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Par Youssef Aït Akdim
Liban. Le spectre de la guerre civile
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Manifestation anti-
gouvernementale à Beyrouth,
le 9 janvier 2007.
(AFP)
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Le bras de fer qui perdure entre Siniora et Nasrallah pourrait exacerber les tensions entre sunnites et chiites. Au risque de réveiller le souvenir de la guerre civile.
Un rapport publié le mois dernier par le think tank bruxellois International Crisis Group (Lebanon at a tripwire, que l'on pourrait traduire par le Liban dans un champ de mines) dresse un tableau alarmant de la crise intra-libanaise. Depuis l'assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, et le retrait des troupes syriennes du Pays du Cèdre, les jeux de puissance du trio Etats-Unis - Israël - Syrie ont remis au |
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goût du jour la thématique de la guerre pour les autres parmi une partie de l'intelligentsia libanaise. Pourtant, de nombreux éléments laissent penser que le conflit qui couve aujourd'hui au Liban est d'abord interne, tenant à une profonde remise en cause de l'équilibre, précaire, entre les différentes communautés.
Récemment, le conflit entre le gouvernement de Fouad Siniora et le mouvement chiite du Hezbollah s'est noué autour de la question du tribunal international, chargé de juger les auteurs des attentats contre Rafic Hariri, Samir Kassir, Gibran Tuéni et d'autres personnalités notoirement opposées à la présence syrienne au Liban. Réclamant en vain une représentation plus importante au sein du gouvernement assurée par une minorité de blocage, le Hezbollah a choisi la voie de l'opposition et l'appel à la démission de Siniora. D'où les images de foules humaines écoutant dans le froid de la capitale un discours musclé de Hassan Nasrallah. La rupture semble consommée entre les deux camps, porteurs désormais d'une rivalité confessionnelle.
Le retour de la confessionnalisation
Comment l'appui des sunnites au Hezbollah pendant la guerre des 33 jours s'est-il transformé en méfiance réciproque, au moment du bras de fer entre le parti de Dieu et le gouvernement au sujet du tribunal international. Hier encore rassemblés au sein de la majorité, les deux camps se renvoient les accusations de trahison : marionnette de Téhéran ou de Damas pour l'un, valet des Etats-Unis et d'Israël pour l'autre. S'exprimant après la démonstration de force des partisans de Nasrallah dans les rues de Beyrouth, un chef religieux sunnite résume la situation : Dans la bataille entre Israël et le Hezbollah, je suis pour le Hezbollah. Mais dans la bataille de ce dernier avec le gouvernement [de Fouad Siniora], je soutiens le gouvernement.
Les manifestations organisées par les partisans du Hezbollah le 10 décembre ont été vécues comme une provocation de la communauté chiite. En se montrant capable de mobiliser ses troupes en grand nombre, le Hezbollah a voulu lancer un signal d'alerte à ses rivaux, relançant le débat sur la puissance démographique des chiites officiellement incertaine en l'absence de recensement. Au-delà, le ralliement de Michel Aoun - dont on soupçonne les calculs politiciens - ne cache pas les tensions entre le mouvement du 14 mars, majoritairement sunnite, et la milice chiite. À cela s'ajoute la stratégie saoudienne, désormais ouverte, d'endiguement de l'influence iranienne dans la région du Moyen-Orient par l'appui apporté aux groupes sunnites.
Dans les faits, la tension s'est traduite par des affrontements violents, notamment dans les quartiers de Beyrouth où l'on déplorait plusieurs dizaines de blessés et un mort, à la suite de l'assassinat du ministre de l'industrie Pierre Gemayel. Dans le quartier chrétien de Ayn el-Roummaneh, là même où la guerre civile avait éclaté en 1975, les chiites craignent des représailles et des stocks d'armes sont déjà constitués dans l'éventualité d'un conflit. Pour les auteurs du rapport, cette lutte semble sans issue : Le Liban est déchiré en son centre confessionnel. Il est peu probable qu'un protagoniste puisse gagner et il est impossible pour l'un de gagner longtemps. Si l'on considère que l'armée restera neutre dans l'éventualité du retour à la guerre civile, un seul acteur a la possibilité de l'emporter : le Hezbollah. Mais les armes de la guérilla se trouvent partout, une Kalashnikov se vend entre 100 et 200 dollars, et des armes ont été saisies cet été chez les partisans du druze Walid Joumblatt.
Le gouvernement de la rue
Pour revenir aux sources de ces tensions, il est utile de remonter à la révolution du Cèdre de 2005, qui avait fait chuter le gouvernement du premier ministre Omar Karamé. Fait inédit dans la région, la succession de défilés pacifiques aux couleurs du Liban réclamant la fin de la tutelle syrienne avait été perçue, avec enthousiasme, comme l'amorce d'un changement démocratique. Même si l'alternance n'était pas issue des urnes, elle était le résultat de mobilisations populaires, atteignant des proportions jusque-là inédites. Certains parlaient de printemps libanais, voire d'automne des autocrates.
Pourtant, la banalisation de ce mode d'expression, qui a atteint son paroxysme avec les manifestations de décembre 2006, pose problème. En devenant un instrument politique utilisé par tous les protagonistes de la scène politique libanaise, le recours à la rue jette le discrédit sur les institutions et autres mécanismes constitutionnels. Déjà, les limites semblent atteintes et le Hezbollah ne parvient plus à maintenir la mobilisation quotidienne de ses manifestants après plusieurs semaines de blocage. En revanche, le mouvement de Nasrallah se réserve la possibilité de faire descendre ses troupes dans les rues à intervalles réguliers. Au fil des manifestations et des défilés contraires, le Liban se retrouve plongé dans une atmosphère de révolution quasi permanente.
Souvent comparée avec la révolution orange ukrainienne - les partisans du général Aoun ont choisi de porter des t-shirts de la même couleur lors des manifestations aux côtés du Hezbollah - la mobilisation de la rue libanaise se distingue par un incessant bras de fer entre cohortes rivales. Elles vont par paires : les manifestations du 1er décembre contre le gouvernement Siniora répondent aux cortèges du 23 novembre soutenant le gouvernement. La compétition du nombre se double de toute une mise en scène, destinée aux télévisions satellitaires. Et il est raisonnable de penser que ni les leaders du mouvement du 14 mars, dont Walid Joumblatt et Saâd Hariri, ni Hassan Nasrallah, ne souhaitent un retour à la guerre civile, d'autant que les chances d'une victoire de l'une ou l'autre partie restent incertaines. La rue serait-elle devenue l'espace d'un nouveau type de confrontation ? Sceptique à l'égard des vertus de cette spontanéité très encadrée, un analyste libanais rappelle que les guerres civiles sont rarement organisées, prévues à l'avance ou voulues. Elles surviennent. |
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Dette. Un programme d'austérité contesté
Accusant Fouad Siniora d'être inféodé aux Etats-Unis, le Hezbollah a vivement critiqué les réformes économiques que vient d'adopter le gouvernement le 4 janvier en Conseil des ministres. Celles-ci prévoient une hausse sensible de la TVA, l'accélération du rythme des privatisations et la réduction des dépenses publiques. Ces mesures, qui seront soumises à la conférence des pays donateurs, dite Paris III, et qui se tiendra le 25 janvier, visent d'abord à rassurer les créanciers du Liban. La dette publique du Pays du Cèdre atteint près de 41 milliards de dollars. Contestant le timing de ces mesures, programmées en pleine crise politique, le Hezbollah a demandé une plus large consultation nationale, sans pour autant rejeter le principe de la conférence. L'aide financière ou technique des donateurs internationaux est la bienvenue. Mais à la condition qu'elle ne soit pas assortie de conditions politiques, ont notamment déclaré des représentants du Hezbollah. Toutefois, les manifestations organisées, en début de semaine, par les syndicats contre le plan de réformes n'ont connu qu'une faible mobilisation. Et ceci malgré le soutien affiché du très puissant mouvement chiite. |
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