernières ne sont ni inventées ni produites par l'hebdomadaire Nichane.

L'objectif était de comprendre, pas d'attenter à quoi que ce soit
M. Driss Ksikes, en sa qualité de directeur de la publication et de la rédaction, a expressément confirmé que la publication de ce dossier
avait pour objectif d'analyser la société et les mentalités à travers le discours oral courant. L'objectif était donc de comprendre, et les blagues publiées étaient de simples illustrations, accompagnant l'analyse, pour aider le lecteur à en déchiffrer le sens. M. Ksikes a aussi affirmé qu'il ne considérait pas que ce qui a été publié constituait la moindre atteinte à la religion, au respect dû au roi ou aux bonnes mœurs.

Quant à Mlle Sanaa Elaji, elle a déclaré que ces blagues, qu'elle n'avait pas inventées mais qui étaient présentes dans la vie des citoyens marocains, n'avaient pas été analysées auparavant, et que tel était son unique but. Elle a aussi clairement affirmé qu'elle ne considérait pas que le traitement de ce dossier constituait une atteinte à la religion islamique, au respect dû au roi ou aux bonnes moeurs.

Les instances professionnelles ont positivement enregistré la bonne foi de Nichane
Pour continuer à faire preuve de bonne foi, cette même bonne foi ayant motivé la préparation de ce dossier afin de faire une analyse sociétale uniquement, le comité de rédaction, dirigé par M. Driss Ksikes, s'est empressé de diffuser deux communiqués de presse portant des excuses expresses. Ces excuses étaient claires, fortement et spontanément exprimées. Elles émanaient du fond du cœur, et étaient à la fois destinées au grand public et aux gens de la profession. Elles étaient nobles dans l'intention et honnêtes dans la motivation. Et elles étaient récurrentes.

Les instances et les institutions professionnelles, qu'il s'agisse du Syndicat national de la presse marocaine, du Club de la presse au Maroc ou de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, ont positivement enregistré les excuses émanant du rédacteur en chef et du comité de rédaction de l'hebdomadaire Nichane. L'enregistrement des excuses et leur acceptation par des professionnels tirent leur valeur du fait qu'ils émanent, après des délibérations approfondies, de représentants de la profession, toutes tendances confondues, de professionnels représentant la conscience et l'autorité morale de la profession.

L'appréciation du Parquet était abusive et hors contexte
Le tribunal, en ce qui le dossier de Nichane objet des poursuites, afin de déterminer l'intention criminelle, devra examiner la situation dans son cadre objectif et non pas selon le principe de l'abstraction pure et simple ayant caractérisé la rédaction de l'assignation à comparaître émanant du Parquet général. L'intention criminelle n'est pas établie dans la présente affaire, puisque, d'une part, l'objectif de la publication était de présenter un dossier d'analyse sociétale, car les blagues rapportées font partie de celles qui circulent en public et, d'autre part, en prenant en considération les excuses qui confirment la bonne foi et la prise de conscience ultérieure qu'il s'agit d'une malencontreuse appréciation de ce qui a été publié.

L'appréciation faite par le Parquet général de la matière publiée est une appréciation abusive comme si Nichane avait publié ces blagues indépendamment de leur contexte. Au contraire, l'hebdomadaire a préparé un dossier d'analyse selon les critères connus et reconnus dans la pratique professionnelle et a publié ces blagues dans des encadrés séparés de l'article analytique. Le Parquet général a malheureusement séparé de manière abusive la matière rapportée de l'article d'analyse sociétale, la soustrayant ainsi de son contexte, de l'objectif derrière sa publication et de l'intention des responsables de la publication.

“Il existe une clé à toute porte”
La nature nous appris qu'il existe une clé à toute porte. Le juge, si l'on veut le définir sur les plans professionnel et humain, est un homme de réflexion et d'action. Ces deux qualités l'élèvent à un niveau d'ouverture sur les tendances humaines, sans se retrancher dans une tour d'ivoire. De par la profession qu'il exerce et qui nécessite une parfaite connaissance des sciences juridiques et légales, le juge ne peut néanmoins s'acquitter parfaitement de sa mission que si ses connaissances s'élargissent à d'autres domaines et qu'il suive de près le développement de la vie sociale aux niveaux national et international.
Lorsque la presse apprécie judicieusement les choses, elle pousse au changement, mais lorsqu'elle commet une erreur d'appréciation - toujours, bien sûr, selon le principe de bonne foi - elle découvre, se développe et se fortifie, causant ainsi une prise de conscience dans le Parlement, le gouvernement et les institutions nationales. Les transformations pacifiques que connaît la société marocaine font qu'une erreur d'appréciation - de bonne foi - peut être facilement comprise.



Les écrivains marocains soutiennent Nichane

Une société qui ne rit pas d'elle-même est une société vouée à toutes les dérives bigotes, à toutes les glissades extrémistes. L'interdiction du magazine arabophone Nichane vient nous rappeler une triste vérité : l'humour au Maroc ne doit pas quitter la sphère privée. Et encore moins le langage de tous et de tous les jours. Va pour l'exutoire ou la catharsis, mais que l'on rie dans sa barbe ! Pas au grand jour, nos amis du Golfe veillent au grain.
Cette triste réalité conforte la rhétorique dont se trouve pétrie une certaine presse nationale, voire nationaliste, renforce le mensonge et dévoie ce qu'il est convenu d'appeler un processus d'ouverture démocratique. Dans ce contexte, on demande aujourd'hui au journaliste, à l'écrivain, à l'artiste de se montrer sérieux, de donner dans l'austérité ; c'est-à-dire, ne pas transgresser les canaux de certaines sensibleries et veiller, surtout, à caresser les barbus dans le sens du poil.
La dérision, l'autodérision et l'humour en général sont le “pain nu” quotidien de l'homme de plume. Interdire Nichane revient à bâillonner une expression crue, directe, qui a su mettre à nu le Maroc, ses pouvoirs occultes, ses faux-semblants et le vernis de sa modernité. C'est cette veine critique que cherchent à juguler les forces obscures qui ont pesé sur la décision de l'Exécutif marocain.
Pour ces raisons, nous, écrivains du Maroc, nous élevons contre cette décision inique, inédite et somme toute absurde. L'image du royaume ne sortira pas grandie si les deux écrivains et journalistes sont condamnés à de la prison ferme et à l'interdiction d'exercer leur métier ainsi que le réclame le procureur du roi.

Premiers signataires

Abdellatif Laâbi
Mohamed Bennis
Fouad Laroui
Hinde Taarji
Mustapha Nissaboury
Mohamed Loakira
Mahi Binebine
Mohamed Nedali
Abdelhak Serhane
Youssef Amine El Alami
Zakia Daoud
Ahmed Bouzfour
Brahim Khatib
Abdelilah Salhi
Jalal El Hakmaoui
Rabia Rihane
Salim Jay
Christine Daure Serfaty
Maati Kabbal
Abdallah Taia
Driss Chraïbi Zaidane
Larbi Harti
Morad Kadiri
Abdelmajid Jahfa
Jamal Boudouma


Des intellectuels du monde entier se mobilisent

Ils viennent du Maroc, mais aussi d'Espagne, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d'Egypte, du Brésil, d'Italie, de Suisse, de France, de Tunisie… Des enseignants, philosophes, et autres chercheurs, ont adressé une lettre au premier ministre Driss Jettou, dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes et leur soutien sans réserve à Nichane.


Monsieur le Premier Ministre,
Nous apprenons avec la plus vive inquiétude l'interdiction, sur ordre de votre gouvernement, de l'hebdomadaire marocain Nichane, et la plainte du ministère public à l'encontre de Driss Ksikes, directeur du magazine, ainsi que de Sanaa Elaji, journaliste. Cette décision lourde de conséquences fait suite à la publication par Nichane d'un dossier sur les “blagues” (Noukat) circulant au Maroc, lequel a été jugé attentatoire aux valeurs et à la sensibilité du peuple marocain.
Comme vous le savez, les “blagues” sont l'émanation du génie créatif populaire et, à ce titre, elles sont une forme de patrimoine culturel collectif. Comme vous le savez aussi, toutes les sociétés du monde sont riches de cette production populaire. La grande tradition arabo-islamique a su d'ailleurs ériger les Noukat en genre littéraire à part entière.
En notre qualité d'universitaires, chercheurs et écrivains, nous pensons que le phénomène de la “blague” et du “mot d'esprit” est non seulement digne d'être étudié, mais que cette étude peut apporter un éclairage précieux à la compréhension des sociétés. Etudier, analyser, tenter de comprendre librement, telles sont les raisons qui nous poussent à soutenir Nichane dans son épreuve aujourd'hui.
Ces raisons proprement scientifiques ne sont pas les seules à motiver notre démarche. Depuis plusieurs années déjà, en effet, le Maroc nous a habitués à des actes forts en faveur du processus démocratique dans lequel il est engagé. Nous ne voulons pas croire que les mesures prises à l'encontre de Nichane manifestent une volonté de retour à un certain passé avec lequel le Maroc actuel a choisi de rompre. Vous comprendrez néanmoins que nous soyions particulièrement préoccupés par la situation faite aujourd'hui à Nichane, à Driss Ksikes et à Sanaa Elaji.
Nichane, comme d'autres publications, est un acteur indispensable à l'ouverture démocratique voulue par le Maroc. C'est pourquoi nous vous demandons, au nom des engagements internationaux pris par les autorités marocaines relativement au respect des libertés fondamentales, d'annuler la décision d'interdiction qui frappe Nichane et de mettre fin aux poursuites dont sont l'objet son directeur et l'une de ses journalistes.



Pétition.

Le nombre de signataires de la pétition de soutien à Nichane s'élevait, jeudi 11 janvier (à 23h30) à 2209 signataires, dont 1792 sur le site accessible sur l'adresse web suivante : www.nichane.ma


Premiers signataires

ABECASSIS Frédéric, Maître de conférences (Histoire contemporaine), Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines, Lyon, France
ABOURAHIM Maha, Professeure (Arabe), INALCO, France
AVON Dominique, Maître de conférences (Histoire), Université Montpellier III, France
BACZKO Bronislaw, Professeur honoraire (Histoire), Université de Genève, Suisse
BEN SLAMA Raja, Maître de conférence (Etudes arabes), Université de la Manouba, Tunis, Tunisie
BENANI Ahmed, Professeur (Science Politique), Président de l'Observatoire International des Affaires de la Palestine (OIAP), Université de Lausanne, Suisse
BENNANI-CHRAÏBI Mounia, Professeure associée, Institut d'études politiques et internationales, Université de Lausanne, Suisse
BENSLAMA Fethi, Professeur (Centre de Recherche Psychanalyse et Médecine-Responsable du Master, Université Paris 7- Denis Diderot, France
BLAQUE BELAIR Patrice, Membre du cabinet royal du Prince Moulay Hassan (1956-1962), Conseiller au ministère du plan et de la promotion nationale, socio-économiste principal au siège du PNUD (1969-1991)
BOILLEY Pierre, Professeur (Histoire de l'Afrique contemporaine), Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne ; Directeur du Centre d'Etudes des mondes africains, Paris, France
BOUNFOUR Abdellah, Professeur (Langue et littérature berbères), INALCO, Paris
BOZARSLAN Hamit, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, co-directeur de l'Institut d'Etudes de l'Islam et des sociétés du Monde Musulman, Paris, France
BURGAT François, Directeur de recherche au CNRS (Science politique), IREMAM, Aix-en-Provence, France
CAUBET Dominique, Professeure (Arabe maghrébin), INALCO, CREAM (centre d'étude et de recherche sur l'arabe maghrébin), France
EIGENMANN Eric, Maître d'enseignement et de recherche (Littérature française, dramaturgie), Université de Genève, Suisse
EL AYADI Mohammed, Professeur, Faculté des lettres et des sciences humaines Aïn-Chock - Université Hassan II- Casablanca, Maroc
EL KALADI Ahmed, Maître de Conférences (Linguistique anglaise), Université d'Artois, Arras, France.
ELALAMY YOUSSOUF Amine, Professeur (Communication), Université Ibn Tofaïl, Kénitra, Maroc.
ELOY Jean-Michel, Professeur (Linguistique) Université de Picardie ; LESCLAP (Laboratoire d'Etudes Sociolinguistiques sur le Contact des Langues et la Politique linguistique), France
• FINAN Khadija, Chargée de recherche à l'Institut français des relations internationales, Maître de conférence à Sciences-Po Paris et enseignante à l'université de Venise, Italie
FORBES Jorge, Docteur en médecine : Psychiatre-Psychanalyste, Sao Paulo, Brésil
GALLISSOT René, Professeur émérite (Histoire), Université de Paris 8, France
GANDOLFI Paola, Professeure (Sociologie), Université Ca' Foscari de Venise, Italie
GARCIN Jean-Claude, Professeur émérite d'Histoire et Civilisation du monde musulman médiéval, Université de Provence (Aix-Marseille I), France
GROSRICHARD Alain, Professeur (Littérature française), Université de Genève, Suisse
• GROSRICHARD Ruth, Professeure (Etudes arabes), Sciences Po, Paris, France
HAENNI Patrick, Chercheur (Science polititique), CEDEJ, Le Caire, Egypte
HOBSON Marian, CBE, FBA, Professeure de Francais, Queen Mary, University of London, Grande-Bretagne
JACOB François, Directeur de l'Institut Voltaire, Genève, Suisse
JEANNERET Michel, Professeur honoraire (Littérature française), Université de Genève,Suisse et Professeur de Francais, Johns Hopkins University, Baltimore, Etats-Unis
JENNY Laurent, Professeur (Littérature française), Université de Genève,Suisse
KABBA Fatima, Journaliste à l'Hebdomadaire “Le Maghrébin”, Paris
KCHIR Khaled, Enseignant-chercheur Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, Tunisie
LABDAOUI Abdellah, Professeur (Science Politique), Faculté de Droit, Université de Marrakech, Maroc
LEBENSZTEJN Jean-Claude, Professeur honoraire (Histoire de l'art), Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, Paris, France
LEGUIL François, Docteur en médecine : Psychiatre - Psychanalyste, Chargé de cours à l'Université Paris 8, France
LEVY Noémi, Chercheur (Histoire), Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, France
LOPEZ GARCIA Bernabé, Professeur, Université Autónoma de Madrid, Espagne
MARTIN Christophe, Maître de conférences (Littérature française), Université de Rouen, France
MAYEUR-JAOUEN Catherine, Professeur (Histoire), Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris, France
MILLER Catherine, Chargée de recherche CNRS-IREMAM, Aix-en-Provence, France
NEAIMI Sadek, Professeur (Littérature française), Université El Mennoufiyya, Egypte
PERRIN Jean-François, Professeur (Littérature française), Université Stendhal, Grenoble, France
RACHIK Hassan, Professeur (Anthropologie), Université Hassan II, Casablanca, Maroc
RIVET Daniel, Professeur (Histoire), Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, France
SEITE Yannick, Maître de conférences (Littérature française), Université Paris 7 - Denis Diderot, France
STORA Benjamin, Professeur (Histoire), INALCO, France
THENAULT Sylvie, Chargée de recherche au Centre d'histoire sociale du XXe siècle, CNRS, Paris
TINGUELY Frédéric, Professeur (Littérature française), Université de Genève, Suisse
TREVISAN SEMI Emanuela, Professeure, Université de Venise, Italie
VALENSI Lucette, Historienne, Directrice d'études à l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, France
VARGAS Yves, Philosophe, Président du Groupe d'Etudes du Matérialisme rationnel
VERMEREN Pierre, Maître de conférences (Histoire), Université Paris 1, laboratoire du CEMAF, France
WAJCMAN Gérard, Maître de conférences (Psychanalyse), Université Paris 8, France

 
 
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