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Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

Irak. Le plan de la dernière chance

George W. Bush a finalement
fait fi du Plan Baker, lui préférant
une stratégie offensive.
(AFP)

Mis en difficulté par les démocrates et l'opinion, George W. Bush revoit à nouveau sa politique irakienne. Et la nouvelle stratégie ressemble surtout à une fuite en avant.


Ce sera le plan de la dernière chance pour George W. Bush. Le président américain a annoncé dans un discours très attendu, mercredi 10 janvier, sa nouvelle politique irakienne. Avant même d'être dévoilé, ce plan suscitait déjà la méfiance, y compris au sein des rangs républicains. Il faut dire que celui-ci ne prête franchement pas à l'optimisme.

Deux idées principales du plan ont filtré dans la presse américaine. Primo, George W. Bush s'apprêterait à envoyer plus de 20 000 soldats supplémentaires en Irak, dans l'espoir de mettre KO la guérilla sunnite, avant de confier le pays à l'armée irakienne. Deuxio, il s'agirait du déblocage d'un crédit d'un milliard de dollars, somme qui serait consacrée à un vaste programme de création d’emploi pour les Irakiens.

Oublié, le plan Baker !
Les 20 000 hommes seraient répartis dans cinq brigades de combat, déployées en moins d'un an. Ils épauleraient les 132 000 autres boys déjà stationnés en Irak. L'arrivée massive des GI's sera accompagnée par le déploiement parallèle de trois brigades irakiennes à Bagdad au cours des six prochaines semaines. Deux tiers de celles-ci seraient composés de soldats peshmergas kurdes, peu rompus aux conflits interconfessionnels irakiens.

La deuxième proposition du plan est la création d'emplois pour les Irakiens. Coût de l'opération : près d’un milliard de dollars. Ce programme de petits boulots en dehors des grands travaux, comme repeindre les écoles ou nettoyer les rues, a déjà été tenté par le passé. L'idée est relancée pour montrer que les Américains sont aussi là pour reconstruire.

Selon le New York Times, le plan du Président va aussi adopter “une nouvelle initiative diplomatique pour renforcer la confiance parmi les alliés musulmans de Washington dans la région”. Une idée encore vague. Le quotidien américain cite de hauts responsables qui affirment que le président américain attend que Bagdad “implique plus les sunnites dans le processus politique, redistribue les revenus provenant du pétrole et assouplisse sa politique à l'égard des anciens membres du Baas”. De son côté, le Washington Post estime que toute “tentative d'enrôler la Syrie et l'Iran dans l'effort de stabilisation” en Irak est “absente”. L'idée avait pourtant été suggérée par le rapport du groupe Baker, un rapport sollicité par le Président pour sortir de la crise ! Entêté, Bush a aussi rejeté plusieurs autres recommandations du groupe d'experts sur l'Irak. Pire, l'annonce de renforts militaires serait un avertissement de Washington à Damas et Téhéran contre toute immixtion dans le conflit.

“Ils ont foiré l'Irak…”
En fait de nouvelle voie, ce plan ressemblerait plutôt aux gesticulations maladroites du gendarme de la planète, qui cherche à se dégager du bourbier dans lequel il s'est piégé lui-même. Qui plus est, George W. Bush souhaite aujourd'hui liquider le passif dans les meilleures conditions, sauver tout ce qui peut l'être encore, sans brader sa dignité. Quelle dignité ? Beaucoup au Pentagone s'opposent à pareil déploiement, car des renforts bien plus importants - indisponibles à l'heure actuelle - seraient nécessaires. “Ce choix, écrit le Washington Post, citant un responsable, est l'un des seuls qui restent aux Etats-Unis pour signaler la détermination américaine en Irak”. De plus, ce déploiement supposerait d'allonger les périodes des GI's en Irak et de remobiliser des réservistes, alors que l'armée US vit des heures difficiles.

La nouvelle majorité démocrate au Congrès et même des républicains sont clairement opposés à ce déploiement. Ils brandissent l'épouvantail des 3 000 soldats US tués depuis le début de l'invasion et le ras-le-bol de l'opinion américaine. Pour eux, ces renforts arrivent bien trop tard et ils ne font que repousser le transfert des responsabilités à l'armée irakienne. Les chefs de file du Congrès ont même demandé dans une lettre au président de débuter dans les quatre prochains mois un rapatriement progressif d'Irak. “Une bonne partie de l'administration pense que l'Irak est perdu… Ils ont foiré et ne savent pas comment y remédier”, lançait jeudi l'influent sénateur démocrate Joseph Biden. Le président sait que la partie est loin d'être gagnée face à des démocrates déchaînés, à l'instar d'une Nancy Pelosi, fraîchement élue présidente de la Chambre des représentants. Pourtant, s'ils sont hostiles au plan de Bush, les démocrates n'oseront pas voter contre les nouveaux crédits militaires, pour ne pas être accusés de laisser tomber l'armée.

Valse de têtes
Le plus étonnant est qu'avant même d'annoncer sa “nouvelle voie vers l'avant”, Bush a commencé à faire du ménage dans son staff irakien. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait été remercié après la défaite électorale des républicains en novembre. Depuis, Bush a nommé un vice-amiral à la retraite, Mike McConnel, à la tête des seize agences de renseignements des Etats-Unis. Il remplace John Negroponte, diplomate chevronné qui n'a passé que vingt mois à ce poste. Negroponte devient le numéro deux du Département d'Etat, où il est promu adjoint de Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat et femme de confiance du président. Ce n'est pas tout : le néoconservateur d'origine afghane, Zalmay Khalilzad, actuel ambassadeur américain en Irak, sera bientôt nommé représentant américain à l'ONU. Enfin, Ryan Crooker, parfait arabophone et actuel ambassadeur au Pakistan, lui succéderait à Bagdad.

Même coup de shaker chez les galonnés. Le chef des troupes US en Irak, George Casey, serait remplacé par le général David Petraeus, un expert de la tactique anti-insurgés qui a déjà supervisé la formation de l'armée irakienne. Le général John Abizaid, qui commande le dispositif américain dans tout le Moyen-Orient (Centcom), céderait son poste au patron des forces du Pacifique, l'amiral William Fallon. G. Casey et J. Abizaid étaient opposés à l'envoi de renforts. Qu'annonce cette valse des têtes qui coïncide avec la nouvelle stratégie de Bush ? Ce dernier veut ainsi démontrer qu'il est toujours le commandant en chef, en dépit de son impopularité, histoire de sauver les deux dernières années de son second mandat. Mais ce double tour de passe-passe trompera-t-il encore quelqu'un ?



Mission impossible. Un énième plan !

Ce sera le septième plan de G.W. Bush pour “sauver” l'Irak. Avant cette fameuse stratégie, tous les projets avaient capoté. Petit rappel :

- Avril 2003. Le général à la retraite, Jay Garner, arrive à Bagdad avec comme mandat de reconstruire l'Irak, mais ce plan s'effondre face aux incendies des ministères, au pillage d'universités et à l'éclatement de la police et des forces de sécurité. Garner sera remplacé en mai par Paul Bremer.
- Mai 2004. Le Président américain annonce un plan en cinq étapes pour aboutir à une nouvelle Constitution et à un gouvernement irakien permanent.
- Novembre 2005. Face à la montée de la violence, Bush annonce un autre plan, “Stratégie nationale pour la victoire en Irak”. Il loue les progrès des troupes irakiennes !
- Juin 2006. Après la mise en place (laborieuse) d'un gouvernement, le président américain annonce un nouveau plan, “Opération en avant tous ensemble”, dont le but est d'augmenter les forces de sécurité irakiennes à Bagdad. Fiasco total.
- Juillet 2006. Nouveau projet de sécurité six semaines après l'échec du plan précédent. Objectif : intégrer davantage de GI's aux unités irakiennes et regrouper les forces américaines autour de Bagdad.
- Décembre 2006. La commision Baker recommande à G.W. Bush de changer sa politique irakienne. Elle conseille un retrait graduel d'Irak et un rapprochement avec les adversaires d'hier : la Syrie et l'Iran. Bush rejette ces options.
- Janvier 2007. Alors que plus de 3 000 militaires américains ont été tués en Irak, G.W. Bush annonce un nouveau plan, prévoyant l'envoi de 20 000 soldats supplémentaires et une aide économique d'environ un milliard de dollars.

 
 
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