Affaire Nichane. Le ministère public requiert le pire
Al Adl Wal Ihsane. La succession de tous les dangers
Parlement. Sale temps pour les femmes
Société. Le jackpot de la capote
Interview. Le voyage de Tifariti n'aura pas lieu
Irak. Le plan de la dernière chance
Liban. Le spectre de la guerre civile
Législation. L'argent ou la geôle
Narjiss Nejjar. "Je ne fais pas de propagande"
Mémoire. James Brown le Casablancais
N° 256
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB fait un peu la gueule, mais bon. Que peut-on répondre à quelqu’un qui s’excuse ?

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



La scène se passe à l’aéroport Mohammed V, vers 22 heures. Zakaria Boualem, qui doit aller à Ouarzazate pour des raisons professionnelles, se trouve devant le guichet d’enregistrement de Royal Air Maroc. Bien entendu, cette noble compagnie lui a proposé le choix entre plusieurs avions pour se rendre dans le sud marocain, un catalogue complet d’horaires possibles pour aller dans une des villes les plus touristiques de notre touristique pays. Il a pourtant choisi l’avion de 23 heures, histoire de pouvoir arriver à 1 h 00 du matin à son hôtel et pouvoir commencer sa journée de travail le lendemain en pleine forme. Un léger désagrément l’attend au comptoir. Un homme, visiblement représentant de la compagnie, lui explique poliment que son avion va faire un détour par Agadir, et qu’il aura par conséquent environ une heure de retard à l’arrivée à Ouarzazate. L’employé présente ses excuses au nom de la compagnie et lui offre un bon pour un dîner en guise de dédommagement. Zakaria Boualem fait un peu la gueule, mais bon. Que peut-on répondre à quelqu’un qui s’excuse ? Rien d’autre que “Allah ya ouddi, c’est pas grave. De toute façon, je trouvais que ce vol me faisait arriver trop tôt à Ouarzazate… Deux heures du matin, c’est beaucoup mieux… Pas de problème”. Et Zakaria Boualem s’en va tranquillement prendre son petit en-cas, pas plus contrarié que cela.

Bon, maintenant qu’on a bien rigolé, je vais vous raconter la vraie version. La vérité, c’est que la RAM, parfaitement en phase avec notre
plan d’action touristique 2010, n’a qu’un vol par jour pour Ouarzazate, et que ce vol a été placé à 23 heures, ce qui ne veut à peu près rien dire. Pour le retour, c’est encore mieux puisqu’il n’y a qu’un départ, prévu, lui, à 6 heures du matin. La CTM, sans doute par solidarité, a décidé de programmer son unique départ Ouarzazate-Casa à huit heures du matin. Ce qui veut dire qu’un pauvre voyageur qui veut quitter Ouarzazate, à partir de neuf heures du matin, n’a d’autre choix que celui de se rabattre sur un grand taxi ou un car du style “le tigre de l’Atlas”, sans qu’on puisse réellement déterminer quelle est la meilleure solution. Revenons au Guercifi. Arrivé à l’aéroport de Casablanca, on lui explique que son avion va passer par Agadir, sans la moindre forme d’explication. Et quand il s’énerve, l’employé lui explique qu’il ne s’agit pas là d’un détour, ce qui témoigne d’une connaissance très approximative de la géographie marocaine. Quand il s’énerve encore plus, l’employé lui déclare qu’il n’est qu’un employé, et finit par lui proposer, s’il n’est pas content, un mur pour se taper la tête contre.

Inutile de vous dire que Zakaria Boualem n’est pas content du tout. Il attend avec impatience le jour où la concurrence va les obliger à descendre leurs ballons. En ce jour bénit, les prix vont fondre, les sourires vont ressortir du placard, les horaires vont redevenir logiques et les employés s’arrêteront de se prendre pour des caïds en zone rurale sous Basri. Ça, c’est un plaisir absolu, de voir une compagnie en situation de monopole makhzénien baisser soudain ses prix, à l’apparition d’un concurrent. Rappelez-vous, on nous demandait de payer 250 dirhams par mois une ligne GSM, avant de se rendre compte que, finalement, 125 suffisaient. Pareil pour les vols sur Paris, qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom. À l’apparition d’EasyJet, la RAM a déclaré, un peu embarrassée : “Euh… Comment vous dire. On vous a fait payer 4000 dirhams pendant dix ans, en vous expliquant qu’en plus, on perdait de l’argent mais maintenant, euh… si vous avez juste 450 dirhams, vous pouvez partir. Il faut juste s’organiser à l’avance, mais vous pouvez partir”. Rien que pour ça, Zakaria Boualem est prêt à devenir ultra-libéral.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés